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La Syrie dans la perspective marxiste.

De la colonisation française à la guerre civile.

 

(Brochure "le prolétaire", Mars 2015, format A5, 68 pages, Prix : 2  €)

 

 


 

Table des matières

 

---Introduction

---Première partie :

---Deuxième partie :


 

INTRODUCTION 

 

 

Depuis l’éclatement il y a 4 ans des premières manifestations pacifiques contre le régime, manifestations qui, en dépit ou à cause d’une répression bestiale, se sont ensuite transformées en révolte armée, puis en véritable guerre civile, les combats en Syrie ont fait des centaines de milliers de victimes: l’ONU estimait cet été qu’ils avaient causé  près de 200.000 morts, estimation reprise à la fin de l’année par l’ «Observatoire Syrien des Droits de l’Homme»; cette organisation (qui serait plus ou moins liée aux Frères Musulmans), affirmait en outre qu’il y avait 300 000 personnes en détention, dont 20 000 devant être considérées comme «disparues».

Mais les morts, les blessés et les emprisonnés ne sont pas les seules victimes de ce conflit meurtrier; début février 2015, l’organisation onusienne s’occupant des réfugiés dans le monde (le HCR, Haut-Commissariat aux Réfugiés), calculait que le nombre de Syriens ayant fui leur pays était de 3,8 millions de personnes, chiffre auquel il faut ajouter ceux qui en Syrie même, chassés par les combats ou la perte de leur emploi, ont été contraints de quitter leur logement, leur ville ou leur région, soit  6 à 7 millions de personnes: plus de 10 millions de Syriens seraient ainsi des réfugiés, sur une population de moins de 23 millions habitants!

Le nombre de réfugiés syriens se monte à 1.9.00.000 en Turquie, 1.200.000 au Liban (soit près du tiers de la population libanaise!), plus de 600 000 en Jordanie, 235 000 en Irak (pays qui compterait déjà lui-même près de 3 millions de «personnes déplacées» à la suite des affrontements des dernières années, et surtout après les victoires récentes de l’«Etat Islamique»), 135 000 en Egypte. De plus, des populations étrangères, parfois elles-mêmes réfugiées des divers conflits de la région, qui vivaient en Syrie, ont dû quitter le pays: 315 000 Palestiniens et 55 000 Libanais auraient ainsi fui au Liban...

A l’exception d’une poignée de bourgeois (qui trouvent même parfois le moyen de s’enrichir encore sur le dos de ces malheureux), ces réfugiés survivent le plus souvent dans des conditions très précaires, dans des logements de fortune, soumis aux intempéries, parfois sans eau et électricité, souvent en butte à l’hostilité d’une partie de la population locale; en outre les Etats concernés essayent de les décourager de s’installer par différentes mesures (pas le droit de travailler, etc.), voire par la répression, comme au Liban.

Les grands Etats impérialistes qui ont une responsabilité écrasante dans la situation actuelle en Syrie, ne donnent au mieux qu’une petite aumône pour alléger les souffrances de cette gigantesque masse de réfugiés. L’impérialisme français dont nous rappelons dans cette brochure le caractère sanglant de la domination en Syrie et les conséquences historiques empoisonnées de celle-ci, détient sans conteste à cet égard le record d’hypocrisie. Alors que François Hollande appelait en août 2013 à une «aide» d’urgence au «peuple syrien» martyrisé – sous la forme de bombardements ! –, les organisations humanitaires internationales épinglent son gouvernement pour son refus d’accueillir en nombre qui ne soit pas ridicule de réfugiés: en effet en juin 2013 le HCR demandait aux Etats européens qui avait adhéré à un programme de réinstallation de réfugiés, d’accueillir 30.000 personnes se trouvant dans une situation particulièrement précaire. Au bout de quelque temps, le gouvernement français répondit en acceptant royalement d’accueillir... 500 personnes (ce qui ne sera d’ailleurs fait qu’à la fin de 2014)! L’organisation Amnesty International se disait scandalisée par ce chiffre «indécent»; et elle révélait qu’en plus les autorités françaises imposaient aux ressortissants syriens empruntant les aéroport français et à eux seuls, de disposer des «visas de transit aéroportuaires», parce qu’ils étaient considérés comme des immigrés clandestins potentiels!

