Canada : un bon indien…

(«le prolétaire»; N° 527; Janv. - Févr. - Mars 2018)

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La «justice» canadienne vient de remettre au goût du jour, une nouvelle fois, la célèbre citation prêtée au massacreur général Sheridan: «un bon indien est un indien mort». Le 9 février, un jury de la Saskatchewan a déclaré non coupable l’assassin de Colten Boushie, de la réserve de la Première Nation Red Pheasant.

 

Le racisme assassine, la «justice» acquitte !

 

C. Boushie a été tué par Gerald Stanley, un agriculteur qui l’a abattu par derrière avec une balle qui lui a perforé le crâne, en août 2016. Le jeune autochtone de 22 ans était, avec un groupe d’amis, sur la propriété du meurtrier après une crevaison. L’assassin accuse les jeunes autochtones d’avoir voulu commettre un vol de véhicule. Il justifie ainsi les rafales d’arme semi-automatique qu’il a tiré sur le groupe et la balle tirée à bout portant sur le crâne du jeune homme. La «justice» canadienne a fait comme fait trop souvent celle de son voisin étasunien face au meurtre d’un jeune prolétaire noir: elle a pris parti pour le meurtrier. La police a agi comme si la victime était le coupable, en lançant une perquisition illégale chez sa mère.

Au lieu de lutter contre le racisme que subissent les communautés autochtones, le gouvernement provincial a préféré déployer des policiers au nom de la lutte contre «le crime rural», un prétexte constamment utilisé pour attiser les sentiments anti-autochtones dans l’Ouest canadien. La justice n’a mené des poursuites que sous la pression des populations autochtones. La presse a relayé cela. Elle a blâmé Colten et ses amis d’avoir pénétré sur les terres du fermier et d’avoir l’air «menaçant». C’est seulement après de longs délais et beaucoup de pression de la part des Premières nations que Stanley a été mis en accusation pour la mort de Boushie.

Le procès a confirmé ce racisme d’État. Le jury – dont avaient été exclus tous les autochtones alors qu’ils représentent un quart de la population de la région – l’a non seulement jugé non coupable de meurtre, mais même d’homicide involontaire.

Moins de 12 heures après le verdict, des milliers de personnes sont descendues dans les rues de plusieurs villes du Canada et de l’Amérique du Nord pour revendiquer «Justice pour Colten!». La protestation a été organisée par le mouvement Idle No More (La passivité, c’est fini), un «réseau» de défense des droits des Autochtones lancé il y a cinq ans en Saskatchewan à partir d’un tweet.

 

Le Canada, une prison des peuples autochtones

 

On compte un million huit cent milles Autochtones («Premières Nations indiennes», métis et Inuits) au Canada, ce qui représente 5,6 % de la population totale. A elles seules les membres des 634 «Premières Nations» représentent 2,8 % de la population totale du Canada, mais elles constituent le dixième de la population du Saskatchewan (10,7 %) et du Manitoba (10,5 %) et presque le tiers de la population des Territoires du Nord-Ouest (32,1 %).

Malgré tout le baratin gouvernemental sur la «nation multiculturelle», les Autochtones souffrent toujours du racisme et de la misère. Que ce soit dans les réserves ou dans les villes, partout la population autochtone est en proie au chômage, à la pauvreté et à la maladie.

Bien que les peuples autochtones ne représentent que 5% de la population canadienne, plus de 25% de tous les hommes dans des prisons fédérales sont autochtones et 36% des femmes détenues sont autochtones. Près de la moitié des adultes autochtones sont au chômage et plus de la moitié ont moins qu’un diplôme d’études secondaires. Le taux de suicide chez les populations autochtones et tout particulièrement chez les jeunes est parmi les plus élevés du monde.

Les conditions dans beaucoup de réserves autochtones sont souvent bien pires que celles des bidonvilles des pays dominés par l’impérialisme: absence fréquente d’eau potable, manque de logements ou logements sans chauffage, peu de services de base et peu d’emploi. De nombreuses familles vivent dans des tentes ou des cabanes non isolées, sans eau courante ni tuyauterie, certaines doivent recourir à des seaux comme toilettes qu’elles vident dans des fossés avoisinants. En moyenne 30% des familles autochtones souffrent d’«insécurité alimentaire» (c’est-à-dire ne mangent pas toujours à leur faim) et cette proportion peut atteindre les 70% dans certaines communautés.

Les conditions ne sont pas meilleures pour ceux qui vivent en ville, où leurs conditions de vie sont bien inférieures au reste de la population. Les travailleurs autochtones gagnent un salaire de 15 à 20% inférieurs à celui leurs collègues de travail. De plus, 40 000 enfants autochtones sont placés dans des structures d’accueil, ce qui représente plus de la moitié de tous les enfants séparés de leur famille au Canada.

