La lutte contre le racisme ne peut se faire que par des méthodes de classe

(«le prolétaire»; N° 561; Avril-Juin 2026 )

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L’élection du candidat noir et membre de LFI, Bally Bagayoko, à la mairie de Saint-Denis a suscité un déferlement de commentaires racistes dans les médias et sur les réseaux sociaux. Bagayoko a appelé à un rassemblement le 4 avril contre le racisme qui a réuni plusieurs milliers de personnes dans la ville.

Il faut dire que les habitants de la ville de Saint-Denis comme du département de la Seine-Saint-Denis (93) connaissent d’expérience la réalité du racisme : les immigrés y constituent plus du quart de la population avec plus d’une centaine de nationalités différentes. C’est aussi le département le plus prolétarien de France (1) et à ce double titre les habitants du 93 jouissent d’une réputation exécrable auprès des politiciens bourgeois. C’est ainsi que l’ancien ministre socialiste de l’Intérieur, J.P. Chevènement, attribuait en 2016 les « problèmes d’équilibre de la société française » à « l’échec du processus d’intégration » démontré par le cas de Saint-Denis où, selon lui, il y aurait 135 nationalités différentes dont une (la française) aurait quasiment disparu : le « grand remplacement » fantasmé par l’extrême droite raciste aurait donc déjà eu lieu dans cette ville ! En réalité plus de 70% des habitants de la ville sont de nationalité française (2). Mais sont-ils de vrais français s’ils sont noirs ou arabes ?

Les discours qui font écho aujourd’hui aux affirmations hier d’un Chevènement (que nous citons seulement comme exemple), ne se fondent pas sur des faits réels, mais sur des préjugés et des mensonges. Ils relèvent d’une propagande raciste et xénophobe diffusée par les médias et les partis politiques de droite ou de gauche qui fait des étrangers, des migrants, les responsables des difficultés des prolétaires français; on se souvient du foyer malien détruit au bulldozer par la municipalité PCF de Vitry en 1980. Marchais, le secrétaire général du PCF déclarera à ce propos : « La présence en France de près de quatre millions et demi de travailleurs immigrés fait que la poursuite de l’immigration pose aujourd’hui de graves problèmes (…). C’est pourquoi nous disons : il faut arrêter l’immigration, sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage (…) il faut stopper l’immigration officielle et clandestine ».

Cette orientation s’alignait de fait sur les attaques de l’Etat contre les travailleurs immigrés, avec une série de lois et de décrets tacitement acceptés par les partis de gauche et les syndicats ; elle était l’autre face de l’orientation chauvine traditionnelle du PCF qui se manifestait alors par une bruyante campagne «produisons français! ». C’est le propre du collaborationnisme syndical et politique de se faire l’agent des intérêts capitalistes, y compris lorsqu’ils prétendent vouloir les amender pour qu’ils prennent en compte les intérêts des travailleurs. Les partis de gauche l’ont démontré lors de leurs passages au gouvernement et les syndicats par leur sabotage des luttes d’ampleur. Le racisme est le fruit de la société bourgeoise qui divise de mille manières les prolétaires, les divisions nationales et « raciales » étant peut-être les plus difficiles à surmonter en raison de l’esprit de supériorité nationale diffusé en permanence et à tous les niveaux par les organes de la bourgeoisie. Il est consciemment utilisé pour affaiblir le prolétariat.

La lutte contre le racisme ne peut avoir une quelconque efficacité si elle ne se base pas sur une orientation anti-bourgeoise ; quand elle est menée à l’inverse au nom de la démocratie, elle ne sert qu’à stériliser les énergies disposées à la lutte, comme le démontrent les grandes luttes d’hier («marches pour l’égalité », etc.) et celles d’aujourd’hui. Redorant le blason des organisations collaborationnistes ennemies de l’émancipation ouvrière, préconisant des actions interclassistes avec des secteurs bourgeois, avançant des objectifs illusoires de démocratisation de la société, l’anti-racisme démocratique n’est pas seulement une diversion et une impasse ; il constitue un obstacle à la lutte et à l’organisation prolétarienne de classe.

