Le 8 mars, journée prolétarienne et communiste

(«le prolétaire»; N° 510; Déc. 2013 / Janv. - Mars 2014)

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Au congrès de la Deuxième Internationale qui se tint à Copenhague en août septembre 1910, le 8 mars fut choisi, sur une proposition de Rosa Luxemburg et de Clara Zetkin, comme journée internationale des femmes prolétaires: il s’agissait donc d’une «fête» analogue au 1er mai. Et, comme le 1er mai, elle trouve son origine dans un épisode sanglant de la lutte de classe.

Deux années auparavant, en 1908, les ouvrières de l’usine Cotton, à New York, s’étaient mises en grève, et le patron avait riposté en les enfermant dans l’établissement. Le 8 mars, pour une raison inconnue, le feu ravagea l’usine, les ouvrières furent prises au piège et 129 périrent carbonisées.

Par la suite, le 8 mars devint une date importante dans la lutte de classe.

Le 8 mars 1917 (le 23 février selon le vieux calendrier russe), commence la révolution de février qui conduit au renversement du tsarisme, et voit la participation massive des ouvrières et des femmes prolétaires. Voici ce qu’en dit Trotsky, dans son Histoire de la Révolution russe : «En fait, il est donc établi que la Révolution de Février fut déclenchée par les éléments de base [...] et que l’initiative fut spontanément prise par un contingent du prolétariat exploité et opprimé plus que tous les autres - les travailleurs du textile, au nombre desquels, doit-on penser, l’on devait compter pas mal de femmes de soldats. La dernière impulsion vint des interminables séances d’attente aux portes des boulangeries. Le nombre des grévistes, femmes et hommes fut, ce jour là, d’environ 90.000 [..]. Une foule de femmes, qui n’étaient pas toutes des ouvrières, se dirigea vers la Douma municipale pour réclamer du pain [...]. La «Journée des femmes» avait réussi, elle avait été pleine d’entrain et n’avait pas causé de victimes».

L’importance de l’apport des femmes à la révolution est confirmée par le quotidien bolchevik la Pravda du 18 mars 1917, qui apporte ce témoignage: «Les femmes étaient plus que jamais combatives, et pas seulement les travailleuses, mais aussi les masses de femmes qui faisaient la queue pour le pain ou le pétrole. Elles organisèrent des meetings, se réunirent dans la rue et se dirigèrent vers la Douma municipale, pour demander du pain; elles arrêtèrent les tramways: «descendez, camarades!» criaient-elles; elles allèrent ainsi devant les usines et les bureaux et firent cesser le travail. Ce fut dans l’ensemble une journée resplendissante, et la température révolution­naire commença dès lors à monter.» La Pravda poursuit le 19 mars: «les femmes descendirent les premières dans les rues de Petersburg. Bien plus, à Moscou, ce sont elles qui décidèrent dans bien des cas du sort de la troupe. Elles entrèrent dans les casernes et convainquirent les soldats de passer du côté de la révolution. Aux temps désolés de la guerre, les femmes avaient enduré d’inimaginables souffrances. Affligées par le départ des leurs au front, préoccupées par les enfants qui souffraient de la faim, les femmes ne cédèrent pas au désespoir. Elles brandirent le drapeau de la révolution».

Le 8 mars entre donc dans la tradition de la lutte prolétarienne; il est indissolublement lié à des épisodes inoubliables de la lutte de classe révolutionnaire.

 

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Aujourd’hui, après la tempête contre-révolutionnaire qui a détruit le parti révolutionnaire international du prolétariat et, en même temps, toutes les traditions prolétariennes, le caractère prolétarien et communiste du 8 mars est oublié.

Pendant des années et des années, les Unions de Femmes liées aux partis nationaux-communistes ont fêté cette journée au nom du progrès social dont nous jouirions, au nom des «conquêtes obtenues» et des lois approuvées au Parlement. Non pas journée de lutte mais de distractions, soirées dan­santes, fêtes d’enfants, projections de films, journée de pro­pagande réformiste. L’ONU elle-même a adopté cette date, et elle fête le 8 mars avec une démagogie révoltante.

Les féministes de leur côté, célèbrent le 8 mars comme journée, non de la prolétaire, mais de la femme en général, ou mieux de la ménagère. Et pour faire leur cette journée elles doivent en altérer le sens; c’est ainsi que, selon elles, les femmes luttèrent dans la révolution russe pour le mariage civil, les lois sur l’égalisation des droits des enfants légiti­mes naturels, sur le divorce, les congés de maternité, sur la libéralisation de la contraception et de l’avortement. Ce n’est pas vrai! Affirmer que les femmes russes luttèrent seulement pour cela, revient à ravaler leur lutte au simple niveau de revendications réformistes bourgeoises. Les prolé­taires russes ne luttèrent pas seulement contre le mariage religieux ou l’infériorité juridique, mais contre tout l’ordre social existant qui déterminait aussi ces contradictions; elles ne luttèrent pas seulement pour l’égalité juridique et une série de droits, ou pire, pour un prétendu bien-être social, mais surtout pour contribuer’ el l’assaut contre le capital international en vue d’un ordre social différent; et de cela, les plus avancées étaient parfaitement conscientes. C’est pour cela qu’elles furent capables de supporter de durs sacrifices encore pendant des années, comprenant que ce qu’elles avaient obtenu sur le plan juridique n’avait pas résolu leurs problèmes, qui étaient liés el la structure encore capitaliste (quand elle n’était pas plus arriérée) de la société russe, mais avait simplement mis en évidence les racines de leurs maux.

