A propos de la suppression du bac et de la sélection à l’université : Défendre la jeunesse ouvrière et les travailleurs de l’éducation, pas l’école bourgeoise !

(«le prolétaire»; N° 527; Janv. - Févr. - Mars 2018)

Retour sommaires

 

 

Le gouvernement poursuit sa politique dictée par les nécessaires adaptations du capitalisme français à la concurrence économique mondiale. Dans l’éducation, il a décidé de mettre en œuvre les «réformes» souhaitées par ses prédécesseurs de droite et de gauche mais qui n’ont pas pu être menées à terme. La disparition du baccalauréat comme diplôme national avait été entamée par le ministre «socialiste» Allègre en 2000 et le sarkozyste Chatel en 2010. Sa disparition comme diplôme permettant d’accéder à l’université avait été tentée en 1986 par le gouvernement Chirac. Ces projets n’avaient pas pu pleinement aboutir en raison de mobilisations de enseignants, des étudiants ou des lycéens.

Aujourd’hui, le gouvernement veut aller vite. Il est aidé en cela par les syndicats enseignants qui font preuve d’un attentisme scandaleux … et complice. Ils se sont contentés de lancer des appels nationaux à la »mobilisation», à «aller jusqu’à la grève partout où c’est possible» ou à une traditionnelle journée de grève sans suite et sans perspective. Ces appels nationaux ne sont même pas transmis aux personnels dans beaucoup d’établissements qui apprennent l’information par les médias! Seules quelques équipes syndicales combatives – souvent SUD Education ou CGT Educ’action – tentent de mobiliser, mais elles restent bien isolées. Les autres, même celles animées par des militants du NPA, de Lutte Ouvrière, du Parti Ouvrier Indépendant ou du POI Démocratique (POID), attendent bien sagement la défaite que pourra infliger le gouvernement avant de se lamenter hypocritement sur le manque de combativité des travailleurs!

 

Au cœur des  réformes : réduire les dépenses par élève

 

Malgré le traditionnel habillage pédagogique des projets gouvernementaux, l’objectif central est limpide : réduire les coûts de fonctionnement de l’institution scolaire.

Dans les lycées, la quasi-totalité des classes étant déjà surchargées, il n’existe qu’un moyen simple et rapide pour faire baisser les dépenses: diminuer la quantité d’heures de cours dispensées aux élèves. C’est ce qui est au cœur de la «réforme» : diminuer le volume hebdomadaire, supprimer (ou réduire à la portion congrue) l’enseignement de certaines disciplines. L’intersyndicale estime que la mise en œuvre de la «réforme» pourrait aboutir à la suppression de 25 000 emplois. Pour compléter cette politique d’économies, le ministre veut supprimer le baccalauréat dont l’organisation coûte près de 100 millions d’euros.

A l’université, la sélection va permettre d’orienter le «flux» des «cohortes d’élèves» – pour reprendre le langage de la bureaucratie de l’Education nationale – vers les formations déficitaires pour ne pas augmenter les dépenses (et créer des emplois) malgré une véritable explosion des effectifs étudiants.

La «réforme du baccalauréat» a également un autre objectif : il s’agit de mettre en place les conditions d’une concurrence accrue par tout un tas de mesures, notamment la suppression des diplômes nationaux et l’adaptation du lycée à la «vie économique» permettant d’améliorer la mobilité et la flexibilité de la main-d’œuvre (c’est-à-dire d’accentuer son exploitation), et de faire pression sur le niveau général du salaire en les individualisant.

