A propos des élections municipales

(«le prolétaire»; N° 560; Janvier - Mars 2026 )

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Les prochaines élections municipales mobilisent, comme c’est bien naturel, les différents partis parlementaires, de droite ou de gauche qui cherchent à conquérir des municipalités et, à travers elles, à asseoir leur force politique au niveau national. La dernière période a vu la quasi-disparition aux dernières élections présidentielles des grands partis qui se succédaient depuis des décennies aux commandes de l’Etat, le Parti Socialiste et les Républicains ; mais leur assise encore intacte dans les municipalités leur a permis de rebondir, alors qu’à l’inverse l’irrémédiable effondrement du PC depuis des années est étroitement corrélé à la perte de ses mairies. Les municipalités constituent en effet un puissant centre de clientélisme, direct ou indirect, que ce soit par le moyen de subventions aux associations amies, par l’attribution de logements, le recrutement d’employés municipaux, etc. – tout un vaste réseau qui produit « l’enracinement » d’un parti ou d’un notable.

 

L’ « EXTREME GAUCHE » ET LES ELECTIONS MUNICIPALES

 

La décision du ministère de l’intérieur, le 2 février, de ranger la liste de la France Insoumise à Lyon parmi l’ « extrême gauche », aux côtés du NPA, de Lutte Ouvrière et du POI, a suscité l’indignation de celle-ci. Manuel Bompard, « coordinateur » de LFI, a ainsi déclaré que l’extrême gauche « considère les élections comme une tribune et non pas comme un moyen de conquête du pouvoir. Ce n’est pas le cas de la France Insoumise ». Que LFI ne soit pas d’extrême gauche et qu’elle centre son activité sur la participation au cirque électoral, on le savait, mais quand c’est elle-même qui le dit, malgré ses discours sur la prétendue « révolution citoyenne » qu’elle préconise, c’est encore mieux ! D’ailleurs ses frères ennemis socialistes sont du même avis : « c’est un parti qui s’inscrit dans un parcours (…) électoral, démocratique, et on ne peut pas les classer à l’extrême gauche » (Olivier Faure, sur France 3, le 8/02/2026).

Mais l’ « extrême gauche » est-elle si différente ? Si l’on en croit les déclarations des diverses organisations, elles participent aux élections municipales essentiellement pour faire entendre la voix « de la colère, celle des pauvres et modestes, exploité·es, précarisé·es, invisibilisé·es, exclu·es, marginalisé·es, ignoré·es ou ghettoïsé·es » (NPA-A), pour « faire entendre le camp des travailleurs » (Lutte Ouvrière). Entendre par qui ? Conformément à son réformisme de plus en plus ouvert, NPA-A le dit clairement : « il faut bien que cette parole soit entendue dans les institutions, comme dans la rue » (1). Les autres organisations n’ont pas cette franchise et elles parlent plus volontiers du  point d’appui aux luttes que constitueraient leur campagne et leurs éventuels élus. Cependant lorsqu’on gratte un peu le réformisme apparaît au grand jour : « Nous voulons faire entendre la voix de celles et ceux qui font marcher la société. C’est à nous de décider de tout ce qui nous concerne, et non aux politiciens professionnels, que ce soit dans les conseils municipaux ou au Parlement. (…) Nous défendons la démocratie directe des travailleurs et travailleuses et de la population, le droit à décider de tout ce qui nous concerne et en premier lieu le budget de la commune » (profession de foi NPA-R) (2). Décider de tout ce qui concerne les travailleurs, au Parlement et dans les conseils municipaux, voilà un objectif révolutionnaire !

Révolution Permanente se présente elle aussi « pour faire entendre la voix des travailleurs, de la jeunesse et des quartiers populaires, et reprendre la ville aux politiciens professionnels » ; et elle présente un programme qui va « des services publics de qualité sous contrôle des travailleurs » à la « démission de Macron et la fin de la Ve république » en passant par « une ville antiraciste, féministe et internationaliste » (3). Si on renonce à prendre cet horrible embrouillamini au sérieux, il reste que RP s’efforce de faire croire aux prolétaires que les élections municipales ont une importance fondamentale.

