LFI : Réactions pacifistes et social-chauvines au militarisme (1)

(«le prolétaire»; N° 560; Janvier - Mars 2026 )

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Les déclarations martiales de diverses autorités se succèdent à un rythme rapide ces derniers temps. C’est ainsi qu’après avoir affirmé le 22 octobre que l’armée devait être prête à un choc avec la Russie « dans les trois quatre ans», Fabien Mandon, le nouveau chef d’état-major des armées, a déclaré le 18 novembre dans un discours au congrès des maires de France, qu’il fallait « accepter de perdre nos enfants». Et, après cette véritable « préparation d’artillerie», Macron annonçait, le 27 novembre, la création d’un service national volontaire de 10 mois, à partir de l’été 2026.

La guerre en Ukraine a en effet montré la nécessité d’avoir des masses de soldats à jeter dans la fournaise guerrière, mettant à mal le format d’une armée professionnelle aux effectifs réduits, qui était adapté aux interventions impérialistes extérieures (Afrique...) d’une durée limitée et contre des ennemis faiblement armés. L’impérialisme français estime qu’il doit augmenter au plus vite ses capacités militaires, tant au point de vue de la quantité de chair à canon que des armements. Dans une situation  de difficultés économiques qui impose des restrictions budgétaires, le budget des armées est le seul en augmentation, au grand plaisir des marchands de canon tricolores. La Délégation générale de l’armement n’a jamais autant commandé aux industriels du secteur qu’en 2025, et elle devrait en faire autant en 2026. Cette croissance du militarisme n’est pas propre à la France: il s’agit d’un phénomène international de préparation d’une nouvelle boucherie mondiale.

Nous allons voir quelle est l’attitude des partis dits « de gauche» ou d’» extrême gauche» face au militarisme (en laissant de côté ceux qui , comme le PS, en sont ouvertement partisans) : constituent-ils vraiment une opposition à cette tendance ?

 

LA FRANCE INSOUMISE... SOUMISE AU MILITARISME

 

Une partie de la presse bourgeoise semble croire dur comme fer au caractère oppositionnel de LFI sur la question de la guerre, alors qu’il s’agit en réalité d’une opposition de pure façade servant à dissimuler des positions social-chauvines caractéristiques de tous les partis réformistes intégralement soumis au capital. Ainsi, Challenges, dans l’article « Le service militaire volontaire gagne du terrain dans tous les partis… sauf chez LFI » (3/12/25), affirme que « la contestation la plus massive [concernant l’instauration d’un service militaire volontaire] est celle de LFI, dont les élus ont dénoncé une dérive autocratique et belliciste du chef de l’État ».

Ce n’est pas la première fois que LFI s’élève contre des « dérives autocratiques et bellicistes »… mais toujours dans la mesure où il s’agit pour elle de condamner les insuffisances du gouvernement en matière de défense militaire et de sécurisation des intérêts impérialistes français !

C’est en effet une constante chez LFI de rivaliser de zèle auprès de la bourgeoisie et des industriels français de l’armement, afin de se présenter à eux comme le parti le plus sincèrement patriote, le plus « responsable », le plus conscient des intérêts de l’impérialisme français, à l’inverse des libéraux « irresponsables » accusés de brader la sacro-sainte « défense nationale » à coups de gesticulations impuissantes ou d’opérations commerciales à courte vue qui lieraient les intérêts de la France à des intérêts étrangers potentiellement antagonistes aux siens. C’est selon cette même ligne de conduite grossièrement collaborationniste que LFI a d’ailleurs émis un « avis défavorable à l’adoption des crédits militaires de défense » lors de la Commission des finances du 5 novembre dernier… sous le prétexte que la surmarche (de 3,5 milliards, en plus de la marche de 3,2 milliards prévue par la Loi de Programmation Militaire) n’a « fait l’objet d’aucun débat parlementaire » et qu’elle ne puisse servir qu’« à absorber la surchauffe budgétaire du ministère au lieu de développer de nouvelles capacités militaires »! Ces derniers temps, les députés insoumis Aurélien Saintoul et Bastien Lachaud, respectivement secrétaire et membre de la commission de la Défense nationale et des Forces armées, ont par ailleurs redoublé d’ardeur patriotique en déposant des amendements en faveur d’une stratégie « ambitieuse » et « indépendante » pour l’impérialisme français : programme de dronisation, utilisation des technologies de pointe quantiques dans le domaine militaire, développement d’avions et de chars du futurs et « souverains » privilégiant la « souveraineté industrielle » et libérés de l’emprise d’un « partenaire » allemand » jugé « peu fiable », etc.

