Italie: un nouveau gouvernement sous le signe de Dieu, de la patrie et de la famille. Les capitalistes accroissent leur force autoritaire et réactionnaire. Comme toujours pour les prolétaires, l’effet c’est plus de misère, de larmes et de sang!

(«le prolétaire»; N° 546; Sept.-Oct.-Nov. 2022)

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Le 25 septembre 2022, le énième tour électoral est arrivé à son terme, avec son cortège de déclarations, d’interviews, de commentaires, tous utiles pour remettre en évidence le profond abrutissement du peuple des moutons.

Les résultats ont confirmé la victoire annoncée de la coalition dite de «Centre-droit», formée par Fratelli d’Italia («Frères d’Italie» de Meloni), Lega («La Ligue» de Salvini) et Forza Italia (Allez l’Italie de Berlusconi), qui a remporté 44 % des voix, tandis que 26 % sont allés au «Centre-gauche» formé par le Partito Democratico  («Parti Démocrate», PD de Letta), Sinistra Italiana («Gauche italienne» de Fratoianni) et les Verdi («Les Verts» de Bonelli). Environ 16% sont allés au Movimento 5 Stelle («Mouvement 5 étoiles», MS5 de Conte) et enfin un peu plus de 7% à la coalition entre Italia Viva («Vive l’Italie» de Renzi) et Azione («Action» de Calenda), pompeusement baptisée Terzo Polo («Troisième Pôle»).

La plupart des prévisions des instituts statistiques étaient proches du résultat final, sauf pour le M5S pour lequel, après la débâcle des gouvernements Conte1 et Conte2 et la scission des partisans de Di Maio, personne ne s’attendait à ce qu’il obtienne un résultat plus que significatif, et pour la Lega pour laquelle personne ne prédisait une perte aussi importante par rapport aux élections précédentes. Cette fois encore et selon les standards italiens, l’abstention a été plutôt élevée, autour de 36% ; une abstention certainement due à une partie de la population complètement indifférente à la politique, mais aussi à cette partie de la population dégoûtée surtout par le comportement des partis de la soi-disant «gauche», à commencer par le PD. Il n’est pas exclu que plusieurs partis comptaient sur une abstention encore plus élevée, ce qui leur aurait permis de faire jouer le nombre de sièges au parlement sur une base électorale plus «contrôlable». Comme c’est le cas depuis longtemps, il était hors de question dans cette campagne électorale que les partis expliquent leurs programmes et les mesures concrètes qu’ils prendraient s’ils entraient au gouvernement. Au lieu de cela, ils ont rempli leurs meetings et leurs déclarations du refrain usé de la baisse des impôts, de l’appel habituel à la croissance économique, de la nécessité de s’attaquer à la récente crise du gaz et du soutien de Zelensky à la guerre en Ukraine.

Ainsi, après s’être appelé Movimento Sociale Italiano («Mouvement social italien», MSI) et Alleanza Nazionale («Alliance nationale»), le parti de la droite historique qui se présente maintenant comme Fratelli d’Italia, a pris une réelle revanche non seulement sur les partis traditionnellement opposés - comme l’ex-PCI, les ex-Democratici di Sinistra («Démocrates de gauche») et l’actuel Partito Democratico - mais aussi sur les alliés du centre-droit, de la Lega et de Berlusconi, c’est-à-dire ceux qui ont derrière eux une expérience de gouvernement depuis vingt ans et qui ont toujours traité Meloni comme un poussin qui avait encore tout à apprendre du monde... Il est clair que les Berlusconi et Salvini, bien que politicards et flibustiers chevronnés, ont fait un mauvais calcul. Au lieu de cela, le poussin s’est révélé être un petit faucon, prêt à utiliser ses serres pour renforcer sa position et également, maintenant qu’il est devenu le premier parti d’Italie, son influence au sein d’une coalition dont la direction s’est usée et grillée ces derniers temps.

Il était donc évident que la présidente de Fratelli d’Italia, Giorgia Meloni, devienne la première ministre, et c’est à elle, en effet, que le président de la République a confié la tâche de former le gouvernement. Sans entrer dans les détails des querelles, échauffourées et altercations qu’il y a certainement eu - et qu’il y aura encore - entre les Meloniens et leurs alliés, Meloni et ses acolytes travaillaient depuis un certain temps à la formation du gouvernement, et avaient depuis longtemps déclaré que ce gouvernement serait «de haut niveau», non pas «technique»(comme celui de Draghi), mais «politique».