D’ailleurs même quand ces organisations affirment ne pas nourrir d’illusions sur les élections municipales, le seul fait qu’elles se vantent d’avoir réussi à amener des milliers de travailleurs à rejoindre leurs listes, suffirait à démontrer le contraire ; la dépense d’importantes ressources matérielles et d’énergies militantes consacrées à la campagne électorale, indique en réalité le poids qu’elles accordent à ces élections et à leurs résultats. Ce faisant ces organisations soi-disant « révolutionnaires » ou « anticapitalistes » contribuent à diffuser parmi les prolétaires les illusions envers la démocratie bourgeoise et son système électoral.

 

LA POSITION MARXISTE

 

Dissipons ces fumeuses élucubrations en rappelant la claire position marxiste. Les thèses de l’Internationale Communiste spécifiaient que « Les Parlements bourgeois, qui constituent un des principaux engrenages de la machine d’Etat de la bourgeoisie, ne peuvent pas plus être conquis par le prolétariat que l’Etat bourgeois en général »: impossible donc d’imaginer qu’il soit possible pour les prolétaires de de décider de tout en leur sein! « La tâche du prolétariat est de faire sauter la machine d’Etat de la bourgeoisie, de la détruire, y compris les institutions parlementaires. (...) Il en est de même des institutions municipales ou communales de la bourgeoisie, qu’il est théoriquement faux d’opposer aux organes gouvernementaux. A la vérité, elles font aussi partie du mécanisme gouvernemental de la bourgeoisie : elles doivent être détruites par le prolétariat révolutionnaire et remplacées par des soviets des députés ouvriers » (4).  

En attendant que la révolution mette concrètement à l’ordre du jour cette perspective, « la conquête électorale des communes et des administrations locales, qui présente les mêmes inconvénients que le parlementarisme, mais à un degré plus élevé encore, ne peut pas être acceptée comme un moyen d’action contre le pouvoir bourgeois, (...) parce que ces organismes n’ont pas de pouvoir réel, mais sont subordonnés à la machine d’Etat (…) » (5). En effet « Il suffit de connaître tant soit peu le “socialisme municipal” en Occident pour savoir que toute tentative faite par les municipalités socialistes pour dépasser si peu que ce soit le mode de gestion habituel, c’est-à-dire menu, mesquin et qui n’apporte pas d’allégement sérieux à l’ouvrier, toute tentative de toucher un peu au capital provoque toujours et absolument le veto du pouvoir central de l’Etat bourgeois (...). L’opportunisme petit-bourgeois de cette tendance [ceux qui préconisent un socialisme municipal–Ndlr] est que l’on oublie que (...) tant que la bourgeoisie domine comme classe, elle ne peut permettre de toucher, fût-ce du point de vue municipal, aux fondements de sa domination; que si la bourgeoisie permet, tolère, le “socialisme municipal” , c’est parce qu’il ne touche pas aux fondements de sa domination, n’atteint pas les sources importantes de sa richesse, ne s’étend qu’au domaine local, étroit des dépenses que la bourgeoisie elle-même met à disposition de la “population” » (6).

En réalité en tournant le dos aux enseignements du marxisme sur la nécessité de la prise révolutionnaire du pouvoir et de l’établissement de la dictature du prolétariat, il ne reste d’autre perspective à nos organisations d’ « extrême gauche » que de se rallier aux institutions bourgeoises, à un réformisme anti-prolétarien encore plus nocif que celui de LFI, parce que masqué !

 


 

(1) https://npa-lanticapitaliste.org/actualite/vie-du-npa/resolution-politique-cpn-des-17-et-18-janvier-2026

(2) https://npa-revolutionnaires.org/des-listes-cest-nous-qui-travaillons-cest-nous-qui-decidons-a-cenon/

(3) https://elsamarcel.municipales-rp.fr/projet/

(4) Cf. « Le parti communiste et le Parlementarisme »,Thèse du IIème congrès de l’Internationale Communiste, in Brochure Le Prolétaire n°19

(5) Voir les « Thèses de la Fraction abstentionniste du PSI », mai 1920, in « Défense de la Continuité du programme communiste », Textes du PCInt n°2, p. 25.

(6) Cf. Lénine, « Le programme agraire de la social-démocratie dans la première révolution russe de 1905-1907 », Œuvres, Tome 13, p. 378

 

 

Parti Communiste International

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www.pcint.org

 

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