 

Au menu des futures attaques : dégrader encore les conditions de travail des enseignants

 

La deuxième source d’économies est de flexibiliser et de précariser les personnels et en premier lieu les enseignants. L’actuel ministre a annoncé très explicitement ses projets contre les enseignants du secondaire dans son livre «L’École de demain» (p.117-118) :

- le renforcement du management local, c’est-à-dire la soumission à l’autorité du chef d’établissement, la caporalisation. La hiérarchie locale pourrait à terme recruter les enseignants, imposer tous types d’obligations pédagogiques ou administrative;

- la mise en place d’un système hiérarchique de chefaillons: certains professeurs auraient un rôle d’encadrement des autres;

- l’annualisation du temps de travail, c’est-à-dire une très forte flexibilité avec une augmentation de la charge de travail (avec le «rattrapage» des heures de cours non effectuées les jours de sortie, pendant les périodes d’examens, de stage...) et une baisse des salaires (les »rattrapage» ferait disparaître les heures supplémentaires);

- un alourdissement de la charge de travail : au travail d’enseignant s’ajouterait un travail de conseiller d’orientation pour préparer les lycéens en vue de leur sélection par l’université. Ces tâches pourraient se traduire par un temps de présence obligatoire dans les établissements.

Pour l’instant, le gouvernement reste silencieux sur le (mauvais) traitement qu’il réserve aux personnels de l’Éducation nationale. Il ne faut cependant pas être devin pour savoir que les mesures ci-dessus sont un de ses objectifs.

L’éditorialiste du journal patronal Les Echos vend la mèche dans son éditorial du 15 janvier: «Un renversement complet du modèle actuel, dont on n’a pas fini de mesurer les conséquences. Temps de travail des professeurs, pluridisciplinarité, nombre d’élèves par classe, organisation des établissements: c’est un vaste maelström qui se prépare dans l’Education nationale.

Car, même si Jean-Michel Blanquer semble avoir renoncé à organiser l’année du second degré en semestres, il est hautement probable que le découpage en semaines ne permette pas de constituer des emplois du temps combinant matières de tronc commun et spécialités. Alors, c’est l’annualisation du temps de travail des enseignants, sujet tabou depuis 1950, qui a enfin une chance d’être inscrite au tableau. Faute d’enseignants suffisants pour répondre à la demande, notamment dans les nouvelles disciplines voulues par le ministre de l’Education nationale, c’est la question de la bivalence des professeurs qui va devoir être posée, autrement dit leur capacité à enseigner deux matières».

 L’école capitaliste fonctionne sur le modèle d’une entreprise capitaliste – n’en déplaise à ceux qui clament «l’éducation n’est pas une marchandise» - et elle cherche à réduire ses coûts de fonctionnement en pressurant ses clients (les élèves) et ses salariés (les enseignants). En fait il s’agit de «restructurer» l’école comme on restructure une usine!

 

A  quoi  sert  l’école bourgeoise ?

 

L’école est un rouage important de la société capitaliste puisqu’elle a pour tâche de préparer au mieux la jeunesse à occuper sa future place, qui dans la classe ouvrière, qui dans la petite-bourgeoisie, qui parmi la classe dirigeante.

Pour assurer sa fonction sociale de reproduction de l’ordre établi, l’Ecole a une fonction idéologique. Elle diffuse une idéologie bourgeoise de démocratie, de paix sociale, de croyance au progrès et de patriotisme, pour formater des citoyens dociles et crédules. C’est ce qu’expliquaient Boukharine et Préobrajenski, en 1923, dans «L’ABC du communisme»: «La bourgeoisie comprend très bien qu’elle ne viendra pas à bout des masses ouvrières par la seule force brutale. Il lui faut donc tisser, tout autour des cerveaux de ces masses, une fine toile d’araignée. L’État bourgeois considère les ouvriers comme des bêtes de somme: il faut que ce bétail travaille, mais qu’il ne morde pas. Il faut donc non seulement l’assommer et le fusiller dès qu’il mord, mais aussi le dresser, le dompter, comme font certains spécialistes dans les ménageries. De la même façon, l’État capitaliste éduque, pour l’abêtissement, l’abrutissement et la domestication du prolétariat, des techniciens, des maîtres d’école et des professeurs bourgeois, des prêtres et des évêques, des écrivailleurs et des journalistes bourgeois. À l’école, ces spécialistes apprennent aux enfants, dès l’âge le plus tendre, à obéir au Capital, à mépriser et à haïr les révoltés; on leur débite des contes à dormir debout sur la Révolution et le mouvement révolutionnaire; on glorifie tsars, rois, industriels, etc.».

