Algérie: rattrapée par la crise, la bourgeoisie fait pleuvoir les coups contre la classe ouvrière et les travailleurs

(«le prolétaire»; N° 528; Avril-Mai-Juin 2018)

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Bien qu’elle soit assise sur de gigantesques ressources en hydrocarbures, la bourgeoisie algérienne – comme toutes les autres – est rattrapée par la crise, dont la baisse du prix du pétrole n’est qu’une conséquence. Elle a donc décidé – fort logiquement – de s’attaquer aux maigres garanties qui protègent encore les prolétaires et une partie de la petite-bourgeoisie salariée (santé, enseignement…). D’année en année, les coups pleuvent et les conditions de travail, de vie et de lutte ne cessent de se dégrader.

Ces derniers temps, le pouvoir algérien mène une attaque frontale contre la classe ouvrière, les travailleurs et les masses pauvres. La dernière loi de finances prévoit entre autres: la hausse du prix des carburants, qui entraînera automatiquement l’augmentation des prix de transport et donc des marchandises; l’augmentation des taxes sur les produits importés et l’interdiction d’importer pas moins de 900 produits, parmi lesquels des produits alimentaires ; le passage de la TVA de 17 à 19 % y compris sur les produits de consommation courantes et de première nécessité; le gel des recrutements dans la Fonction publique assorti du blocage des salaires et du non-remplacement des départs en retraite ; la remise en cause du droit à la retraite…

A cela s’ajoute un projet de réforme du Code du travail, pour faire «baisser le coût du travail» (c’est-à-dire baisser les salaires réels), en finir avec les CDI, et garantir plus de flexibilité aux patrons. Par la même occasion, ce projet menace le droit de grève et plus généralement les droits syndicaux, réduit le rôle de l’Inspection du travail et les protections dont bénéficient encore les salariés face aux patrons. L’État a aussi décidé de se restructurer en se délestant de certaines missions. C’est par exemple le cas des cantines scolaires dont les missions ont été « décentralisées » aux collectivités locales, contre une subvention (insuffisante) par enfant. Bilan : fermeture de 10 % des cantines et des enfants scolarisés la faim au ventre. La néfaste politique du gouvernement algérien lui a permis de recevoir les félicitations de la Banque mondiale et du Fonds Monétaire Internationale, qui y voient un exemple de politique anti-prolétarienne à suivre dans d’autres pays dits «émergents»..

Sans être un expert, on retrouve ici des mesures du même type que celles prises contre les prolétaires des métropoles impérialistes. Mais à la différence des pays capitalistes les plus riches, les amortisseurs sociaux sont limités en Algérie: le chômage non indemnisé y est massif (officiellement près de 27% chez les jeunes), le système de santé est dans un état lamentable (20 000 cancéreux meurent chaque année sans avoir été hospitalisés), les prolétaires doivent habiter dans des logements insalubres ou des bidonvilles…

Cette situation engendre des réactions de colère. Des manifestations ont éclaté dans plusieurs villes, en Kabylie mais aussi jusque dans les banlieues d’Alger, contre la loi de finances . Certaines ont donné lieu à une répression féroce. Des grèves ont éclaté dans plusieurs secteurs, chez les médecins-résidents (obligés de fournir un «service sanitaire» gratuit), dans les lycées, les universités… Les enseignants ont mené une grève d’un mois sur les questions salariales.

Face à cette colère, le gouvernement a sorti la matraque. La justice déclare les grèves illégales, des grévistes sont radiés, des syndicats sont dissous, des syndicalistes sont licenciés abusivement ou poursuivis en justice, des manifestations sont interdites ou réprimées dans le sang, le gouvernement menace de restreindre le droit de grève…

Le principal syndicat algérien, l’UGTA, est totalement inséré dans le «dialogue social» dans le cadre des «Tripartite» avec le gouvernement et le patronat. Les syndicats autonomes ont un discours un peu plus radical mais ils s’inscrivent dans ces mêmes perspectives collaborationnistes en quémandant le droit de s’asseoir à la table des négociations.

De son côté, l’ «extrême» gauche, représentée par deux partis trotskistes: le Parti des Travailleurs (lambertiste) et le Parti Socialiste des Travailleurs (parti sympathisant de la Quatrième Internationale SU), défend une ligne nationaliste et réformiste.

Au début de l’année, la dirigeante du PT, Louisa Hanoune, s’est répandue en déclarations mélodramatiques comme à son habitude : «La pérennité de l’Etat est menacée et l’année 2018 sera décisive pour l’avenir de l’Algérie», «la conjoncture politique et sociale actuelle risque de mettre en péril la sécurité nationale et la paix», etc. Elle a lancé un appel au Président de la République pour qu’il agisse «rapidement pour désamorcer la situation». Pour les partisans fanatiques de l’Etat et de l’ordre bourgeois que sont les militants du PT , le projet gouvernemental «risque de provoquer un affaissement social mortel et une réaction imprévisible de larges couches de la population. [Horreur! des réactions contre les attaques bourgeoises!] En réalité, il s’agit de la liquidation de la nature sociale de l’Etat» (1). Et le PT a donc décidé, devant cette menace de lancer... une campagne de pétitions. On ne sait s’il faut en rire ou en pleurer... Il y a longtemps que le PT s’est positionné comme auxiliaire servile non seulement de l’Etat bourgeois, mais même du clan Bouteflika; il ne peut donc qu’être un adversaire farouche de la lutte prolétarienne. Les véritables défenseurs des intérêts des prolétaires ne pourraient que se réjouir de l’affaiblissement d’un Etat qui n’a rien de social et appeler à la réaction des masses pauvres, brisant la paix sociale pour s’attaquer au capitalisme.