Mais il faut vraiment avoir une foi aveugle dans leurs grands discours sur la démocratie pour être scandalisé par l’attitude des dirigeants bourgeois en général, et des politiciens sociaux-démocrates en particulier! Ce n’est jamais le sort des populations, et encore moins des prolétaires, qui motive ni les impérialistes, ni les bourgeois locaux, et leurs politiciens respectifs. La seule chose qui les pousse, c’est la défense de leurs intérêts économiques et géopolitiques. L’ordre bourgeois, au Moyen-Orient comme ailleurs, est fondé sur l’exploitation et l’oppression des prolétaires et des masses déshéritées; et cette exploitation et cette oppression capitalistes sont d’autant plus bestiales et sanguinaires que les pays sont plus pauvres et les Etats plus soumis aux pressions d’impérialismes plus puissants.

La Syrie, Etat politiquement et socialement fragile depuis sa naissance et situé au carrefour géographique d’influences contradictoires, a toujours attiré la convoitise des Etats voisins plus forts, ainsi que des grands impérialismes voulant prendre pied au Moyen-Orient. Le pouvoir dictatorial des Al Assad, qui s’appuyait sur l’impérialisme russe, a pu pendant des décennies assurer au capitalisme syrien une stabilité relative, au prix de guerres à l’extérieur et de sanglantes répressions à l’intérieur; mais cette période s’est définitivement achevée avec l’ébranlement du dit «printemps arabe», suscité par la crise capitaliste internationale.

 Cette secousse ne pouvait pas, à elle seule, permettre au prolétariat de ces pays de trouver la voie de la lutte et de l’organisation révolutionnaire de classe contre le capitalisme; elle a cependant porté un coup fatal aux vieilles formes claniques, voire familiales, de la domination bourgeoise. En Syrie elle a asséné un coup mortel à la domination du régime sur tout le territoire, faisant éclater au grand jour toutes les divisions, régionales, religieuses ou ethniques que le développement capitaliste n’avaient pu surmonter et qui étaient seulement refoulées sous le brutal autoritarisme de Damas.

Ecrasé par des décennies de pseudo-«socialisme» baathiste, le prolétariat, à la différence de l’Egypte ou de la Tunisie, était dépourvu en Syrie de toute tradition de luttes, sans parler de tradition d’organisation politique de classe, le mouvement stalinien ayant parfaitement rempli son office contre-révolutionnaire de subordination des intérêts ouvriers à ceux du capitalisme national.

Il n’a donc pu peser dans les événements; il n’a pu opposer aucune résistance aux manipulations grandissante des grandes et moins grandes puissances, à l’apparition de divisions locales, régionales et religieuses et à la montée des courants islamistes réactionnaires, parmi la rébellion – et encore moins orienter la révolte dans un sens anti-bourgeois, ce qui aurait nécessité l’existence et l’implantation de parti révolutionnaire communiste. La tragédie subie par les prolétaires et les masses opprimées de Syrie et d’Irak est causée par la désintégration en cours de l’ordre impérialiste régional issu de la dernière guerre mondiale. Causée par l’exacerbation, sous le fouet de la crise économique, de toutes les tensions, de toutes les contradictions, économiques, sociales et politiques à l’oeuvre entre et dans les Etats de la région, cette désintégration fait éclater au grand jour les horreurs du sanglant système capitaliste. Elle démontre que le renversement de ce système et l’établissement d’une société sans classes ni Etats, le communisme, est la seule solution pour en finir avec toutes ses horreurs; mais elle souligne aussi l’absence de la seule force capable de réaliser cet objectif grandiose, le prolétariat organisé en classe donc en parti (Le Manifeste).

Travailler, dans la mesure des possibilités réelles, à combler cette absence, c’est-à-dire travailler à la renaissance du parti de classe international et à la reconstitution dans tous les pays des organisations classistes du prolétariat, est la tâche que les faits imposent objectivement aux prolétaires révolutionnaires non de la seule Syrie, mais du monde entier.

 

Février 2015

 


 

Parti communiste international

www.pcint.org

 

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