Viol impérialiste de la centrafrique

(«le prolétaire»; N° 527; Janv. - Févr. - Mars 2018)

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Les médias et les politiciens bourgeois (ainsi que toute une partie de l’«extrême» gauche) se sont enflammés pour la mode «balance ton porc», englués dans une dénonciation interclassiste des violences faites aux femmes. Les plumitifs bourgeois ont pu se féliciter que la «parole se libère» mais lorsque des militaires français accusés d’avoir violé des enfants en Centrafrique ont obtenu un non-lieu de la «justice» bourgeoise, ce fut l’omerta.

Plusieurs Casques Bleus avaient été accusés du viol d’une enfant en République centrafricaine, tandis que 14 militaires français avaient été mis en cause dans celui de six autres, âgés de 9 à 13 ans, perpétrés en échange de nourriture, entre fin 2013 et juin 2014. L’ampleur du scandale avait déjà contraint à la démission Babacar Gaye, le chef de la Mission des Nations Unies en Centrafrique). Ce sont eux qui ont été blanchis récemment.

Cette affaire n’est pas une bavure mais un des symptômes du règne sanglant de la bourgeoisie française sur les masses d’Afrique subsaharienne.

 

UN PAYS saigné par la colonisation

 

Les colonisateurs français ont conquis l’actuel territoire de la Centrafrique et l’ont appelé l’Oubangui-Chari. Il formait, avec le Gabon, le Tchad et une partie du Congo, l’Afrique équatoriale française (AEF). La bourgeoisie française a transformé ce petit territoire en véritable bagne pour les populations locales.

En 1899, le territoire est largement concédé à une quarantaine de sociétés privées qui faisaient commerce de l’ivoire et du caoutchouc. Les autorités coloniales leur livraient des territoires mais également les hommes présents, considérés comme leur propriété.

A cette exploitation quasi-esclavagiste, s’ajoutaient des travaux forcés (entretien des pistes ou récolte du caoutchouc) et le «portage». Pour pallier au manque d’infrastructures de transport, les sociétés privées réquisitionnaient – avec le soutien des autorités coloniales – les populations pour transporter à dos d’homme leurs marchandises. Quasi-gratuitement et sans être nourris ou logés, les porteurs devaient parcourir des dizaines voire des centaines de kilomètres avec des charges qui pouvaient aller jusqu’à 30 kg.

Le «portage» a pris fin quand la bourgeoisie française a eu besoin de main d’œuvre pour ses autres projets, en particulier la construction de la ligne de chemin de fer Congo-Océan. Sa construction fit plus de 20 000 morts parmi les ouvriers, en partie à cause de la pingrerie des colonisateurs qui ne voulaient pas investir dans des machines. Au travail forcé s’ajoutait la réquisition des produits agricoles.

Ce système colonial était bâti sur la terreur: des miliciens armés kidnappaient les hommes dans les villages avant qu’ils ne soient acheminés vers des camps de travail, avec de lourdes pertes pendant le trajet. Dans les champs ou sur les chantiers, s’abattaient sur eux la terreur patronale.

 

Un Etat créé par et pour L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS

 

A la fin des années 1950, face à la montée des mouvements anticoloniaux, la bourgeoisie française a accordé l’indépendance formelle à ses colonies d’Afrique subsaharienne tout en maintenant sa domination sous une autre forme.

L’Oubangui-Chari sera transformé en Centrafrique. Ce processus s’opposait à l’idée que portait alors le leader nationaliste centrafricain Barthélémy Boganda, sous le nom des «États-Unis de l’Afrique latine» correspondant à l’AEF. Ce même Boganda disparut dans un attentat contre son avion, derrière lequel plane l’ombre des mains de la France. L’impérialisme français préférait dominer des petits Etats très dépendants – dont la Centrafrique enclavée – que d’avoir un Etat plus viable et plus puissant comme interlocuteur.

L’État français a donc maintenu sa domination. Les dirigeants centrafricains sont remplacés dès qu’ils nuisent aux intérêts de l’impérialisme français dans le pays. À plusieurs reprises, l’armée française est même intervenue directement pour remplacer un satrape par un autre un plus docile. C’est pourquoi différentes cliques politico-militaires se sont succédées, la plus délirante fut celle du sinistre Bokassa qui se fit proclamer empereur en 1977!