C’est cette même attitude de larbin, par laquelle LFI cherche à se présenter comme le candidat le plus sérieux à la défense des intérêts impérialistes nationaux, à la restauration du « lien armée-nation », en bref, à l’union nationale, qui caractérisait l’opposition du parti soi-disant insoumis au proto-service militaire de Macron, le Service national universel (SNU). Pour rappel, le SNU avait été annoncé par Macron comme un dispositif d’encadrement de la jeunesse devant servir à lui inculquer les hautes vertus de la citoyenneté et du patriotisme, et destiné à « promouvoir la notion d’engagement et [à] favoriser un sentiment d’unité nationale autour de valeurs communes ». Bien qu’il n’ait pas été un service militaire au sens strict (pas d’apprentissage au maniement des armes), le lien entre le SNU et l’armée était symboliquement assuré, en plus de la « sensibilisation » aux questions de « défense, de sécurité et de résilience nationale », par l’encadrement direct des jeunes par des militaires, par des formes d’organisation et des répétitions de gestes patriotiques de nature ouvertement militaristes (organisations en « compagnies » dirigées par des « chefs de brigade », réveil à 7h, cérémonie de lever des couleurs, salut au drapeau, chant de La Marseillaise, bilan de santé, parcours d’obstacles…). Ce SNU, prévu dans le programme de Macron depuis 2017, n’a pas fait long feu, en raison des trop grandes disproportions existantes entre son coût, relativement élevé, et son niveau d’« efficacité » réel… La plupart des observateurs bourgeois s’entendaient pour dire que le SNU était mal calibré pour les exigence de la défense nationale (c’est notamment l’avis de la Cour des comptes, qui lui reprochait une « absence d’horizon clair » et des objectifs qui se sont « multipliés au fil de sa mise en œuvre» .

L’opposition de LFI à cette mesure était du même type : ce n’était pas une opposition au principe de l’intoxication bourgeoise républicaine de la jeunesse prolétarienne, à son enrôlement sous les auspices de l’« union nationale », a sa préparation idéologico-militaire aux « impératifs » de la « défense nationale » : bien au contraire ! Ce n’était absolument pas dans une perspective de classe, comme une lutte contre la mystification bourgeoise, qu’elle s’y opposait mais bien parce que c’était selon elle, un projet trop coûteux, mal pensé, sans efficacité réelle et qui ne « remplit aucun objectif légitime en terme de défense, d’éducation, d’insertion, de cohésion sociale, de résilience ou de solidarité » (tous ces termes sont employés dans le communiqué du groupe LFI-NUPES du 23/03/2023, « SNU : une idée sotte et une obligation inacceptable »).

Ce qui était donc réellement condamné par LFI dans le SNU était son caractère « faussement militaire », son caractère obligatoire pour des « mineurs » ainsi que l’absence de rémunération (du moins dans sa phase obligatoire des 2 semaines). LFI lui opposait alors une « conscription citoyenne » obligatoire de 9 mois, inscrite dans le programme de Mélenchon depuis 2017, qui concerne les « jeunes adultes » et rémunérée au SMIC, avec un volet « éventuellement militaire », sur la base du volontariat. Voilà pour le prétendu « projet de société diamétralement opposé au folklore macroniste » !

A cette époque, le député insoumis Bastien Lachaud, dans une vidéo d’une séance de questions au gouvernement de fin février 2023, dénonçait devant l’Assemblée nationale une « parodie de préparation militaire », une « mascarade […] qui n’apportera aucun des objectifs qui lui ont été fixés, elle ne renforcera, ni la cohésion, ni la solidarité, ni l’esprit de défense de la nation. » Il y attaquait certes une volonté de « mettre au pas la jeunesse » et de l’« embrigader », mais on apprenait plus tard que le désaccord portait uniquement... sur la question de l’âge et de la rémunération ! « Vous confirmez donc vouloir mettre au pas la jeunesse ! La France Insoumise, en effet, a un projet de société diamétralement opposé. Nous voulons, oui, une conscription citoyenne, mais des jeunes adultes, rémunérés au SMIC pendant 9 mois, sans casernement, pour répondre à des enjeux sociaux et écologiques. » [...] « Un tel dispositif serait utile pour la jeunesse, pour la nation, pour l’intérêt général humain. Vous nous proposez l’embrigadement, nous vous répondons : émancipation (sic!) ».