On le voit avec l’initiative de Bagayoko : il appelait à un « rassemblement citoyen » contre « le racisme, les discriminations et la haine de l’autre » et pour « défendre la République et ses valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité » (3).

La devise « liberté, égalité, fraternité » a sans doute joué un rôle dans le cadre de la révolution bourgeoise contre l’Ancien régime féodal. Mais, depuis, elle ne sert qu’à camoufler la réalité des valeurs bourgeoises : oppression, exploitation, répression que la République française bourgeoise et impérialiste a mis en œuvre tout au long de sa sanglante histoire contre les prolétaires de France et d’ailleurs, et contre les populations colonisées et esclavagisées. Appeler à défendre la République, c’est appeler à défendre une forme de la domination bourgeoise contre une autre qui serait autoritaire et raciste – comme si le racisme n’était pas produit et utilisé précisément par cette domination, qu’elle soit « républicaine » ou non ! C’est non seulement détourner l’attention de la cause réelle, institutionnelle, de l’oppression raciste et empêcher donc une lutte véritable contre elle, et renforcer en définitive le racisme d’Etat.

La lutte contre le racisme exige au contraire qu’elle soit menée sur des orientations clairement anti-capitalistes, par des méthodes non pas « citoyennes » et électorales, mais par des méthodes de classe pour la défense des intérêts prolétariens. Cela implique une rupture nette avec les positions de Bagayoko et de LFI, qui comme tous les réformistes, font obstacle à toute position de classe.

 

LE SUIVISME OPPORTUNISTE DE «REVOLUTION PERMANENTE»

 

Ce n’est évidemment pas la voie suivie par les groupes d’ « extrême » gauche, qui n’ont de révolutionnaires ou de marxistes que le nom : ils ont participé à l’opération politique de Bagayoko, qui, sous couvert de lutte anti-raciste, était un soutien à LFI.

Lutte Ouvrière, qui avait dépêché Nathalie Arthaud au rassemblement de Saint-Denis, s’est ainsi contentée de « regretter que les orateurs, dont Bagayoko lui-même, aient choisi de situer leurs interventions sur un plan nationaliste » que la solution serait le vote LFI à la présidentielle et qu’ils aient conclu par le chant de la Marseillaise (4). Une organisation véritablement communiste et ouvrière n’aurait pas « regretté » ces discours, elle les aurait dénoncés et combattus : mais, suivisme oblige, LO ne s’oppose jamais ouvertement aux partis et aux grandes organisations réformistes à l’ombre desquelles elle vit.

Cependant, c’est Révolution Permanente qui a fait la preuve d’un total suivisme opportuniste par rapport aux positions de Bagayoko et de LFI. RP avait déjà repris sur son site sans faire le moindre commentaire, l’appel à la défense de la république et de ses valeurs – appel rejoint par un ensemble d’organisations politiques (LFI PCF, Verts...) syndicales (CGT, Solidaires, FO...) et associatives (MRAP, SOS Racisme...) (5) : elle écrivait qu’il fallait « se mobiliser pour opposer un large front face aux attaques racistes l’extrême droite et au gouvernement qui lui pave la voie». Elle précisait toutefois – c’est bien le moins! – que la mobilisation « devra être clair sur le fait que ni la macronie, ni la gauche bourgeoise ne peuvent être des alliés dans ce combat » (le ministre de l’Intérieur, le Premier ministre et d’autres personnalités de la majorité macroniste ayant condamné les propos racistes contre le maire LFI). Son compte-rendu du rassemblement où étaient présents deux de ses dirigeant(e)s (l’avoctate Elsa Marcel, élue à la municipalité de Saint-Denis sur une liste concurrente de celle de LFI, et Anasse Kazib, le porte-parole de RP), n’émet même pas un « regret » sur l’orientation des discours et sur le chant de la Marseillaise : il n’en parle pas ! Par contre il cite approbativement le slogan « Siamo tutti antifacisti ! » (nous sommes tous antifascistes!) scandé par la foule (6) ; ce slogan illustre bien les travers de cet « anti-fascisme démocratique » : la cause des attaques contre les prolétaires ne serait pas le capitalisme mais un supposé fascisme, contre lequel il faudrait l’unité de tous, au-delà des différences de classe et autres. Bagayoko a ainsi appelé « tous les antifascistes » à une prochaine marche, « perspective couplée à une démarche sur le terrain institutionnel  (…)  contre l’extrême droite et le racisme ». L’extrême droite incarnerait donc seule le racisme...