Mais les prolétaires se soucient-ils vraiment de savoir si le prochain gouvernement est «technique» ou «politique», s’il s’agit du gouvernement des «meilleurs» ou d’un gouvernement «de haut niveau»? Que peuvent-ils attendre du prochain gouvernement ?

Avec ses 23 ministres et au moment où nous écrivons, le gouvernement qui s’est présenté au Quirinal et a formellement prêté serment d’allégeance à la Constitution et à la République, sera de toute façon le gouvernement de la classe dirigeante bourgeoise (surtout de la Confindustria - Confédération générale de l’industrie italienne -, de la Confagricoltura  - Confédération générale de l’agriculture italienne -, des industries de l’armement, des infrastructures et des ressources énergétiques), dont il a déjà reçu la bénédiction, avant même la présidence de la République, et sera un gouvernement inévitablement fort et clairement anti-prolétarien.  Contrairement aux gouvernements dits modérés ou de centre-gauche - toujours anti-prolétarien mais qui, pour leur propre crédibilité à l’intérieur et à l’extérieur du pays, devaient être perçus comme des gouvernements attentifs non seulement aux besoins des capitalistes mais aussi à ceux des travailleurs -, le gouvernement de droite affirmé comme celui qui se présentera dans les prochains jours au parlement pour un vote de confiance, peut se payer le luxe d’être un peu plus franc quant à la politique qu’il entend appliquer tout au long de la législature.

Sa politique sociale ne s’écartera pas beaucoup de celle inaugurée par Draghi et ses prédécesseurs : les prolétaires, en tant que salariés, devront se soumettre encore plus, si possible, aux exigences des entreprises et seront de plus en plus évalués en fonction du mérite qu’ils auront su exprimer dans leur travail. Cela signifie accroître la concurrence entre prolétaires, les opposer les uns aux autres et soumettre leurs performances à un suivi et un contrôle beaucoup plus strict que ce n’était le cas jusqu’à présent. Le mérite, qui pour l’idéologie bourgeoise est la reconnaissance de l’efficacité et de la performance dans l’exécution du travail, deviendra l’un des axes sur lesquels les entreprises et l’État établiront les augmentations de salaire, les évolutions de carrière, etc.  En cas de crise de l’entreprise, il servira aussi ouvertement de critère pour décider quels travailleurs seront licenciés et lesquels ne le seront pas. La croissance économique de chaque entreprise, et donc son profit, sera toujours plus l’objectif dont dépendront toutes les décisions que la direction prendra d’une confrontation à l’autre  avec ses employés ; et à travers elle, passera l’idée que les conventions collectives de travail auront un poids de moins en moins décisif dans la gestion de chaque entreprise. En effet, l’intérêt du capitaliste est non seulement d’accroître la concurrence en général entre les salariés, mais aussi de l’accroître dans au sein de chaque entreprise, quel que soit le secteur économique auquel elle appartient. Cela signifie également que la main-d’œuvre employée de manière permanente aura tendance à diminuer dans toutes les entreprises et que la main-d’œuvre saisonnière, intérimaire et occasionnelle augmentera. Cela se fait déjà depuis un certain temps dans de nombreuses entreprises, mais la tendance est d’étendre cette méthode à toutes les entreprises et tous les secteurs, industriel, agricole, commercial, financier, administratif, etc. Pour parvenir à un tel résultat et afin de ne pas encourir de grands mouvements de grève et de protestation, le capitalisme a dû habituer la jeune génération des prolétaires à la précarité du travail et à la précarité de la vie, phénomène qui se développe depuis quelques décennies. La transition d’une génération prolétarienne à l’autre, admettons des prolétaires travailleurs des années 1950-1970 aux prolétaires travailleurs des années 1980-2000, s’est faite par l’érosion lente et régulière des filets de sécurité sociale, des «droits» syndicaux et de la défense juridique des droits des travailleurs. Dans cette transition, le travail anti-prolétarien de pompiers sociaux des syndicats collaborationnistes, à commencer par la CGIL, qui ose encore se vanter d’une lointaine histoire glorieuse de luttes qu’elle a en fait complètement trahies, a été décisif car les capitalistes, dans la nouvelle République démocratique et antifasciste n’avaient aucun intérêt à utiliser les mêmes méthodes répressives du fascisme contre les luttes ouvrières et les syndicats de classe finalement reconstitués. Au contraire, ils avaient intérêt à ce que les nouvelles associations économiques ouvrières renaissent sur la base de la collaboration entre les classes qui avait déjà eu lieu dans la lutte partisane antifasciste. Le drapeau tricolore patriotique devait l’emporter à la fois sur le drapeau rouge prolétarien et sur le drapeau noir fasciste ; ainsi le drapeau rouge prolétarien a été noyé dans le tricolore, et avec lui le syndicalisme de classe traditionnel, tandis que le drapeau noir fasciste n’avait pas besoin d’être ressuscité contre le drapeau rouge prolétarien puisque ce dernier ne mettait plus en danger ni les profits du capital ni le pouvoir politique bourgeois. 