En souvenir des ouvrières de New York, de Petrograd et du monde entier, nous célébrons le 8 mars comme journée internationale de la femme prolétaire, comme journée prolétarienne et communiste. Et nous ne pourrions mieux faire que de publier dans ce journal un article de Lénine, du 4 mars 1921, consacré el la Journée internationale des travailleuses (Oeuvres, tome 32).

 

La Journée Internationale des travailleuses

 

Le trait essentiel, fondamental du bolchevisme et de la Révolu­tion d’Octobre, c’est d’amener à la politique ceux qui étaient le plus opprimés sous le régime capitaliste. Les capitalistes les étouf­faient, les dupaient et les pillaient aussi bien sous la monarchie que dans les républiques bourgeoises démocratiques. Cette oppression, cette duperie, ce pillage du labeur populaire étaient inévitables tant que sub­sistait la propriété privée de la terre, des fabriques et usines.

L’essence du bolchevisme du pouvoir soviétique est de remettre tout le pouvoir d’Etat entre les mains des masses laborieu­ses exploitées, en dévoilant la duperie et l’hypocrisie de la dé­mocratie bourgeoise, en abolis­sant la propriété privée de la terre, des fabriques et des usi­nes. Ce sont ces classes qui prennent en mains la politique, c’est-à-dire l’édification de la so­ciété nouvelle. C’est une œuvre difficile, les masses sont abruties et accablées par le capitalisme, mais il n’existe pas, il ne peut exister d’autre issue à l’escla­vage salarié, à l’esclavage capi­taliste.

On ne saurait amener les mas­ses à la vie politique sans y atti­rer les femmes. Car en régime capitaliste, les femmes, la moi­tié de l’espèce humaine, sont doublement exploitées. L’ou­vrière et la paysanne sont op­primées par le capital, et par surcroît, même dans les répu­bliques bourgeoises les plus dé­mocratiques, premièrement elles ne jouissent pas de tous les droits, car la loi ne leur con­fère pas l’égalité avec les hom­mes; deuxièmement, et c’est là l’essentiel, elles restent confi­nées dans l’«esclavage domesti­que», elles sont des «esclaves du foyer» accablées par les tra­vaux ménagers, les plus mes­quins, ingrats, durs et abrutis­sants, et en général par les tâ­ches domestiques et familiales individuelles.

La révolution bolchevique, soviétique, coupe les racines de l’oppression et de l’inégalité des femmes de façon extrêmement profonde, comme aucun parti et aucune révolution du monde n’ont osé les couper. Chez nous, en Russie soviétique, il ne sub­siste pas trace de l’inégalité des femmes par rapport aux hom­mes, au regard de la loi. Le ré­gime des Soviets a totalement aboli l’inégalité odieuse, basse, hypocrite dans le droit matri­monial et familial, l’inégalité touchant l’enfant.

Ce n’est là que le premier pas vers l’émancipation de la femme. Aucun des pays bourgeois, même parmi les républiques les plus démocratiques, n’a osé faire ce premier pas. On n’a pas osé, par crainte de la «sacro-­sainte propriété privée».

Le deuxième pas et le princi­pal a été l’abolition de la pro­priété privée de la terre, des fa­briques et des usines. C’est cela et cela seul qui fraye la voie de l’émancipation complète et véritable de la femme, l’aboli­tion de l’«esclavage domesti­que» grâce à la substitution de la grande économie collective à l’économie domestique indivi­duelle.

Cette transition est difficile; il s’agit de refondre l’«ordre de choses» le plus enraciné, coutu­mier, routinier, endurci (à la vérité, c’est plutôt une mons­truosité, une barbarie). Mais cette transition est entreprise, l’impulsion est donnée, nous sommes engagés dans la nou­velle voie.

En cette journée internationale des ouvrières, on entendra dans les innombrables réunions des ouvrières de tous les pays du monde, saluer la Russie so­viétique qui a amorcé une œu­vre incroyablement dure et dif­ficile, une grande œuvre uni­verselle de libération véritable. Des appels galvanisant incite­ront à ne pas perdre courage face à la réaction bourgeoise, fu­rieuse, souvent même sauvage. Plus un pays bourgeois est «li­bre» ou «démocratique», et plus les bandes capitalistes sé­vissent avec fureur et sauva­gerie contre la révolution des ouvriers; c’est le cas pour la République démocratique des Etats-Unis d’Amérique. Mais la masse ouvrière s’est déjà réveil­lée. La guerre impérialiste a dé­finitivement éveillé les masses, endormies, somnolentes, inertes de l’Amérique, de l’Europe et de l’Asie arriérée.

La glace est brisée dans tou­tes les parties du monde.

L’affranchissement des peu­ples du joug impérialiste, l’af­franchissement des ouvriers et des ouvrières du joug capitaliste avance irrésistiblement. Des di­zaines et des centaines de mil­lions d’ouvriers et de paysans, d’ouvrières et de paysannes ont fait progresser cette œuvre. Voilà pourquoi l’affranchisse­ment du travail délivré de la servitude capitaliste triomphera dans le monde entier.

4 mars 1921.

 

N. LENINE.

 

 

Parti communiste international

www.pcint.org

 

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