L’impérialisme français a ainsi pu préserver ses intérêts économiques, diplomatiques et stratégiques, grâce à ses nombreuses interventions militaires pour soutenir ou renverser les dirigeants du moment.

A l’ONU, les représentants de la Centrafrique sont des soutiens sur lesquels la France peut s’appuyer pour défendre ses intérêts impérialistes. Mais surtout, la Centrafrique , petit pays de moins de 5 millions d’habitants, est un atout stratégique étant donné sa situation  en plein cœur de l’Afrique.

 

 RICHESSES CENTRAFRICAINES et pillage impérialiste

 

Malgré la pauvreté de sa population et son faible développement économiques après plus d’un siècle de colonisation française, la Centrafrique possèdes richesses non négligeables.

Son sous-sol est riche en or et en diamant mais aussi en uranium et en pétrole. Son territoire est traversé par une dizaine de fleuves et les précipitations sont abondantes, permettant une quantité d’eau disponible par habitant très élevée. La terre est naturellement fertile et produit café, coton, tabac, cacao, huile de palme, caoutchouc, canne à sucre, riz, thé, piments… La forêt centrafricaine occupe une superficie de 3,8 millions d’hectares.

Toutes ces richesses sont exploitées – c’est-à-dire pillées – par des sociétés étrangères en particulier françaises.

L’investissement capitaliste français est très important. BGI Castel est propriétaire de la Mocaf (production des boissons), de la Sucaf (production du sucre), de la Sodisca (distribution du sucre importé). Bolloré gère la distribution de l’eau, la production des cigarettes et le fret avec la concession du port de Douala. Total joue un rôle dans le stockage et la distribution des hydrocarbures. La succursale de Bureau Veritas s’occupe de la sécurité des recettes douanières provenant de l’exportation du bois, un des deux principaux produits d’exportation centrafricains. S’ajoutent également les intérêts d’Air France, d’Orange, de la CFAO (Compagnie française de l’Afrique occidentale) dans la distribution automobile…

 

L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS défend son «pré carré»

 

Pendant une dizaine d’années, la bourgeoisie française a soutenu le président centrafricain François Bozizé. Ce pantin a été lâché par ses maîtres quand il a décidé de laisser d’autres puissances impérialistes – dont la Chine – avoir accès au butin centrafricain et de se rapprocher de l’Afrique du Sud.

Il a été renversé en mars 2013 par la Seleka, une milice d’opposants musulmans. En réponse, des milices se sont développées parmi les paysans chrétiens et animistes (80% de la population), les Anti-balaka – tout aussi réactionnaires et violentes que la Seleka. La Centrafrique a ainsi plongé dans une sanglante guerre civile dans laquelle le pompier pyromane français est militairement intervenu une fois encore (1).

L’opération militaire dite «Sangaris» a accentué le chaos. Les troupes françaises ont désarmé les milices Seleka et les Anti-balaka se sont sentis encouragés et ont multiplié les exactions contre les civils.

Les troupes africaines de la Misca (Mission internationale de soutien à la Centrafrique), déployées par l’Union africaine à la demande de Paris et soutenus par les soldats français, ont agi comme des gangs armés supplémentaires. Les soldats tchadiens, favorables aux ex-Séléka, et burundais, proches des anti-balaka, se sont même affrontés.

Malgré la signature d’un accord de cessez-le-feu en juillet 2014, les affrontements n’ont pas cessé. Officiellement dissous et transformés en partis politiques, Seleka et Anti-balaka continuent leurs violences contre des civils.

C’est dans ce contexte chaotique et extrêmement violent que les accusations de viols commis à l’encontre de la population se sont multipliées. L’ONU a recensé plus d’une centaine de cas, dont plusieurs commis par des soldats français.

 L’intervention de l’impérialisme français a officiellement pris fin en novembre 2016 mais le pays est toujours aussi instable. L’autorité du gouvernement central a du mal à dépasser Bangui, la capitale. La partie Est du pays est contrôlée par des milices ex-Séléka, musulmanes, ou de seigneurs de guerre comme le général al Khatim, autoproclamé président. L’Ouest est aux mains des Anti-balaka, chrétiens. Les uns comme les autres rackettent, pillent, massacrent et terrorisent la population.