Depuis lors, huit décennies se sont écoulées, dont trois, de 1945 à 1975, de forte expansion capitaliste dans le monde entier, et surtout dans le monde impérialiste occidental ; des décennies au cours desquelles n’ont pas manqué de fortes crises économiques et sociales et de guerres, dont les puissances bourgeoises sont toujours sorties renforcées. Les luttes ouvrières n’ont certes pas manqué, dures, très dures, et la répression n’a pas manqué non plus, également dure et très dure, démontrant que si la démocratie bourgeoise t’offre le bulletin de vote et te promet de respecter les droits promis et écrits, elle n’a aucun scrupule à utiliser les méthodes répressives les plus brutales pour rétablir et maintenir un ordre qui est essentiellement une défense du pouvoir politique bourgeois et du profit capitaliste.

La démocratie postfasciste, tout en inscrivant dans sa constitution l’interdiction de la réorganisation fasciste, a permis dès le départ l’activité d’un mouvement ex-fasciste, comme le Movimento Social (MSI), qui a débarqué au parlement par le biais d’élections politiques, donc démocratiquement. Ses successeurs sont toujours discrètement et ouvertement en activité, à l’intérieur et à l’extérieur du parlement. La pacification nationale, tant propagée après la Seconde Guerre mondiale, au point d’assimiler les fascistes de la «République de Salò» (1), morts dans leur guerre contre les démocrates, aux partisans de la Résistance, morts dans leur guerre contre les fascistes et les nazis, a toujours été placée sous le signe de la collaboration entre les classes, qui est encore saluée comme le résultat le plus élevé, le plus civilisé, le plus noble qu’une nation puisse atteindre.

Mais la réalité du capitalisme, d’une société dans laquelle les inégalités, au lieu de diminuer, ne cessent d’augmenter, dans laquelle les conditions d’existence de l’écrasante majorité de la population sont extrêmement barbares et frôlent de plus en plus la pauvreté absolue (en Italie, les chiffres officiels indiquent que 5,8 millions d’habitants vivent sous le seuil de pauvreté et, en comptant ceux qui sont classés comme pauvres, le chiffre s’élève à plus de 15 millions ! ), où la sécurité au travail n’a jamais existé (en 2022, il y aura encore 3 morts au travail par jour !), où les jeunes ne sont assurés d’aucun avenir, si ce n’est de travailler pour des salaires de misère ou de vivre une existence de chômeur, est une réalité qui convient uniquement et exclusivement à la bourgeoisie riche, aux capitalistes et à leurs larbins au parlement et en dehors du parlement.

Du gouvernement bourgeois, en général, les prolétaires ne peuvent rien attendre de bon. Le peu de droits et d’avantages qu’ils ont obtenu - d’ailleurs pas pour tous, mais seulement pour une partie d’entre eux - est dû en tout cas aux luttes des générations prolétariennes des années 1950-1970  du second après-guerre; droits et avantages qui disparaissent de plus en plus, tandis que les poches des capitalistes se gonflent hors de toute proportion.

Des larmes et du sang: voilà l’avenir proche du prolétariat. Et pendant que les superprivilégiés assis au parlement discutent du sexe des anges, le prolétariat est de plus en plus écrasé par la machine cynique du profit capitaliste.

