Les prolétaires algériens et la loi contre le colonialisme
(«le prolétaire»; N° 560; Janvier - Mars 2026 )
Le 24 décembre les députés algériens adoptaient à l’unanimité et au chant de l’hymne national, une loi criminalisant, 64 ans après l’indépendance (!) la colonisation française de l’Algérie et demandant à Paris des excuses officielles et des réparations financières. Que doivent en penser les prolétaires ?
1. Une loi parlementaire reste un acte d’État bourgeois : déclarer « crime » ne renverse rien tant que l’État, l’armée, la police, la propriété et le salariat restent intacts.
2. Le mot « excuses » est un fétiche idéologique : une formule morale ne rend ni la terre, ni les vies, ni les moyens de production ; elle sert surtout de mise en scène de dignité nationale.
3. Les « réparations » visées sont une négociation entre bourgeoisies : un transfert d’actifs (biens, archives, indemnisations) géré par l’État algérien, donc par une fraction du capital national – pas par les exploités.
4. Cette mémoire officialisée fonctionne aussi comme politique intérieure : quand la tension sociale monte, on mobilise l’ennemi extérieur pour détourner la lutte sur salaires, chômage, coût de la vie, répression.
5. La réaction française (« acte hostile ») confirme le fond : intérêts d’État, contrôle des flux (notamment migrations), influence régionale, marchés –l’impérialisme ordinaire sous vocabulaire de « guérison ».
6. Le colonialisme n’est pas un « passé » : c’est une matrice d’accumulation. Expropriation, discipline du travail, destruction de formes sociales, extraction – et les dépendances actuelles prolongent ces effets.
7. Ce type de loi peut devenir un outil de police idéologique : aujourd’hui contre la « glorification » du colonialisme, demain contre toute parole jugée « nuisible » au récit national.
8. Le nationalisme est l’antidote bourgeois à l’internationalisme : il prêche l’union sacrée « des Algériens » contre « la France », alors que la fracture réelle est entre classes.
9. Le prolétariat français n’est pas l’ennemi : son État l’est. La ligne de classe vise l’État impérialiste, pas une haine nationale qui finit toujours par souder les travailleurs à « leur » bourgeoisie.
10. En clair : ni excuses, ni indemnités, ni lois mémorielles ne règlent la question. La seule « réparation intégrale », c’est la liquidation du capital : destruction des États bourgeois et unité internationale de classe.
Epilogue : un mois plus tard après le vote solennel à l’unanimité de la loi au Parlement, le « Conseil de la nation » (Sénat) jugeait, lui aussi à l’unanimité, que les dispositions les plus significatives de la loi devaient être revues, car elles « ne correspondaient pas à la ligne officielle de l’Etat algérien ». Il n’y a pas de doute que la cause réelle de ce changement tient aux relations étatiques entre Paris et Alger. La visite en Algérie à la mi-février du ministre de l’intérieur français pour relancer la « coopération sécuritaire » – lire: policière – entre les deux pays, démontre, s’il en était besoin, que, quels que soient leurs divergences et leurs conflits d’intérêt, la France et l’Algérie tomberont toujours d’accord pour défendre l’ordre bourgeois: leur « réconciliation » se fera sur le dos des prolétaires.
Ceux-ci doivent répondre par la solidarité et l’internationalisme prolétarien aux campagnes racistes en France et aux nationalismes alimentés en permanence des deux côtés de la Méditerranée par les antagonismes entre Etats.
Parti Communiste International
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