Le PST ne tombe pas dans des positions aussi honteusement bourgeoises; mais il inscrit son opposition aux mesures gouvernementales, son soutien affiché aux travailleurs, non dans le cadre d’une orientation de classe, mais au nom de la défense d’intérêts bourgeois. La déclaration de son Secrétariat National est en effet intitulée: «Défendons l’Etat social, la souveraineté nationale et les libertés démocratiques» (2), et non pas défendons les intérêts de classe prolétariens. D’ailleurs, comment serait-il possible de mettre au premier plan les intérêts prolétariens – par nature internationaux – quand le texte attaque la «politique antinationale» du gouvernement? Comment serait-ce possible lorsque le PST révèle son objectif politique: une «assemblée constituante» qui permettrait de mener une «politique antilibérale, anti-impérialiste et sociale». Rêve réformiste petit-bourgeois! Tant qu’existera le capitalisme et l’Etat bourgeois, tous les gouvernements, issus ou non d’une assemblée constituante, seront contraints de leur obéir. Pour ceux qui en douteraient, il suffit qu’ils demandent aux prolétaires tunisiens si l’assemble constituante a changé en quoi que soit leur situation. Pour mener une politique socialiste, une politique en faveur des exploités et des opprimés, il faut briser l’Etat bourgeois et extirper le capitalisme. Aucune assemblée constituante ne le permettra jamais, seule la révolution pourra y arriver; et pour réussir, cette révolution, de classe et non populaire c’est-à-dire interclassiste, qui ne pourra se confiner dans un cadre national, mais aura d’emblée un rayon international, devra être dirigée par le parti unique de la révolution prolétarienne, le parti de classe reconstitué sur la base du programme communiste intégral.

En attendant, le prolétariat ne pourra se défendre face à l’offensive bourgeoise qu’en tournant le dos à tous les bonimenteurs réformistes. Il doit s’organiser – sans eux et contre eux – d’abord pour se défendre contre les attaques de la classe dominante, avant de pouvoir demain passer à l’attaque contre le capitalisme et instaurer sa dictature de classe.

Les attaques bourgeoises en Algérie ne sont pas une quelconque «spécificité» algérienne. Toutes les bourgeoisies du Maghreb, du Machrek et du Proche-Orient sont aussi frappées par la crise. Toutes ces bourgeoisies craignent les éruptions prolétariennes. Des secousses sociales ont touché ces derniers mois les voisins de l’Algérie – la Tunisie et le Maroc, en particulier la région du Rif – mais aussi l’Iran. Dans le sous-sol économique de ces pays, qui concentrent un nombre significatif de prolétaires, s’accumulent les tensions et les contradictions qui feront inévitablement exploser les dispositifs mis en place par les Etats bourgeois pour contrôler et contenir les poussées de lutte des prolétaires.

Les bourgeoisies des métropoles impérialistes craignent elles aussi qu’explose la colère des prolétaires et des masses paupérisées. De nombreux prolétaires des pays d’Afrique du Nord et du Proche-Orient ont dû depuis des décennies fuir la misère et la répression en émigrant vers les métropoles impérialistes. Des secousses prolétariennes dans ces pays ne pourront qu’avoir un rôle bénéfique pour le prolétariat européen aujourd’hui assoupi par des décennies de réformisme et de collaboration entre les classes. Ces prolétaires immigrés pourront être les vecteurs de la colère sociale et de l’union internationale des prolétaires. Les bourgeoisies impérialistes redoutent le trouble potentiel à l’ordre public qu’ils représentent.

La solidarité des prolétaires d’Europe avec les prolétaires et les masses pauvres des rives Sud et Est de la Méditerranée est indispensable. Leurs luttes peuvent ébranler l’ordre bourgeois là-bas mais également la stabilité des pays impérialistes, contribuant – par ricochet – à pousser les prolétaires d’Europe à renouer avec leurs anciennes traditions de classe et leurs anciens combats.

Au Nord comme au Sud de la Méditerranée,

Lutte sur le terrain de classe face à l’offensive capitaliste !

Lutte à mort contre la classe bourgeoise et ses Etats !

Lutte sans merci contre tous les gardiens de la «paix sociale» !

Reconstitution du parti de classe, internationaliste et international!

 


 

(1) Conférence de presse du 14/2/2018.

(2) Déclaration du Secrétariat National du PST, 21/2.2018.

 

 

Parti communiste international

www.pcint.org

 

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