L’Ecole fait miroiter aux familles prolétaires la possibilité de la promotion sociale, de la sortie de la condition prolétarienne grâce aux études, par-delà les inégalités de la naissance. A l’heure actuelle, cela existe, comme exception et non pas évidemment comme règle, mais ces exceptions alimentent les espoirs d’ascension sociale par l’effort individuel des enfants. L’Ecole est en ce sens une puissante arme contre la lutte de classe et un puissant levier de cohésion sociale.

Elle a également l’importante fonction d’inculquer la discipline, le respect du savoir et de l’autorité, même si cette tâche est de plus en plus difficile en raison de la dégradation des conditions d’étude.

La scolarisation de masse a été nécessaire pour fournir au capitalisme une main d’oeuvre plus instruite, mieux formée et plus «éduquée» (au sens bourgeois du terme que nous venons de voir), que ce soit au niveau des prolétaires ou des cadres. Mais elle est aussi utilisée aujourd’hui pour conserver sur les bancs de l’école une large partie de la jeunesse ouvrière et petite-bourgeoise que l’économie capitaliste ne peut pas absorber. Elle permet d’exercer sur eux un contrôle social direct. C’est ce que met en avant le sociologue pseudo-marxiste Randall Collins: «L’inflation des diplômes contribue à absorber la main d’oeuvre excédentaire en soustrayant un nombre croissant d’individus à la population active. (…) le mythe de l’éducation universelle alimente de fait l’Etat providence clandestin. (…) Aussi longtemps que le système éducatif continuera à être financé d’une manière ou d’une autre, il fonctionnera en effet comme une sorte de keynésianisme masqué, une espèce de substitut de stimulus économique. Cette politique sociale qui ne dit pas son nom est un peu l’équivalent des programmes du New Deal qui mettaient les chômeurs au travail en leur faisant exécuter les peintures murales dans les bureaux de poste ou participer à des campagnes de reforestation» (1).

 

 Les mythes de la démocratisation et de l’école émancipatrice

 

Les directions syndicales – nationales ou locales, y compris celles animées par des pseudo-révolutionnaires – sont toutes engluées dans la vision interclassiste d’une école qui serait un atout pour les jeunes prolétaires, une chance pour accéder au savoir et à une ouverture culturelle. Vieille illusion héritée non seulement du syndicalisme amicaliste – né de la volonté de l’État bourgeois; du syndicalisme réformiste – champion du service public et de l’école démocratique; mais aussi de l’anarcho-syndicalisme. Le premier Manifeste des instituteurs syndicalistes, en 1905, proclamait par exemple «Ce n’est pas au nom du gouvernement, même républicain, ni même au nom du Peuple français que l’instituteur confère son enseignement: c’est au nom de la vérité».

Cette vision sera fidèlement reprise par le courant École émancipée (EE) qui regroupera les anarcho-syndicalistes dans la Fédération Unitaire de l’Enseignement de la CGTU, puis une large palette de l’«extrême» gauche dans la Fédération de l’Éducation nationale (FEN) après la deuxième boucherie impérialiste. L’EE connaîtra une scission au début des années 2000 donnant naissance à une EE intégrée à la direction de la FSU (le syndicat majoritaire et ultra-conformiste) et une tendance Emancipation qui se veut (faussement) plus lutte de classe. Cette vision imprègne également les syndicats dits «combatifs» comme la CGT Educ’action, la FTE-CNT ou SUD Education.

