Note de clarification politique sur le numéro de «programme communiste» consacré à la critique du «trotskisme»

Back

 

Programme Communiste n° 57  (octobre-décembre 1972)   - 

 

Ce n°, consacré à une critique du «Trotskysme» a été  retiré de la vente peu après sa parution ; les erreurs qu’il contenait l’empêchaient d’être une critique solide du mouvement trotskyste, en en faisant un élément non de clarification, mais de confusion. Nous le mettons aujourd’hui à disposition des internautes en indiquant quelles étaient ces erreurs.

L’erreur initiale de ce n° est de faire comme s’il existait une théorie, un programme ou au moins une orientation organique et unitaire, le « trotskysme historique »,  qui aurait existé depuis les premières activités politiques de Trotsky au début du vingtième siècle, et qui caractériserait encore les divers groupes trotskystes actuels.

En réalité le «trotskysme» a été une invention polémique du groupe dirigeant le parti russe et l’Internationale après la mort de Lénine, pour discréditer les critiques de Trotsky contre la politique suivie tant au plan national qu’international. Bordiga écrivait dans «La question Trotsky» (1925), qu’on ne peut mettre un signe égal entre l’activité de Trotsky avant la révolution, qui se situait plutôt à droite, et celle d’alors où elle se situe à gauche, sans compter la période de la révolution et de la guerre civile où Trotsky  fit montre  de la plus grande cohérence politique marxiste. Si dans la dernière période de son activité politique, dans sa lutte contre les ravages du stalinisme, Trotsky commit de lourdes fautes, celles-ci étaient en fait la forme aggravée par  la pression d’une situation terriblement contre-révolutionnaire, des erreurs commises par l’Internationale, et non le résultat d’un «trotskysme» sui generis. La méthode utilisée dans le n° 57 est en contradiction avec la méthode matérialiste et historique suivie dans les divers textes du parti, comme par exemple «Bilan d’une révolution» (Programme Communiste n°410-41-42, octobre 1967-juin 1968) ; c’est la raison pour laquelle  non seulement elle ne permet pas  d’expliquer la trajectoire contradictoire d’un militant «parmi les plus dignes d’être à la tête du parti révolutionnaire» (Bordiga, ibidem) et qui est capable d’écrire des pages marxistes jusque dans ses plus mauvais textes, mais elle ne permet pas non plus de tirer tous les enseignements de cette période de défaite prolétarienne et de réaction bourgeoise  déchaînée.

D’autre part, s’il y a évidemment un lien entre les positions fausses prises par ce dernier dans les années trente et l’abandon des orientations de classe par le mouvement trotskyste après la deuxième guerre mondiale, il est politiquement erroné de faire de ce dernier le simple héritier du premier; les trotskystes ont dû rompre avec le Trotsky marxiste et révolutionnaire pour devenir, sous la pression de forces liées à la conservation sociale, ce qu’ils sont irrémédiablement devenus : des flancs-gardes du réformisme contre-révolutionnaire. On ne peut en outre limiter aux trois thèmes choisis par ce n° (la théorie de l’Etat ouvrier dégénéré, la théorie de la révolution permanente, le programme de transition) les racines principales des déviations programmatiques qui jouèrent un rôle dans la dégénérescence du mouvement trotskyste; il faudrait au moins y ajouter la question de la lutte contre le fascisme dont l’importance a été cruciale à l’époque.

Le traitement spécifique de ces trois thèmes dans la revue souffre du défaut général que nous avons indiqué, mais cela n’empêche pas l’analyse des  deux premiers d’être pénétrante et efficace. Ce n’est pas le cas de la critique du « Programme de transition» ; tout en relevant justement  les «oublis», les erreurs et les déviations qui s’y trouvent, le texte en arrive pratiquement à nier la possibilité de tout programme de transition et de toute tactique qui ne serait pas celle de « l’insurrection et rien que l’insurrection ». Cela est en contradiction complète avec les «Thèses de Rome» sur la tactique, adoptées par le Parti Communiste d’Italie à son second congrès (1922) et qui sont selon nous toujours valables. Ces thèses expliquent que le parti peut appeler «les masses à la lutte soit pour des objectifs réellement à atteindre, soit sur des objectifs plus limités que ceux qu’il se propose d’atteindre en cas de succès. (…) Les objectifs partiels sont indispensables pour conserver à coup sûr le contrôle de l’action, et on peut les formuler sans entrer en contradiction avec la critique que le Parti fait de leur contenu économique et social quand ils sont considérés comme des fins en soi (…) et non pas comme l’occasion de luttes qui sont un moyen, un pas vers la victoire finale», etc.

En l’oubliant ce texte apporte, sans le vouloir, de l’eau au moulin de nos adversaires, trotskystes ou autres, qui essayent de récuser nos critiques en les mettant sur le compte d’un prétendu extrémisme infantile.

Une mise au point sur la question des «revendications transitoires» a été faite dans l’étude « Les revendications transitoires dans la tactique communiste », Programme Communiste n°80 (juillet 1979) et n°81 (décembre 1979). Pour une analyse des oppositions dans le PC russe et l’Internationale qui ne se base pas sur des questions de «personnalité», voir l’étude «La crise de 1926 dans le PC russe et l’Internationale», Programme Communiste n°68, 69-70, 73, 74, 76, 77, 78 et 79.

 

Parti communiste international

www.pcint.org

 

Retour au sommaires de «programme communiste»

Retour catalogue publications

Top