Les Autochtones sont également – directement ou indirectement – victimes de la terreur policière. Selon des enquêtes récentes, des dizaines de femmes et de filles de villes de Colombie-Britannique (province voisine de l’Alberta) ont été victimes de violences ou d’agressions sexuelles de la part de la police, avec au moins un cas de viol. Certaines ont été aspergées de poivre, ont subi des tirs de tasers; ont été attaquées par des chiens policiers, frappées, ont subi des fouilles par des policiers masculins, ont été victimes d’attouchements…

Enfin, la police et la «justice» ont refusé de protéger des femmes. Plus de 1 200 femmes autochtones du Canada – certains évoquent même le nombre de 4 000 – ont disparu ou ont été assassinées ces trente dernières années. La police a souvent ignoré ces disparitions ou a transformé les victimes en coupables, les accusant d’être des prostituées ou des alcooliques; elles ont parfois été emmenées à des km de chez elles et abandonnées dans des températures glaciales, si elles n’ont pas été violées avant.

Depuis la formation du Canada, les peuples autochtones ont été et sont encore considérés comme des «sauvages». Ce racisme a été la couverture pour s’emparer des terres et des ressources naturelles qui s’y trouvent.

 

Le pillage colonial se poursuit

 

Comme les autres peuples d’Amérique, les Autochtones du Canada ont subi une conquête coloniale par les Anglais, les Français, les Espagnols… Ils ont été privés de leurs terres et ont subi des massacres de masse et des violences en tout genre.

L’intensification des rivalités entre les puissances impérialistes pousse la bourgeoisie canadienne à accélérer l’exploitation du territoire – en particulier celle des ressources naturelles, nombreuses dans le Nord. Les pressions sont donc très fortes pour faire sauter ou ignorer toute la réglementation qui empêche ou limite le pillage des terres autochtones. Fin 2012, sous la pression de l’industrie des oléoducs et des grandes compagnies pétrolières – dont Total, qui y exploite les fameux sables bitumineux –, le gouvernement a quasiment liquidé la protection des milliers de lacs et rivières du pays. Il a également sévèrement limité l’évaluation environnementale préalable aux projets d’exploitation des ressources, et la possibilité pour les Autochtones d’être consultés sur ces questions.

Comme à Standing Rock aux Etats-Unis, les populations autochtones refusent de céder leurs terres mais se mobilisent également pour éviter que l’exploitation anarchique des ressources – inhérente au capitalisme – ne détruise les écosystèmes, ne pollue les sols et les eaux, ne dégrade la santé des populations… En Alberta, où les sables bitumineux sont exploités aveuglément, les Premières nations font venir de l’eau en bouteilles alors qu’elles vivent au bord des fleuves, car ceux-ci sont pollués par le plomb et le mercure.

Le risque vient aussi des pipelines qui traversent leurs territoires et les exposent aux fuites de gaz et de pétrole. En juillet 2017, une fuite d’un pipeline de l’entreprise Husky Energy a déversé plus de 225 000 litres de pétrole dans la Rivière Nord Saskatchewan, dans le centre du pays, et privé d’eau courante deux villes et des communautés autochtones pendant plusieurs jours.

De plus, les nuisances sont nombreuses. Des tests sismiques sont réalisés sur les rives de la côte ouest pour la prospection pétrolière ou gazière. Ils consistent en l’émission de sons hyper puissants (290 décibels) sous l’eau, sur des périodes données, toutes les dix secondes, 24 heures sur 24 pendant cinq ans. Cela risque de faire disparaître des mammifères marins ainsi que le reste de l’écosystème et donc la pêche indispensable à la survie de communautés autochtones.

Malheureusement, les protestations nombreuses contre ces projets destructeurs et générateurs de risques se font sur les terrains petits bourgeois du «nationalisme» indigène ou de l’écologisme (parfois avec un cache-sexe «socialiste»).

Les populations autochtones ne se trouvent pas en dehors de la société capitaliste, même si elles sont marginalisées dans celle-ci. La population des «Premières nations» comme dans toutes les nations, est divisée en classes aux intérêts différents. Il existe des prolétaires qui ont mené il y a quelques années des luttes ouvrières importantes. La plupart sinon tous les Chefs sont bien intégrés dans le système capitaliste ainsi que la mince couche de leurs flagorneurs. Les populations autochtones déshéritées ne pourraient pas trouver une issue dans une union nationale pour créer un Etat indépendant au ou autonome, objectif des couches bourgeoises ou petites bourgeoises qui rêvent d’exploiter à leur profit les richesses du sous-sol. Leur sort dépend de la lutte anticapitaliste menée par les prolétaires unis du Canada et du monde – par-dessus les barrières d’ethnies, de langues et de nationalités, d’origine et de sexe. Seule cette lutte révolutionnaire arrivera à détruire en une unique marée révolutionnaire l’infâme mode de production avec tout son cortège de misère et de sang, pour poser les bases d’une vie et d’une société totalement libérées de l’exploitation et de l’oppression.

Pour mettre fin au capitalisme qui est un système criminel qui menace les conditions de vie des prolétaires, des travailleurs et des populations opprimées, mais aussi la survie de l’Humanité, il n’y a qu’une seule issue: la lutte pour le communisme.

 

 

Parti communiste international

www.pcint.org

 

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