Ce réformisme scolaire est un facteur de confusion. La prétention du réformisme d’élever le niveau de la lutte des jeunes travailleurs en rehaussant leur niveau culturel moyen ne mériterait même pas que l’on s’y arrête tant elle est ridicule. Mais ce ridicule est bien celui des petits-bourgeois qui estiment que l’apathie sociale de l’ouvrier est due à son manque de «culture» et d’ «instruction». S’il avait ouvert un livre plus souvent, il se rendrait compte de son exploitation et se révolterait! Voilà la nullité de théorie qui prétend que la révolte du prolétaire n’est pas fonction de son exploitation et des circonstances matérielles que peuvent être le licenciement, le chômage, la dégradation des conditions de vie, l’insécurité permanente...

N’en déplaise aux professeurs «révolutionnaires», l’ouvrier prend conscience de la réalité de son exploitation et de la nécessité de la lutte contre elle à l’usine où il la vit, pas dans une salle de classe.

 

 NPA, LO, AL, UJR, POI, POID… colporteurs des illusions réformistes

 

L’«extrême» gauche réformiste véhicule ce genre d’inepties dans le cadre de la mobilisation actuelle, en direction de la jeunesse ouvrière et petite-bourgeoise et en direction des travailleurs de l’éducation. Ces faux révolutionnaires savent que les espoirs dans la démocratisation scolaire ne se concrétisent que pour quelques individus. Et ces rares cas ne changent en rien la situation de la classe ouvrière qui reste exploitée. Mais comme ils n’ignorent pas la puissance de ces espoirs de réussite individuelle et d’ascension sociale, et leur utilité pour l’ordre bourgeois, ils font tout leur possible pour les alimenter et faire croire que l’école peut être un moyen pour les fils et filles de travailleurs d’échapper à leur condition prolétarienne..

C’est ainsi que le NPA présente l’école capitaliste actuelle comme «une école de l’éducation et de l’émancipation» qui s’opposerait à «une école de l’employabilité» (2)!

Lutte Ouvrière défend l’illusion d’un service public au-dessus des classes et qui répondrait aux besoins de la classe ouvrière… dans cette société capitaliste: «Il faut refuser cette logique consistant à dire que tout doit devenir rentable et profitable. Dans cette société où l’argent est roi, l’éducation, la santé, les transports collectifs, les services postaux, les télécommunications, l’approvisionnement en eau et en énergie devraient être des services publics. Ils ne doivent pas être gérés pour le profit, ni être soumis aux lois du marché, stupides et inhumaines. Ils doivent satisfaire les besoins collectifs». (3)

Alternative Libertaire se prononce pour une démocratisation de l’Université, comme étant une voie d’émancipation: «Défendre l’égalité d’accès à l’université, ce n’est pas dire qu’il n’y a pas de salut en dehors des études. C’est exiger leur démocratisation pour qu’en cessant d’être réservées à certains, elles perdent aussi le rôle qui leur est attribué: permettre de donner moins à ceux qui n’en font pas.[…]. C’est en faire une voie d’émancipation, parmi d’autres, pour celles et ceux qui le souhaitent» (4).

L’Union des Jeunes Révolutionnaires, l’organisation de jeunesse du Parti Communiste des Ouvriers de France (PCOF), diffuse les mêmes illusions en proclamant: «L’Éducation nationale doit être pour l’émancipation et le savoir pour tous et non pas pour augmenter les profits du patronat» (5).

Le Comité pour un Parti Ouvrier Révolutionnaire se pose en défenseur du «droit aux études, à la culture arrachée par des décennies de combat de la jeunesse et de la classe ouvrière» (6).

Le Parti Ouvrier Indépendant (POI) dénonce une «attaque pour mettre l’université et l’école à l’heure de la contre-révolution voulue par Macron» (7). L’Ecole, l’Université et la société actuelle seraient-elles révolutionnaires?

Son frère ennemi, le POI Démocratique a initié un «Manifeste pour la reconquête d’une Ecole qui instruise» (c’est digne des titres dont raffole la presse la plus réactionnaire genre Le Figaro ou Le Point) pour «regrouper tous ceux qui veulent en finir avec l’entreprise de destruction systématique de l’école qui instruit et émancipe» (c’est de l’Ecole bourgeoise dont ils parlent!). L’axe du manifeste est la défense du bac comme «clef de voûte de toute l’Ecole publique, laïque, nationale» (8). Bel objectif de conservation sociale!

