Accroissement des attaques bourgeoises: Besoin accru de la lutte de classe!

(«le prolétaire»; N° 527; Janv. - Févr. - Mars 2018)

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«Macron durcit le ton sur les réformes», tel est le titre du quotidien Les Echos du 23 /2 qui ajoute avec satisfaction que «le gouvernement affiche sa détermination à réformer vite et fort».

Conforté par le passage sans difficultés cet automne des ordonnances sur le code du travail, grâce au sabotage de toute lutte réelle par les syndicats, le gouvernement entend accélérer le rythme des «réformes» – comme les capitalistes appellent les attaques anti-prolétariennes et antisociales: «réforme» de l’Enseignement, «réforme» de la Fonction Publique, «réforme» de la SNCF, «réforme» de la Formation professionnelle, «réforme de l’assurance-chômage», «réforme des retraites», pour ce qui est des plus importantes.

A cela il faut ajouter l’accentuation de la politique répressive contre les migrants et les sans-papiers, le blindage de l’Etat par le passage dans le droit commun des principales mesures de l’état d’urgence, ou l’évacuation spectaculaire  par des centaines de policiers des quelques dizaines d’opposants au projet d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure – et de l’autre côté la suppression de l’impôt sur la fortune: la nature de classe de la politique gouvernementale est on ne peut plus claire! D’autre part en même temps que ces attaques, était annoncée une augmentation importante du budget de l’armée!

Il y a longtemps qu’un gouvernement n’avait pas lancé ou annoncé une telle série de mesures proprement réactionnaires...

 

LES DIFFICULTÉS économiques  du capitalisme  français...

 

La cause fondamentale de cette aggravation des attaques bourgeoises se trouve dans la situation du capitalisme français. Il perd du terrain non seulement dans les rapports économiques avec son allié-concurrent allemand, mais aussi plus généralement face à la concurrence sur le marché mondial. Alors que le dynamisme de l’économie allemande fait que ce pays enregistre année après année des excédents dans son commerce extérieur, le commerce extérieur français a enregistré un sévère plongeon en 2017: une augmentation de son déficit de 29% par rapport à l’année précédente, les exportations ayant davantage diminué que les importations. Les parts de marché françaises ont reculé sur le marché mondial (3% contre 4,7% en 2000) et encore plus dans la zone euro (de 17%  à 12,9%) devant la concurrence surtout de l’Allemagne et de l’Italie. Même les échanges de «services», où l’économie française enregistrait habituellement un surplus appréciable grâce au tourisme, sont devenus déficitaires.

Selon les économistes bourgeois, les cadeaux accordés aux capitalistes par le gouvernement Hollande (notamment sa «mesure phare», le «Crédit Impôt Compétitivité Emploi», CICE, dont le montant est de 20 milliards d’euros par an) ont permis d’améliorer les profits des entreprises; mais ils n’ont pas été suffisants pour améliorer leur compétitivité. Relevons à ce propos que les mêmes économistes reconnaissent que ce CICE n’a eu aucun impact positif sur l’emploi, contrairement à ce qui avait été promis alors par le gouvernement. Rien d’étonnant à cela, les promesses de faire baisser le chômage sont toujours brandies pour faire admettre les mesures les plus anti-prolétariennes, le quinquennat Hollande ayant battu des records sur ce plan...

 

... le  poussent à accroître l’exploitation des prolétaires

 

Pour les capitalistes il n’y a pas d’autre solution à leurs problèmes que d’accroître l’exploitation des prolétaires afin d’extorquer des profits supplémentaires. Si les profits ont en effet augmenté l’an dernier, si beaucoup de grandes entreprises comme Renault ont enregistré des profits records, les capitalistes se plaignent que ces profits restent à un niveau plus bas qu’avant la crise de 2008. Un institut économique influent, lié à la Chambre de commerce de Paris affirme que les «coûts salariaux» français sont parmi les plus élevés de la zone euro et il s’inquiète que les salaires puissent augmenter cette année, après l’augmentation du Smic (1): pour les patrons les ouvriers sont toujours trop bien payés!

