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Invariance du marxisme

 

( Brochure A5, 60 pages, décembre 2009, Prix: 2, 4 FS)

 

Table des matières

 


 

INTRODUCTION

 

Les textes que nous publions dans cette brochure constituent des jalons importants dans l’ effort de reconstitution, après la deuxième guerre mondiale, d’un noyau de parti international sur les bases programmatiques qui avaient caractérisé l’existence et l’action de la Gauche communiste dans le mouvement prolétarien italien et international.

Plus précisément c’est entre 1951 et 1952 que se fit jour de façon pressante l’exigence de redéfinir organiquement «la doctrine uniforme, monolithique et constante du parti». Il était impératif de réagir contre un activisme, sans doute généreux, «mais sans beaucoup de scrupules doctrinaux» qui avait guidé pendant et surtout après la guerre, les militants qui se réclamaient de la Gauche et qui s’étaient organisés dans le Parti Communiste Internationaliste

Dans l’introduction à son article de la série des «Fils du temps», «Pour mettre les points sur les i», Amadeo Bordiga écrivait:

«A la fin de la deuxième guerre mondiale il était facile de comprendre qu’il suffirait de quelques semaines pour dissiper l’illusion généreuse mais vaine et inutile selon laquelle de grands mouvements armés prolétariens, correspondant à ceux de la fin de la première guerre, allaient éclater. (...)

 L’intervalle qui séparait de la phase de reprise du mouvement de classe ne pouvait pas se mesurer en années, mais en décennies; et la tâche des groupes qui avaient résisté et défendu les positions abandonnées par quatre-vingt dix neuf pour cent des communistes de 1919, était en conséquence longue et difficile. Elle commençait par un ardu bilan du désastre contre-révolutionnaire qu’il fallait étudier, comprendre et utiliser pour tout remettre en ordre. (...)

Ce travail n’est confié ni à un homme ni à un comité et encore moins à un bureau. Il est un moment d’un travail unitaire qui se développe depuis plus d’un siècle, bien au delà du passage des générations; il ne s’inscrit dans le curriculum vitae de personne, pas même de ceux qui ont eu une très longue période d’élaboration et de maturation cohérente de résultats. Le mouvement interdit et doit interdire toute initiative improvisée et personnelle ou contingente d’élaboration de textes d’orientation ou même d’études d’analyse du processus historique qui nous entoure.

L’idée qu’avec une petite heure de temps, une plume et de l’encre, quelque brave garçon se mette à froid à rédiger des textes, ou même que ce soit la fameuse “base” convoquée par circulaire, ou une éphémère réunion académique, tapageuse ou clandestine, n’est qu’un enfantillage. Il faut dès le départ se méfier et en rejeter les résultats. Surtout quant un telle disposition vient des maniaques de l’action et de l’intervention humaines dans l’histoire. Qui intervient? Les hommes, certains hommes on un Homme en particulier avec la majuscule? Vieille question.

 Ce sont les hommes qui font l’histoire, seulement ils savent bien peu pourquoi et comment ils la font. Mais en général, tous les “mordus” de l’action humaine et les dénonciateurs d’un prétendu fatalisme mécanique, d’un côté sont ceux qui caressent dans leur for intérieur l’idée d’être cet Homme prédestiné; de l’autre ce sont ceux qui n’ont en réalité rien compris, ne pouvant même pas soupçonner que l’histoire n’avancera pas d’un dixième de seconde s’ils se démènent comme des damnés plutôt que de dormir comme des loirs. (...)

 La tâche de remettre en ordre les thèses et de corriger les déviations qui réapparaissent toujours là où on s’y attend le moins, nécessite bien plus que la petite heure d’une réunion ou d’un discours. Il n’est pas facile de faire la liste de tous les endroits où il a fallu accourir pour colmater les brèches, travail jugé peu glorifiant par ceux qui croient être nés pour passer à l’histoire par des actions d’éclats et non pas par des colmatages».

 

Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire

 

Contre l’activisme “qui diffame et abandonne le travail doctrinal et la restauration théorique en supposant que l’action et la lutte sont tout”, tombant dans la liquidation “de la dialectique et du déterminisme marxiste en remplaçant l’immense recherche historique des rares moments et points cruciaux sur lesquels s’appuyer, par un volontarisme échevelé qui est en réalité la pire et la plus crasse adaptation au statu quo et à ses misérables perspectives immédiates”, la tâche la plus urgente, étant donné la confusion régnante y compris parmi les militants se revendiquant de la Gauche communiste, était en effet le travail de reconquête et de réaffirmation du marxisme authentique et du programme communiste; un travail qui n’avait rien d’académique et qui ne signifiait pas s’isoler dans une tour d’ivoire coupée du monde extérieur en attendant le «Grand soir», mais qui était au contraire la condition sine qua non pour que puisse se mener, dans les limites déterminées par les situations objectives, une activité pleinement cohérente avec les principes et les buts du communisme.