Tous ces réformistes d’ «extrême» gauche prétendent pouvoir soustraire l’école à la mainmise directe du capital et des organisations patronales. Ils prétendent offrir une éducation qui prodiguerait à tous les jeunes, de façon égalitaire, une véritable formation générale, théorique, critique...

Que les prolétaires ne se laissent pas illusionner par ces chimères et par leurs colporteurs!

L’école ne peut pas plus que les autres institutions de l’Etat planer au-dessus des classes. Pas plus que l’Etat, l’Ecole bourgeoise ne peut être transformée par des réformes pour se mettre au service de la classe ouvrière ou de la «collectivité». En réalité les seules «réformes» possibles et les seules réellement envisagées dans le cadre de la société bourgeoise sont celles qui adaptent l’Ecole aux évolutions de l’appareil productif capitaliste.

La lutte contre la sélection est la traduction concrète du slogan typiquement petit-bourgeois de «démocratisation» de l’Université. Depuis qu’existe une surproduction de diplômés, les autorités bourgeoises ont instauré, parfois non sans mal, différentes mesures de «sélection» pour diminuer le nombre d’étudiants, tendant pratiquement à réserver aux enfants de bourgeois l’accession aux filières universitaires les plus profitables et encore plus aux Grandes Ecoles. La lutte contre la sélection a donc été un thème récurrent parmi les étudiants et lycéens qui y voyaient la disparition de la possibilité de s’intégrer ou de se maintenir dans la petite bourgeoisie. Dans les périodes économiquement difficiles, les petits bourgeois tendent à être broyés par le capitalisme et touchés par la prolétarisation. Les communistes ne s’opposent évidemment pas aux luttes que peuvent mener les petits bourgeois contre les attaques capitalistes, mais ils les appellent à lutter contre le capitalisme lui-même, en se rangeant du côté de la classe ouvrière. Si les classes petites bourgeoises peuvent devenir révolutionnaires, explique le Manifeste Communiste «c’est en considération de leur passage imminent au prolétariat: elles défendent alors leurs intérêts futurs et non leurs intérêts actuels; elles abandonnent leur propre point de vue pour se placer sur celui du prolétariat».

Dans le cas de l’Ecole et de l’Université, les  communistes appellent à dépasser l’horizon étriqué de la lutte corporatiste qui se révèle illusoire – l’obtention d’un diplôme étant de moins en moins une garantie pour éviter la prolétarisation, même si le diplôme reste encore une protection relative contre le chômage – et à embrasser la lutte prolétarienne révolutionnaire contre cette société.

 

Service national - Service du capital

 

Pour mieux encadrer la jeunesse ouvrière, l’école ne suffit plus, en raison de la dégradation des conditions d’étude. C’est pourquoi en plus de vouloir que les jeunes prolétaires découvrent le despotisme d’usine avec l’apprentissage, le gouvernement veut leur imposer le despotisme du service national. Son plus gros problème est le coût budgétaire de son rétablissement, ce qui explique les déclarations contradictoires des ministres. Toutes les pistes sont envisagées – propagande militariste à l’école, travail gratuit dans des associations, exercices militaires… – mais l’essentiel n’est pas là pour la bourgeoisie: il faut encadrer la jeunesse pour lui faire passer ses envies de révolte et lui inculquer les idées d’obéissance.

Les communistes ne peuvent qu’être opposés au retour de cette corvée pour les jeunes prolétaires. Non seulement, le service national dégraderait leurs conditions de vie en les soumettant à l’abrutissement de la vie militaire ou au travail forcé, mais il marquerait un embrigadement généralisé des jeunes hommes et des jeunes femmes, tout en évitant de les familiariser avec le maniement des armes … Ce service national servirait donc à parachever le travail de contrôle social de l’école bourgeoise.

