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Marxisme et classes moyennes

 

(Brochure "le prolétaire", Septembre 2017 2015, format A5, 74 pages, Prix : 2  €)

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Table des matières

 

---Introduction

---Marxisme et classes moyennes («Programme communiste», n°55, Avril-Juin 1972)

---La fonction historique des classes moyennes et de l’intelligentsia

---Sur le fil du temps. Les intellectuels et le marxisme («Battaglia Comunista», n°18, 4-5 novembre 1949)

---La demi-classe, notre bête noire («Il Programma Comunista», n°15, 4 août - 1er septembre 1963)

---Léon Trotsky. Petite-bourgeoisie et fascisme


 

INTRODUCTION 

 

 

Le petit-bourgeois, dans une société avancée et par nécessité de son état, se fait d’une part socialiste, d’autre part économiste, c’est-à-dire il est ébloui par la magnificence de la haute bourgeoisie et sympathise aux douleurs du peuple. Il est en même temps bourgeois et peuple. Il se vante dans son for intérieur de sa conscience d’être impartial, d’avoir trouvé le juste équilibre, qui a la prétention de se distinguer du juste milieu. Un tel petit-bourgeois divinise la contradiction, car la contradiction est le fond de son être. Il n’est que la contradiction sociale, mise en action.

Karl Marx, 1846 (Lettre à Annenkov sur Proudhon, 28/12/1846)

 

Des places de Madrid aux rues de Caracas, de «Occupy Wall Street» à «Nuit debout», les agitations des classes moyennes et les mouvements organisés ou dirigés par des éléments de la petite bourgeoisie se manifestent d’un bout à l’autre de la planète depuis quelques années. Dans les médias l’attention se porte sur les problèmes, les difficultés et les réactions des classes moyennes; elles sont tantôt présentées comme le nouvel acteur menaçant de troubler l’ordre politique et social à la place du prolétariat, tantôt comme un précieux facteur de la stabilité de ce même ordre, et il conviendrait donc de les choyer et de les soutenir.

Un ténor de la droite, Laurent Waukiez, a ainsi publié il y a quelques années, lorsqu’il était ministre de Sarkozy, un ouvrage intitulé «La lutte des classes moyennes». Se posant en défenseur de ces dernières, qui selon lui représenteraient en France pas moins de 43 millions de personnes, soit 70% de la population (!), il écrivait qu’elles ont «des difficultés à boucler leur budget en fin de mois, elles ont le sentiment de vivre moins bien que la génération précédente et se demandent de quoi demain sera fait». Et il ajoutait: «N’oublions jamais que les démocraties qui se sont effondrées, telle la République de Weimar face à la montée de Hitler, sont celles qui n’ont pas su entendre leurs classes moyennes» (1).

Ce politicien bourgeois faisait démagogiquement mine de plaindre ces classes moyennes (parmi lesquelles on voit qu’il intégrait les couches supérieures du prolétariat), pour mieux faire passer ses propositions anti-ouvrières: diminution des prestations sociales, fin de l’«assistanat», etc., tout en agitant, à toutes fins utiles, la menace du fascisme. On voit aussi qu’il reprenait la mystification bourgeoise classique selon laquelle ces fameuses classes moyennes constitueraient quasiment l’essentiel de la population, à l’exclusion des très hauts revenus d’un côté, et des pauvres marginalisés de l’autre.

Cette mystification se retrouve dans la sociologie bourgeoise, même (et surtout!) quand elle se revêt d’habits scientifiques. Pour elle, la division en classes se fait selon le revenu, critère statistique avec lesquels elle trouve que les classes moyennes sont toujours majoritaires, constituant «le socle de la société» (2), même si elle ne peut pas ne pas constater une tendance à la polarisation dans la société – les riches devenant toujours plus riches, les pauvres toujours plus pauvres. Phénomène inquiétant pour la stabilité de l’ordre établi car il engendre l’accroissement des tensions sociales, ce qui se traduit et se traduira inévitablement par des affrontements sociaux.

Pour le marxisme, les classes ne se définissent pas par le revenu de leurs membres, mais par leur position sociale, par leur position dans l’organisation économique.

Un artisan, mettons, peut avoir un revenu inférieur à celui d’un ouvrier, il peut travailler plus longtemps ou plus durement que lui; il sera pourtant un petit bourgeois parce qu’il est propriétaire de son outil de travail alors que l’ouvrier ne possède rien d’autre que sa force de travail qu’il est obligé de vendre à un capitaliste pour vivre.

Et c’est cette position sociale particulière qui déterminera la position politique de l’artisan, fondée sur la défense de son entreprise, de sa propriété et du capitalisme, opposée à celle de l’ouvrier, fondée sur la défense du travailleur salarié contre le capitalisme. Elle explique aussi l’instabilité de l’attitude des classes moyennes oscillant entre les classes fondamentales de la société bourgeoise – prolétariat et bourgeoisie – et leur vénération de la démocratie, comprise comme système permettant de concilier ou de dépasser les antagonismes de classe qui risquent de les broyer.