Pour les sociaux-chauvins de cet acabit, l’émancipation est synonyme d’intégration aux intérêts stratégiques de l’État bourgeois… pourvu qu’elle soit rémunérée au SMIC.

En réalité, les deux projets, macroniste comme insoumis, sont des projets également bourgeois, intégralement militaristes, qui visent tous deux à endormir la jeunesse prolétarienne par les beaux discours sur la « cohésion nationale » afin de préparer l’appel à la « défense nationale » dont la bourgeoisie aura besoin demain. On comprend toute la difficulté qu’a aujourd’hui LFI à justifier son opposition hypocrite et de façade au service militaire volontaire porté par le gouvernement : quelle différence, en effet, entre un service militaire volontaire et une conscription citoyenne obligatoire mais volontaire en ce qui concerne le volet militaire ?

En réalité, Mélenchon a toujours été, selon le mot d’un journal bourgeois, « un fervent défenseur du service militaire obligatoire » ; il s’était opposé à sa suspension par Chirac en 1996, comme il le rappelle lui-même dans un entretien accordé en 2020 à L’Opinion. À la question « Rétablirez-vous une forme de service militaire obligatoire ? », Mélenchon répondait : « Oui, même si je ne suis pas certain que tous les Insoumis soient d’accord avec moi. Je suis partisan de la conscription et je me suis opposé au fait qu’elle soit suspendue. Il faut aller à l’essence de ce qu’elle est : l’impôt du temps au service de la patrie. Il n’y a pas aujourd’hui de besoin militaire qui nécessite la mobilisation permanente de 700 000 jeunes (sic, il n’y a pas « aujourd’hui » un tel besoin, qui se présentera, (sous-entendu, peut-être, sûrement, demain, ndlr). […] Pour autant, la défense populaire passive et armée reste une nécessité à mes yeux.

La même année, il revenait sur la question de la « conscription citoyenne obligatoire » dans une note publiée sur son blog : « Il s’agit de proposer aux jeunes un service au service de tâches d’utilité publique. Il ne s’agit donc pas nécessairement de tâches militaires. Mais il peut l’être pour ceux qui auront choisi cette manière de l’effectuer ou si les besoins de l’armée le rendent nécessaire (sic). » La différence avec le service militaire volontaire de Macron est pratiquement inexistant, si ce n’est que le service insoumis propose le choix entre le service militaire ou des « vrais travaux » payés « contre un vrai salaire, c’est-à-dire le SMIC » à coloration « écologiste » et sociale », en appui à l’État bourgeois et au service du prétendu « intérêt général » … soit donc un projet foncièrement collaborationniste. Outre le service militaire, les travaux proposées sont des « tâches civiles comme la sécurité civile, la protection et la réparation de l’environnement, l’appui à des associations labellisées d’intérêt général ou l’appui aux population en cas de crise sanitaire ou environnementale » (soit dit en passant, les interventions de secours d’urgence en situation de catastrophes naturelles et sanitaires de grande ampleur sont déjà du ressors… de l’armée).

Mélenchon voit également dans la « conscription » un moyen d’injecter du « sang neuf dans les rangs de la police », à des fins de pacification sociale et pour « améliorer l’image » de cette dernière auprès de la population ! « … je propose aussi qu’une partie des conscrits aient la possibilité de servir dans la police. [...] Je la vois comme une possibilité de régler de manière positive les problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui. La conscription permettra de mettre du sang neuf dans les rangs de la police et d’éviter les effets de vase clos, d’omerta face au racisme et à la violence et de corporatisme qui gangrènent aujourd’hui ce corps. » « Il en résultera une amélioration de l’image de la police d’une part, et du temps pour les policiers professionnels pour se consacrer au travail de police judiciaire d’enquête et de démantèlement des réseaux criminels d’autre part. »