Œuvrant sur tous les terrains à la rupture des liens qui enchaînent le prolétariat à la classe ennemie, en particulier la fausse unité nationale dont l’armée bourgeoise se veut l’expression, les communistes révolutionnaires doivent propager et défendre les principes de l’antimilitarisme prolétarien. Les prolétaires doivent refuser de marcher dans la combine de la «cohésion nationale». La perspective de leur libération est l’armement du prolétariat et l’armée de classe pour faire la révolution et défendre la dictature du prolétariat.

 

Pour la défense classiste de la jeunesse ouvrière scolarisée

 

La jeunesse ouvrière doit lutter pour de meilleures conditions matérielles d’étude. Le caractère conservateur des revendications étudiantes ou lycéennes pour le «droit aux études» ne disqualifie pas les revendications matérielles de la jeunesse malgré toutes les illusions existantes.

Mais pour les communistes, ces revendications n’ont de sens que pour aider les familles prolétariennes ou laborieuses et qu’en dénonçant le principe mensonger de «l’égalité des chances» et du «droit à l’éducation» qui exprime en réalité la volonté bourgeoise d’exploiter au mieux toutes les capacités individuelles pour satisfaire rationnellement les besoins du capital en ingénieurs, gestionnaires, techniciens, professeurs, etc.

C’est pourquoi les communistes s’opposent à tous les frais d’inscription, à toutes les dépenses engendrées par les études et non remboursés (achat des livres ou de matériel scolaire, frais de cantine, et de transport…), à toute discrimination par l’argent ou autre moyen, envers les jeunes issus de couches prolétariennes.

Défendre les conditions d’étude des jeunes prolétaires doit se faire sans rien céder aux mythes de l’école républicaine ou émancipatrice. Si le désir d’obtenir une meilleure qualification par des études est une aspiration normale des prolétaires qui veulent vendre au meilleur prix leur force de travail, les communistes doivent sans relâche expliquer que la seule «garantie» pour améliorer sa condition n’est pas à chercher dans l’obtention de diplômes, mais dans la lutte collective, de classe, contre le capitalisme.

 

Pour la défense classiste des travailleurs de l’éducation

 

En vertu des mêmes principes classistes, les revendications des enseignants doivent être orientées sur le terrain de classe: réduction de la charge de travail (nombre de classes par professeurs et d’élèves par classe), baisse du temps de travail et refus des tâches supplémentaires (réunions diverses et variées), refus des heures supplémentaires, défense du salaire et augmentations uniformes pour tous, abaissement de l’âge de départ à la retraite, unité avec les catégories inférieures en particulier le personnel ouvrier, administratif ou technique, titularisation des précaires, refus des divisions corporatistes et des hiérarchies, rejet du flicage par les chefs d’établissement et les inspecteurs…

C’est seulement avec des revendications classistes de ce type que les travailleurs de l’éducation pourraient inscrire leur combat dans la lutte générale contre l’exploitation capitaliste. Sur ces bases, et seulement sur celles-ci, pourrait être recherché, non pas le soutien des parents d’élèves en général, mais la solidarité de classe des prolétaires.

Une orientation de ce type ne peut qu’être en rupture totale avec le collaborationnisme syndical englué dans la défense de l’école capitaliste (au nom de l’intérêt général, de la République ou de la laïcité) et dans l’intégration à l’institution à travers une multitude de formes de concertation ou de paritarisme.

 

Pour gagner, lutter avec des méthodes de classe

 

Par le passé, la jeunesse scolarisée a réussi – lors de la lutte contre le CIP en 1994 ou contre le CPE en 2006 – à vaincre le sentiment – dominant chez les travailleurs – de résignation et d’impuissance devant un ennemi qui semble trop fort.