Lénine écrivait: «La foi dans l’action universelle, salvatrice de la «démocratie» en général, l’incompréhension du fait que la démocratie bourgeoise, historiquement limitée quant à son utilité, sa nécessité, cette foi et cette incompréhension se sont maintenus dans tous les pays pendant des dizaines d’années, pendant des siècles, avec une force particulière au sein de la petite bourgeoisie. Le grand bourgeois en a vu de toutes les couleurs, il sait que la république démocratique, comme toute autre forme d’Etat en régime capitaliste, n’est autre qu’une machine pour écraser le prolétariat. Le grand bourgeois le sait parce qu’il connaît intimement les dirigeants réels et les ressorts les plus cachés (souvent encore plus secrets de ce fait) de la machine de l’Etat bourgeois, quelle qu’elle soit. En raison de sa situation économique, en raison de ses conditions d’existence, le petit bourgeois est incapable d’assimiler cette vérité. Il s’en tient même aux illusions selon lesquelles la république démocratique signifie la «démocratie pure», «l’Etat populaire libre», la souveraineté du peuple, etc., etc. La solidité de ces préjugés du démocrate petit-bourgeois est due nécessairement à ce fait qu’il est plus éloigné de la lutte aiguë des classes, de la Bourse, de la «véritable» politique, et il serait tout à fait contraire au marxisme d’attendre que la propagande puisse à elle seule extirper ces préjugés en un bref laps de temps» (3).

Ce texte date d’un siècle, mais sans aller chercher bien loin, on peut facilement trouver des exemples actuels qui démontre que sur ce plan rien n’a changé: les petits-bourgeois sont toujours aussi incapables de comprendre ce que signifie la démocratie.

Lors du mouvement «Nuit debout» le journaliste François Ruffin, célèbre auteur du film à succès: «Merci patron», qui en était l’un des initiateurs, avait déclaré qu’était nécessaire une «alliance» entre les «classes intermédiaires» (dont il estimait être le représentant) et les travailleurs contre «la toute-puissance des riches» et au nom de la démocratie qui serait «une responsabilité collective».

Dans la même veine il publia sur les colonnes du Monde avant le premier tour des élections présidentielles, une retentissante lettre ouverte à Macron où il l’accusait d’être le «candidat de l’oligarchie», «des classes supérieures»; «c’est un fossé de classe qui se creuse devant vous» affirmait-il. Son texte était rythmé du leitmotiv «vous être haï, vous êtes haï, vous êtes haï».

Mais quelques semaines plus tard, le même qui était par ailleurs investi comme candidat aux législatives par la «France Insoumise» de Mélenchon, appelait... à voter Macron au deuxième tour, au nom de la défense de la démocratie face à Le Pen!

Ces palinodies sont typiques de la petite bourgeoisie; si elles relèvent ici de la farce, dans une situation sociale plus sérieuse, elles peuvent avoir des conséquences autrement plus graves, comme l’histoire l’a montré. En Allemagne la bourgeoisie utilisa par le truchement du nazisme les petits-bourgeois ruinés par la crise capitaliste pour écraser le mouvement prolétarien et sauver le capitalisme. Voilà ce qui s’est réellement passé sous la République de Weimar. Les prolétaires ne doivent pas se laisser illusionner par les grands discours, parfois d’apparence très radicale, des dirigeants petits-bourgeois et se mettre à la remorque des mouvements des classes moyennes, car cela reviendrait à sacrifier leurs propres intérêts de classe et la possibilité de lutter réellement pour eux.

C’est pourquoi il nous semble important de rappeler l’analyse que fait le marxisme des classes moyennes et l’attitude du prolétariat à leur égard: c’est le but de cette brochure.

 

*        *        *

 

Il s’y trouve d’abord un exposé à une Réunion Générale du parti il est suivi du compte-rendu d’une réunion publique d’Amadeo Bordiga tenue à Rome en 1925.

Nous avons fait suivre en annexe de ces textes, 2 articles parus, l’un sur Battaglia Comunista en 1949 , le «Fil du temps»: «Les Intellectuels et le marxisme», et l’autre sur Il Programma Comunista en 1963 «La demi-classe, notre bête noire»; nous terminons par deux extraits d’articles de Trotsky à propos des classes moyennes et du fascisme qui sont très éclairants par l’analyse, parfaitement marxiste, de l’attitude de ces classes.

Mais il est nécessaire de préciser qu’à l’inverse, la tactique que, à la suite de l’Internationale Communiste, Trotsky préconisait à l’égard du fascisme, est désastreuse; cette tactique de défense de la démocratie, que les extraits que nous citons ne justifient en aucune manière, contredit l’indépendance de classe du prolétariat qui est la base indispensable pour entreprendre une lutte sérieuse.

Nous ne pouvons développer ici cette question très importante: le lecteur intéressé peut se reporter aux brochures que nous y avons consacrées (4).

 


 

(1) Cf. Laurent Wauquiez, «La lutte des classes moyennes», Ed. Odile Jacob 2011.

(2) Voir l’étude du CREDOC «Les classes moyennes en Europe», décembre 2011. Selon leurs critères de revenu ils trouvaient que les classes moyennes formaient en 2009 58,7% de la population (avec ce type de critère on peut élargir ou rétrécir à volonté cette proportion).

A noter que l’étude affirme que ces classes sont le «socle de la cohésion sociale»: «une répartition plus égale des revenus tend à pacifier les liens sociaux, tandis qu’une société polarisée crée inévitablement des tensions». Ce ne sont donc pas ces classes qui déterminent la paix sociale, mais la plus ou moins grande égalité...

(3) Cf. Lénine, «Les précieux aveux de Pitirim Sorokine», Pravda, 5/12/1918. Oeuvres tome 28, p 192-193. Nous pourrions faire des dizaines de citations similaires.

(4) Cf. «Communisme et fascisme», série «Les Textes du PCI» n°1, «Fascisme, antifascisme et lutte prolétarienne», Brochure Le Prolétaire n°25, «L’antifascisme démocratique, un mot d’ordre antiprolétarien qui a fait ses preuves», supplément au Prolétaire.

 


 

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