Il s’agissait d’accomplir la tâche réalisée autrefois par Lénine et les bolcheviks avant la vague révolutionnaire en Russie et qui leur avait permis d’agir de façon magnifiquement correcte: la «restauration d’un marxisme non avili». Avec l’aggravante que l’«avilissement» du marxisme commis par la contre-révolution dite stalinienne et ses épigones, était incomparablement plus grave et plus profond que celui réalisé par les révisionnistes et réformistes du début du vingtième siècle, au point de déboussoler les courants anti-staliniens eux-mêmes. L’écrasante majorité de ces derniers étaient en effet conduits à attribuer les causes de la défaite à de supposés défauts ou insuffisances de la théorie; et ils cherchaient dans sa modification la recette des futures victoires. Mais ils ne faisaient que contribuer ainsi à la besogne de démolition du marxisme entrepris par la contre-révolution au nom de l’«anti-dogmatisme», de la «créativité» et de l’«enrichissement».

Contre les nouveaux révisionnistes, il fallait affirmer l’invariance du marxisme (si le mot n’était pas chez Lénine, le concept y était), doctrine qui ne peut, sans dégénérer en pur opportunisme, être «améliorée» pour «l’adapter» à une actualité toujours changeante comme ils le prétendaient ; mais qui doit à l’inverse rester intacte pour pouvoir être le guide de la lutte prolétarienne tant qu’existe le capitalisme et la lutte des classes.

Toutes les attaques contre le marxisme sont en fait dirigées contre la lutte d’émancipation du prolétariat; et ces attaques sont d’autant plus pernicieuses quand elles se mènent au nom du perfectionnement de la théorie, en prétextant des développements du capitalisme soi-disant inattendus ou inconnus de Marx.

L’invariance du marxisme se fonde sur l’invariance des lois du fonctionnement du capitalisme et du mécanisme des luttes de classe en son sein qui conduiront à son renversement. Depuis qu’il est apparu, le capitalisme s’est énormément étendu et développé. Mais pas plus que les autres modes de production qui l’ont précédé, il n’a pu ni ne pourra changer de nature; il n’a pu ni ne pourra obéir à d’autres lois, se transformer en son contraire, comme ont toujours voulu le faire croire tous les réformistes: deux siècles de vie du capitalisme et d’affrontements sociaux ont donné la preuve expérimentale de cet axiome marxiste.

Aux «anti-dogmatiques» qui prônaient à grands cris la «liberté de critique» vis-à-vis des acquis du marxisme, Lénine répondait que «la fameuse liberté de critique (...) signifie éclectisme et absence de principes» (1). Et de leur côté, nos «Thèses caractéristiques du parti» (1951) qui allaient marquer la rupture définitive avec le courant confusionniste-activiste, affirmaient:

«Le point central de la position doctrinale actuelle du mouvement est donc le suivant: aucune révision des principes originels de la révolution prolétarienne. (...)

Aucun mouvement ne peut triompher dans l’histoire sans la continuité théorique qui n’est autre chose que l’expérience des luttes passées. En conséquence le parti interdit la liberté personnelle d’élaborer (ou mieux d’élucubrer) de nouveaux schémas et explications du monde social contemporain (...) et il défend l’intégralité d’une théorie qui n’est pas le produit d’une foi aveugle, mais la science de classe du prolétariat, édifiée avec des matériaux séculaires, non par la pensée des hommes, mais par la force des faits matériels reflétés dans la conscience historique d’une classe révolutionnaire et cristallisée dans son parti» (2).

Pendant des décennies de triomphe apparemment total du capital, notre courant a fait tous les efforts pour rétablir et défendre le programme communiste en même temps que le marxisme authentique. Il l’a fait non par on ne sait quel souci puriste, mais parce que comme disait Lénine, sans théorie révolutionnaire il ne peut y avoir de mouvement révolutionnaire.

 Les générations prolétariennes nouvelles que les contradictions incurables du capitalisme pousseront demain sur la scène de l’histoire y trouveront l’arme nécessaire à leur combat - à condition que dès aujourd’hui une avant-garde même restreinte ait su, en leur restant fidèles, oeuvrer à la constitution du futur parti mondial de la révolution prolétarienne.

 

 


 

(1) Les citations de Lénine sont tirées de son «Que faire?».

(2) Les Thèses caractéristiques se trouvent dans notre brochure «Défense de la continuité du programme communiste» (série «Les textes du PCI» n°7)

 


 

Parti communiste international

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