Pour gagner et faire reculer le front patronat-gouvernement, une lutte doit être d’ampleur, doit tourner le dos aux négociations et ne doit pas hésiter à rendre coup pour coup face à la violence qui lui est imposée.

La bourgeoisie vit toujours dans la crainte d’un mouvement de colère incontrôlable – par ses flics, son «opinion publique» ou ses bonzes syndicaux – de la classe ouvrière. Il dépend des travailleurs eux-mêmes de surmonter leur démobilisation, de se rappeler de la force qu’ils ont été capables de démontrer par le passé, lorsqu’ils ont mené les batailles sur leur terrain, le terrain de la lutte directe.

Pour vaincre et faire trembler les patrons et les bourgeois, il faudra  opposer la détermination à la détermination de l’ennemi, la force à la force et surtout l’organisation de classe à l’organisation traîtresse de l’opportunisme.

Sans une organisation et une direction de classe, les mobilisations de millions de personnes, les luttes les plus massives, seront toujours inévitablement récupérées, détournées et finalement réduites à l’impuissance.

Cela ne signifie pas que toutes les luttes sont condamnées d’avance à l’échec, qu’il n’a rien à faire tant que ne se seront pas reconstituées des organisations de classe et l’état-major qui les guide, le véritable parti communiste, révolutionnaire.

 Mais cela veut dire que pour être victorieuses toutes les luttes doivent se libérer de la domination collaborationniste, réformiste (que ce soit celle des partis et syndicats traditionnels ou de leurs concurrents d’«extrême» gauche) et se donner des orientations et une direction classistes. Cela veut dire que c’est au feu de cet affrontement politique et pratique avec la bourgeoisie et son allié le collaborationnisme, que les éléments d’avant-garde ressentiront le besoin du parti en même temps que la possibilité réelle de travailler à sa reconstitution.

 

A bas l’État bourgeois et son école ! Vive la révolution communiste !

 

Les communistes ont un programme invariant et clair depuis le Manifeste de 1848: ayant définitivement condamné le projet réformiste d’une conquête progressive et parlementaire du pouvoir d’État et de ses différences instances, ils orientent toute leur propagande et toute leur activité dans la perspective de la nécessaire destruction de la société bourgeoise.

C’est au parti de classe international de regrouper l’avant-garde ouvrière sur la base de son programme, du matérialisme historique et des principes du communisme révolutionnaire.

C’est à la dictature du prolétariat qu’incombera la tâche exaltante de tracer la voie de l’organisation rationnelle des rapports entre les hommes sur le fond de la liquidation de l’actuelle division du travail, opposant le travail manuel au travail intellectuel.

Et alors dans la société communiste, comme l’écrivait Marx: «l’éducation de l’avenir unira pour tous les enfants au dessus d’un certain âge le travail productif avec l’instruction et la gymnastique et cela non seulement comme méthode d’accroître la production, mais comme la seule et unique méthode de produire des hommes complets» (9).

 


 

(1) «Emploi et classes moyennes: la fin des échappatoires» dans «Le capitalisme a-t-il un avenir?», Editions La Découverte.

(2) «Mobilisation contre l’école du tri social de l’université à la maternelle... une fenêtre de tir contre Macron», L’Anticapitaliste, 8/2/18.

(3) «Sélection, privatisation, rentabilité des services publics: c’est non!», éditorial de Lutte Ouvrière, 8/2/18

(4) «Universités: Sélection, la ligne rouge à ne pas franchir», Alternative libertaire, octobre 2017

(5) «L’Education nationale au service du patronat», Le Fil rouge, février 2018

(6) Supplément à Combattre pour le Socialisme, 26 /1/18.

(7) «Sélection à l’université, destruction du bac: deux volets d’une même offensive», Informations Ouvrières, 25/1/18.

(8) Appel.pétition «Ne touchez pas au Baccalauréat!» du 16/1/18.

(9) «Le Capital», livre I, tome II, p. 162, Editions Sociales, 1969

 

 

Parti communiste international

www.pcint.org

 

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