C’est dans ce cadre que s’expliquent les attaques annoncées par le gouvernement – de même que le renforcement du militarisme. Le petit impérialisme français a toujours été particulièrement agressif pour maintenir sa domination dans ce qui s’appelle dans le langage diplomatique sa «zone d’influence», son «pré carré» comme disait sans fard Mitterrand pour parler de ses anciennes possessions coloniales, et pour s’infiltrer ailleurs. Il en a hérité une industrie d’armements qui est un de ses points forts économiques (la France est parmi les plus grands exportateurs d’armes) et qui lui sert aussi à accroître sa présence au niveau international: voir les liens politiques tissés avec ses clients dans le Golfe persique (Arabie Saoudite, Emirats, Egypte), avec l’Inde (avec qui Macron a passé des accords militaires à la suite de vente d’avions de combat), etc.

 

Pour résister et contre-attaquer il n’y a qu’une seule voie : le  retour à la lutte de classe !

 

Si le gouvernement compte frapper vite et fort comme nous le voyons (à la SNCF il parle d’agir par ordonnances), c’est pour ne pas laisser le temps au déclenchement d’une réaction prolétarienne. Certes les expériences récentes du sabotage par les organisations syndicales collaborationnistes des mobilisations contre les ordonnances sur le code du travail, la loi El Khomry ou les retraites, ont montré aux bourgeois s’ils en avaient  besoin, la capacité de ses organisations à contrôler le prolétariat et à protéger malgré tout la paix sociale. Mais il existe toujours un risque de trouble de l’ordre social à prendre en compte: les bourgeois savent d’expérience que le prolétariat a la capacité de faire dérailler tous leurs plans quand il entre vraiment en lutte, et qu’il a même la force potentielle de remettre en cause leur pouvoir. C’est pourquoi le gouvernement ne veut pas traîner, comptant bien sur l’attentisme syndical pour étouffer les réactions (2).

Les syndicats ont sans doute appelé à leurs rituelles «journées d’action», mais en ordre dispersé, alors que pour faire face aux attaques c’est un mouvement d’ensemble qui serait nécessaire. Mais surtout ces journées n’ont évidemment pas d’autre but que de faire retomber la pression et fournir un exutoire inoffensif au mécontentement.

La généralisation et l’accroissement des attaques accroissent le besoin de la lutte ouverte et générale pour y faire face.

 Mais les faits ont montré qu’il était impossible de compter sur les appareils syndicaux pour mener ces luttes à la victoire. Indissolublement attachés à collaboration entre les classes, partisans avoués de l’ordre établi, ils ne peuvent être que des adversaires de la lutte prolétarienne de classe et de toute orientation anticapitaliste. Les faits ont montré aussi que les organisations et partis soi-disant révolutionnaires ne sont que des suivistes par rapport aux forces collaborationnistes, qu’ils ne combattent jamais.

C’est indépendamment de tous ces gens et contre les orientations défaitistes de l’opportunisme politique et syndical, qu’il est nécessaire que les prolétaires entrent en lutte, sans se laisser arrêter par les discours mensongers sur les sacrifices à accepter pour défendre la bonne santé de l’économie, de l’usine, de l’entreprise. Les prolétaires ne doivent accepter des sacrifices que pour défendre leurs propres intérêts de classe, qui sont complètement opposés à ceux des capitalistes. La voie de la lutte ouverte, avec des objectifs et des méthodes classistes y compris l’organisation et la direction indépendante des luttes, n’est certes pas la plus facile, mais c’est la seule qui donne la possibilité de vaincre.

Les conflits qui éclateront inévitablement dans les mois qui viennent pourront constituer un pas dans cette voie, qui est la voie menant à l’émancipation prolétarienne, si au moins une minorité de prolétaires trouve la force de renouer avec les positions et l’organisation de classe.

Contre la bourgeoisie et ses laquais, il est plus que temps de revenir à la lutte de classe!

 


 

(1) Coe-Rexecode, décembre 2017.

(2) Voir par exemple l’interview de Martinez au Parisien du 27/1/18. Le leader de la CGT a le toupet de rejeter la responsabilité de l’échec de la lutte contre la loi travail sur «certains salariés» qui ne se sentent pas concernés par les mots d’ordre nationaux et, en bon collaborationniste, il dit clairement qu’il n’est pas question de mobiliser pour le moment, l’heure étant à la participation à  la consultation gouvernementale...

 

 

Parti communiste international

www.pcint.org

 

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