Pour le déconfinement de la lutte prolétarienne!

(«le prolétaire»; N° 537; Mai-Juin-Juillet 2020 )

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Avec les mesures décrétées pour combattre la pandémie du Covid, la bourgeoisie dans pratiquement tous les pays a infligé un coup sévère au prolétariat; non seulement l’arrêt de nombreuses activités s’est traduit par le chômage de nombreux prolétaires travaillant dans le secteur informel ou occupés dans des emplois précaires (et pas seulement dans les pays dits «périphériques» où ils constituent une partie importante du prolétariat), le licenciement immédiat de millions d’autres (comme aux Etats-Unis), et pour ceux qui n’ont pas été licenciés «grâce» à des mesures de chômage partiel, une baisse substantielle de revenu.

Dans pas moins de 84 pays des mesures dites d’«urgence» sont entrées en vigueur : il s’agit donc d’une tendance générale à accentuer la domination bourgeoise. Ces différents «états d’urgence», déclarés comme tels ou non, se sont accompagnés d’interdictions de réunion, de déplacement, de manifestation, voire de grève (comme au Portugal), et en général de mesures pour s’affranchir de certains aspects du droit du travail (comme la durée du travail, les congés, etc.) au moins temporairement (1).

De façon générale toutes ces dispositions prises sous le prétexte apparemment au dessus de tout soupçon de protéger la santé et la vie du plus grand nombre de la population, renforcent d’une manière sans précédent la domination totalitaire des autorités sur cette même population et notamment sur le prolétariat. 

En même temps que, de la France au Togo, de la Hongrie à la Bolivie, de la Thaïlande à l’Egypte, ont été adoptées du jour ou lendemain ces méthodes de gouvernement passant outre aux mécanismes classiques de la démocratie parlementaire (quand ils existaient) – démonstration supplémentaire que la classe dominante passe des méthodes démocratiques aux méthodes totalitaires selon ses besoins du moment – des dizaines de millions de personnes ont été assignées à résidence, soumises à des contrôles de la police ou de l’armée, passibles d’amendes (dans certains pays, de prison, ou même de fusillade comme aux Philippines) en cas  de désobéissance. Dans certains pays, comme au Maroc, en Jordanie et ailleurs, la presse écrite a même été interdite pour... ne pas faciliter la progression du virus!

Par contre les prolétaires employés dans les secteurs qualifiés de «stratégiques» ont été obligés d’aller travailler, bien souvent au mépris des règles sanitaires. L’assimilation de l’épidémie à une «guerre» a été la justification reprise partout pour ces mesures typiques en effet des temps de guerre.

Quant à ce que vaut le prétexte de protection de la santé et de la vie de la population, il suffirait pour s’en faire une idée précise, de constater comment à peu près dans tous les pays les pensionnaires des maisons de retraite, qui sont pourtant les plus vulnérables, ont été abandonnés aux ravages de l’épidémie. Pour le capitalisme ne sont dignes d’intérêt que ceux qui peuvent générer du profit; c’est pourquoi l’état de la plupart de ces établissements, souffrant d’un manque aigu de personnel, est un scandale permanent qui ne fait la une des médias que lorsqu’éclate un fait divers particulièrement sordide.

Le renforcement de la dictature de la bourgeoisie à l’ombre de la «crise sanitaire» a constitué une importante victoire pour l’ordre établi. Il a permis de tourner la page ou de mettre fin aux mouvements de lutte et de révolte qui avaient marqué l’année écoulée à Hong Kong, en Amérique Latine, au Liban, en Algérie ou en France. Même là où le pouvoir bourgeois n’avait pas été confronté à de tels mouvements, il n’y a pas de doute qu’il a recouru à de telles mesures préventivement, parce qu’à l’approche de la crise, il craignait l’éclatement de troubles.

L’imposition de ces mesures n’a en général pas rencontré d’opposition de la part des prolétaires, désarmés par les organisations politiques et syndicales collaborationnistes qui confinent leurs luttes dans le respect de la paix sociale et de l’ordre bourgeois. L’exception la plus marquante a eu lieu en Italie où, après les révoltes dans les prisons, le prolétaires ont déclenché en dehors des grands appareils syndicaux une vague de grèves pour protester contre l’obligation de continuer le travail dans des conditions de sécurité absolument insuffisantes (2). Il y a eu cependant des luttes pendant le confinement; il faut citer en France en particulier la grève des éboueurs de l’agglomération de Poitiers contre les baisses de salaire, grève qui a été cassée par la réquisition des grévistes par le maire socialiste de la ville; en Belgique, la grève sauvage des travailleurs de la STIB (réseau des transports bruxellois). En Amérique Latine des manifestations et des émeutes provoquées par la misère ont eu lieu notamment au Venezuela, en Colombie, au Chili. Mais cela ne pouvait modifier l’état de prostration de la classe ouvrière, entretenu par la collaboration des organisations syndicales avec le patronat et le gouvernement.

Les choses ont commencé à changer dans les dernières semaines. Profitant de la levée du confinement, les manifestations ont repris au Liban, ainsi qu’à Hong Kong.

 Surtout le meurtre par la police de John Floyd a déclenché aux Etats-Unis la plus grande vague de manifestations, émeutes et révoltes depuis des décennies; et cette vague s’est répercutée internationalement en manifestations contre le racisme et les violences policières. En France les manifestations ont été particulièrement importantes malgré l’interdiction toujours en vigueur de manifester. Le durcissement de la domination bourgeoise n’a pu empêcher que s’exprime une colère nourrie pas seulement par les violences policières, mais aussi par la situation générale des prolétaires jeunes ou non: c’est un bon signe pour les luttes prolétariennes qui devront répondre aux attaques bourgeoises.    

 De même il faut se réjouir de la participation importante à la journée de manifestations des travailleurs des hôpitaux le 16 juin. Mais descendre dans la rue ne suffit pas, surtout quand on donne comme objectif, comme le fait l’intersyndicale dans son appel, de se faire entendre du gouvernement, pour qu’il «prenne en compte» les revendications: il ne l’a pas fait depuis un an, pourquoi le ferait-il maintenant?

 Les leçons doivent être enfin tirées de l’échec des luttes passées: pour vaincre  le gouvernement, les patrons et leur Etat, il faut déconfiner la lutte prolétarienne des pratiques de collaboration de classe et de ses éternelles «journées d’action» impuissantes et se tourner vers la véritable lutte de classe, en commun avec les autres travailleurs, pour la défense exclusive des intérêts prolétariens!

 


 

(1) En France ces dérogations au droit du travail sont valables jusqu’à la fin de l’année, c’est-à-dire bien après la fin prévisible de l’épidémie.

(2) Voir sur notre site «Nous ne sommes pas de la viande à abattoir», 26/3/20

 

 

Parti communiste international

www.pcint.org

 

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