Le but visé est donc en définitive toujours le même : préparer l’enrégimentement des prolétaires, en particulier des jeunes, sous les drapeaux de l’État bourgeois « si les besoins de l’armée le rendent nécessaire », et, le cas échéant, dans un contexte de « paix » capitaliste, soulager l’armée de métier pour un certain nombre de tâches, afin de pouvoir la déployer sur des terrains considérés comme davantage stratégiques pour les impératifs de la « souveraineté militaire comme la cyber-défense ou le rôle de notre pays sur les mers (sic) », qui nécessitent un plus haut degré de spécialisation. C’est pour cette raison que la « conscription citoyenne » est intégrée au livret thématique de Défense du programme de LFI, qui déplore « l’érosion du lien armée-nation provoquée par la suspension de la conscription en 1997 [...] ». On y lit cette véritable profession de foi défensiste et social-chauvine : « Agir pour la paix ne signifie pas priver la République des moyens de se défendre. On ne saurait d’aucune façon limiter son indépendance militaire, condition sine qua non de l’indépendance diplomatique. Mais en aucun cas la Défense ne peut en rester à une conception étroite du “ domaine réservé ” » du président de la République. Ni ne reposer que sur une armée professionnelle, aussi loyale et compétente soit-elle ».

Dans un contexte d’exacerbation des tensions bellicistes, LFI ne fait pas que distiller des illusions faussement naïves sur la prétendue capacité des États bourgeois à résoudre leurs antagonismes impérialistes au moyen de simple traités et autres concertations diplomatiques. Elle prépare activement le terrain à la plus infecte collaboration de classe, la « défense nationale », la « défense de la patrie en danger », à laquelle le prolétariat sera traîné de gré ou de force demain s’il ne s’y oppose pas dès aujourd’hui, et sur le terrain le plus terrible qui soit : celui de la guerre impérialiste.

En agent caractéristique du social-chauvinisme, qui se déclare « socialiste » et « anti-capitaliste » en paroles mais qui, à l’heure de la « défense de la République », exige du prolétariat qu’il se jette sus à l’ennemi « étranger » pour voler au secours de ses propres exploiteurs, de leur État et de leur armée, LFI se gargarise de phrases ronflantes sur la République aux intérêts « univer-sels » et « internationalistes » (sic!!) (sous prétexte que la France est présente sur tous les continents, qu’elle possède le deuxième plus vaste territoire maritime et de colonies dans les outre-mers!) et sur la Révolution française. On reconnaît bien là un des avatars les plus décrépis du jauréssisme, cette « variante » typiquement française de la maladie social-chauvine et opportuniste, à laquelle n’avait pas manqué de faire référence Bastien Lachaud lors d’une séance de 2023 (en parfait lèche-botte de l’impérialisme français, il s’agissait alors pour lui de « dénoncer » le fait que la Loi de Programmation Militaire n’allait pas assez loin et n’était pas assez ambitieuse en matière stratégique) :

« “Comment porter au plus haut, pour la France et pour le monde incertain dont elle est enveloppée, les chances de la paix ? Et si, malgré son effort et sa volonté de paix, elle est attaquée, comment porter au plus haut les chances de salut, les moyens de la victoire ?” Ainsi s’exprimait Jean Jaurès il y a plus de cent ans depuis cette tribune. Les termes du débat actuel n’ont pas varié […]. Comment voulons-nous œuvrer pour la paix et défendre la France ? […] Les enjeux présents et futurs sont immenses. Notre devoir est d’y répondre en donnant aux armes de la France les moyens nécessaires pour la défense de la patrie et la promotion de la paix ! »

C’est un fait bien connu de tous les communistes authentiques que les « apôtres de la paix »  se transforment inévitablement en thuriféraires de la « défense nationale » au moment où la guerre impérialiste devient une réalité. Avant même qu’on en soit arrivé là  LFI s’est déjà ouvertement soumise au militarisme et veut y soumettre la population : c’est cohérent avec son nationalisme, pardon son « souverainisme », qui lui a fait depuis longtemps remplacer le drapeau rouge par le drapeau tricolore (ce dont l’avait alors publiquement félicité Marine Le Pen), comme il lui avait fait remplacer le mot « camarades » par « les gens » – ce qui a l’avantage d’évacuer toute idée de classe.

La polémique permanente des médias contre LFI accrédite l’idée qu’il s’agirait d’un parti d’opposition plus ou moins radicale à l’ordre établi, alors que c’est en est en réalité l’un de ses piliers en proposant des diversions inoffensives au mécontentement des prolétaires et en se faisant l’agent du militarisme impérialiste. Comme tous les réformistes, qu’ils soient plus ou moins radicaux en paroles, c’est un défenseur du capitalisme, un ennemi du prolétariat.

 

(A suivre)

 

 

Parti Communiste International

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