Comme si cela ne suffisait pas, leurs énergies sont encore plus essorées par l’intérêt de l’impérialisme italien à participer à la guerre russo-ukrainienne aux côtés des impérialistes euro-américains. La propagande antirusse de cette année invoque encore plus la collaboration de classe entre le prolétariat et la bourgeoisie en brandissant l’épouvantail d’une Russie qui veut attaquer militairement l’Europe, alors qu’il est évident pour toute personne sensée que cette «agression» ne se produira jamais, sans parler d’une agression avec des armes nucléaires, qui suscite la peur de la fin du monde. Le capitalisme, et donc la bourgeoisie, est sans doute cynique, destructeur, inhumain, mais il n’est pas suicidaire, tout comme la bourgeoisie elle-même, en tant que classe dominante, ne se suicidera jamais.

Pour mettre fin au capitalisme, à cette société destructrice de la vie sociale et de l’environnement, nul besoin d’une bourgeoisie revenue à la raison, une bourgeoisie à «visage humain», d’une bourgeoisie qui savoure les prières de sa sainteté le Pape. Que son gouvernement soit de droite ou de gauche, qu’il soit conservateur ou social-démocrate, monarchiste ou travailliste, ses données génétiques ne changent pas : c’est toujours un gouvernement qui, dans les diverses situations où le rapport de force entre les États et entre les classes évolue, exprime les intérêts généraux de la classe bourgeoise, intérêts qu’il défend par tous les moyens.

Contre la classe dominante bourgeoise doit se dresser la seule classe sociale qui, historiquement, a la force et la tâche de renverser son pouvoir : la classe du prolétariat. Elle l’a démontré dans l’histoire passée, elle le démontrera dans l’histoire future, non pas par une sorte d’investiture divine, non pas par un accident historique, mais par la combinaison dialectique des facteurs historiques qui a toujours régi le développement des forces productives, en commençant par la société esclavagiste, puis en passant par la société féodale et enfin par la société capitaliste, la dernière société divisée en classes antagonistes dans laquelle se sont formées les bases économiques pour le saut de la société divisée en classes à la société sans classes, c’est-à-dire au communisme. Il s’agit de parcours historiques, et non d’événements épisodiques ; le développement des contradictions qui s’accumulent au sein de la vieille société doit donc atteindre le point de non-retour. Et l’une des contradictions décisives est celle relative à la formation de la classe des travailleurs salariés, la classe des producteurs réels de toutes les richesses qui existent dans le monde et dont les diverses bourgeoisies nationales s’emparent directement par la domination de la propriété privée des moyens de production. Pour arracher la propriété des moyens de production des mains de la bourgeoisie, des capitalistes, et transformer les moyens de production en moyens non pas pour le profit capitaliste, mais pour répondre aux besoins de l’humanité, il est nécessaire d’arracher le pouvoir politique des mains de la classe dominante bourgeoise, d’abattre son État et sa dictature, et d’établir le pouvoir politique de classe du prolétariat, sa dictature de classe.

Alors que la bourgeoisie a toujours caché sa véritable dictature de classe par le biais de la démocratie, des droits, des lois, des élections, de la «libre entreprise», du «libre choix individuel», etc., le prolétariat n’a pas besoin de cacher quoi que ce soit et déclare ouvertement que ce sera la guerre de classe contre la bourgeoisie qui décidera du sort de la société, et que c’est la dictature de classe ouverte du prolétariat une fois au pouvoir, qui mettra la société sur la voie du dépassement définitif de toutes les divisions sociales en classes. Bien sûr, la route est longue, parsemée de difficultés de toutes sortes, précisément parce que la bourgeoisie ne se suicide pas, n’abandonne pas spontanément le pouvoir, ne se résigne pas à être vaincue. Pour que ce processus historique ait un développement positif, le prolétariat doit être guidé et organisé par son parti de classe, par le parti communiste révolutionnaire, qui possède la connaissance des processus historiques et a accumulé, à travers la théorie marxiste, l’expérience historique et les bilans historiques des révolutions et des contre-révolutions.

C’est dans ce but que les communistes révolutionnaires luttent, dans toutes les situations, dans tous les pays où ils se trouvent, même dans la situation la plus négative comme celle d’aujourd’hui, mais dans la certitude que le capitalisme n’est pas éternel, qu’il a une fin et que sa fin sera provoquée par la révolution prolétarienne mondiale victorieuse.

 


 

(1) En septembre 1943, Mussolini, fuyant la poussée des armées alliées et répondant aux ordres de l’Allemagne, fonde dans le nord de l’Italie la «République de Salò», d’où il tentera de résister au désastre militaire à venir.

 

22 octobre 2022

 

Parti Communiste International

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