Si RP n’exprime aucune critique à cette orientation « antifasciste », c’est parce qu’elle la partage ; lors d’un meeting électoral à Saint-Denis le 16/2 elle s’adressait «aux organisations du mouvement ouvrier, de la gauche, du mouvement social» pour «faire front » contre les attaques de groupes néo-nazis ; lors d’un conseil municipal le 4/4; Elsa Marcel appelait à la construction d’un « front de résistance des organisations politiques, associatives et syndicales contre l’extrême droite » : l’unité avec les réformistes, voilà quelle est l’orientation des « révolutionnaires » de RP!

Que peut-on attendre d’un front des organisations collaborationnistes, adversaires déclarées de la lutte de classe véritable, de tout ce qui pourrait mettre en péril le capitalisme ? RP démontre une fois de plus que les critiques des organisations réformistes ne sont pour elle que le moyen employé pour gagner de l’influence auprès des éléments qui tendent à rompre avec les appareils et partis qui paralysent le prolétariat. Aux moments importants pour elle –par exemple quand elle entend s’implanter dans une ville sur la base d’un sore électoral (7) – elle met de côté ses critiques et se rallie à ces organisations, en ramenant dans leur sillage ceux qui s’en étaient écartés.

Une lutte réelle contre le racisme ne peut se mener dans le cadre d’un front avec les organisations qui sabotent les luttes, qui diffusent les illusions électoralistes et les mensonges démocratiques et qui défendent l’Etat bourgeois. Elle ne peut se mener que sur des orientations de classe, indépendamment des forces bourgeoises et de leurs valets réformistes, pour la défense exclusive des intérêts prolétariens.

 

• Travailleurs français immigrés, solidarité !

• Contre les expulsions, Régularisation de tous les sans-papiers !

• Pour la lutte et l’organisation de classe contre le capitalisme et la république bourgeoise !

 


 

(1) Selon un document du département datant de 2019; https://ressources.seinesaintdenis.fr/IMG/pdf/decryp tage_s_v7.pdf

(2) https://www.franceinfo.fr/replay-radio/le-vrai-du-faux/135-nationalites-a-saint-denis-dont-une-qui-a-quasiment-disparue_1800303.html

(3) https://www.revolutionpermanente.fr/4-avril-a-Saint-Denis-contre-l-extreme-droite-et-le-racisme-riposte-ouvriere-et-populaire

(4) https://www.lutte-ouvriere.org/journal/article/saint-denis-milliers-contre-racisme-193359.html

(5) Le communiqué de ces organisations invoque la déclaration des droits de l’homme, les constitutions de 1945 et 1958 (!) pour conclure: « L’élection de ces maires est la concrétisation de cette promesse républicaine d’égalité». Amen...

(6) https://www.revolutionperma nente.fr/Saint-Denis-un-rassemblement-massif-contre-le-racisme-et-l-extreme-droite

(7) RP, qui veut faire de Saint-Denis un Minneapolis français, avait mobilisé une centaine de militants au rassemblement, selon ses dires. Mais pour s’implanter, elle a choisi le suivisme par rapport à Bagayoko et à LFI : pas question de risquer l’impopularité en s’opposant à leur défense de la république !

 

 

Parti Communiste International

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