Un contingent français de 350 soldats est maintenu sur la base de M’Poko et continue d’encadrer les 10 000 soldats des troupes de la Minusca, la mission de l’ONU qui a succédé à la Misca. Des troupes françaises sont présentes dans les Etats voisins et ils peuvent intervenir rapidement.

 

CONTRE LA supercherie de la démocratisation et du développement national, Révolution  prolétarienne internationale!

 

Il n’y a aucune perspective réelle d’émancipation nationale ou de démocratisation en Centrafrique comme dans les autres pays pauvres. La période des révolutions nationales étant  terminée depuis longtemps, c’est la révolution prolétarienne qui est désormais historiquement à l’ordre du jour dans le monde. La très grande faiblesse du développement industriel centrafricain  (la petite industrie présente n’ayant en outre pratiquement pas résisté aux troubles).y compris par rapport aux pays voisins comme le Cameroun, fait que la classe ouvrière est très peu nombreuse; cependant le pays a connu et connaît périodiquement des luttes sociales.

Les dernières en date ont été celle des employés de la Socatel (Société étatique de Télécommunications) au début de 2017 pour obtenir le paiement des arriérés de salaire, celle des employés du Centre pédiatrique de Bangui fin août pour obtenir le paiement de 18 mois d’arriérés de salaire et en septembre celle des employés de la société Azur (Téléphonie) pour le paiement là aussi d’arriérés de salaire et l’amélioration des conditions de travail.. Les luttes se heurtent chaque fois en Afrique au problème de la domination impérialiste. Seul un mouvement de nature classiste et international peut affronter l’infâme rapine de l’impérialisme français et des bourgeois autochtones; et seul le lien étroit avec les prolétaires de France et des autres pays de la région engagés dans la lutte révolutionnaire de classe, pourra donner la force nécessaire pour le vaincre.

Mais pour cela, il faudra l’organisation des prolétaires sur des bases indépendantes non seulement des prédateurs impérialistes et de leurs complices, indépendantes de toute politique de compromission et de renoncement à la lutte directe contre eux, mais aussi indépendantes des courants petits bourgeois qui rêvent d’un développement national autonome, autrement dit d’un développement capitaliste national autonome. En dehors du fait que le développement capitaliste ne peut en tout état de cause advenir que sur la base de la soumission aux exigences du marché mondial et d’un compromis avec telle ou telle puissance impérialiste, il implique inévitablement l’expropriation accélérée des masses paysannes et l’exploitation bestiale des prolétaires.

Les classes dominantes des pays anciennement colonisés  n’ont pas, comme dans les pays impérialistes, les moyens suffisants pour accorder aux prolétaires et aux masses les menus avantages qui constituent la base matérielle de la paix sociale et qui permettent du coup de tolérer les manifestations, rendues inoffensives, du mécontentement prolétarien. La «démocratisation» ne peut y être rien d’autre qu’une pâle chimère, incapable de masquer la brutale réalité de la dictature de la classe bourgeoise et de l’impérialisme.

Les prolétaires des métropoles impérialistes ont un rôle décisif à jouer pour aider les prolétaires des pays africains. La véritable solidarité avec eux passe par la reprise de la lutte de classe au sein des centres impérialistes afin d’abord de les affaiblir avant de pouvoir les renverser. Cela commence par la dénonciation claire de son propre impérialisme et de tous ses laquais, et par la rupture de tous les liens interclassistes qui les paralysent et les conduisent à soutenir ou à accepter les exactions de «leur» Etat.

Une tâche primordiale des communistes est de montrer au prolétariat d’ici que son intérêt immédiat et historique est de combattre les brigandages et les crimes de «leur» Etat en Afrique et ailleurs parce qu’ils renforcent la bourgeoisie  et son appareil répressif, et qu’il leur faut  tendre la main aux luttes des prolétaires et des masses pauvres africaines.

 


 

(1) Voir Le Prolétaire n° 506 (janvier-février-mars 2013).

 

 

Parti communiste international

www.pcint.org

 

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