« Marxistes-léninistes » :

Réactions pacifistes et social-chauvines au militarisme (2)

(«le prolétaire»; N° 562; juillet - Septembre 2026 )

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Nous poursuivons ici notre analyse des positions sur le militarisme des différents groupes de « gauche » ou d’« extrême gauche » débutée dans le n°560 du Prolétaire (1). Prétendument plus radicaux que les partis ouvertement réformistes comme le PCF ou LFI, les partis et groupes dits « marxistes-léninistes » (c’est-à-dire issus de la décomposition du stalinisme et de ses appareils) barbotent en réalité dans la même boue réformiste, démocrate petite-bourgeoise et social-chauvine. Loin de représenter une force capable de s’opposer à la guerre impérialiste et de la transformer, le cas échéant, en guerre civile pour la conquête de la dictature prolétarienne, ces organisations qui se disent « révolutionnaires » freinent objectivement la reprise de la lutte des classes, en abreuvant les prolétaires de mots d’ordres pacifistes et collaborationnistes.

 

LA DÉFENSE DES « BLOCS » SOUS COUVERT D’ANTI-IMPÉRIALISME

 

La plupart de ces groupes communient dans la falsification la plus éhontée de toute la théorie marxiste de l’impérialisme. En faisant de l’« impérialisme » une simple manière de désigner l’impérialisme actuellement dominant au niveau mondial, l’impérialisme états-unien, ou même, plus généralement, l’impérialisme occidental, ces groupes en viennent à présenter les États capitalistes opposés à l’« Occident », au « bloc euro-atlantique », à l’OTAN, etc., non seulement comme n’étant pas des nations impérialistes, mais encore comme des nations « anti-impérialistes » ! Puisque les États occidentaux sont « l’impérialisme », tous les États capitalistes dont les intérêts économiques et politiques sont directement contraires aux intérêts du « bloc occidental » sont donc, « logiquement », des États « anti-impérialistes », puisque s’opposant aux intérêts de l’« impérialisme » ainsi défini : quand bien même cette opposition se fait en fait pour des motifs purement bourgeois, purement impérialistes ! Cette position absurde, anti-marxiste et réactionnaire sur toute la ligne, conduit nécessairement ces groupes à la soumission la plus complète aux intérêts d’États purement bourgeois et anti-prolétariens, pourvu que ceux-ci soient vaguement anti-américains. Ce fait est complètement revendiqué par l’Union pour la Reconstruction Communiste (URC), issu en 2024 d’une fusion de l’ANC (Association Nationale des Communistes) et du RC (Rassemblement Communiste), qui affirme d’emblée que la « responsabilité communiste est le soutien net et ouvert à tout [sic!] ce qui affaiblit l’hégémonisme impérialiste étatsunien quand bien même ce « tout » serait parcouru de contradictions, d’insuffisances, de compromis, de positions partielles [sic] erronées, etc. Comme nous l’avons dit plus haut avec Lénine : « Quiconque attend une révolution sociale « pure » ne vivra jamais assez longtemps pour la voir. Il n’est qu’un révolutionnaire en paroles qui ne comprend rien à ce qu’est une véritable révolution ». »

Lénine disait au début de L’État et la révolution que le « privilège » malheureux des figures du marxisme révolutionnaire était d’être changées après leur mort en « icônes inoffensives » pour la bourgeoisie et ses serviteurs. Ces derniers tentent en permanence d’en émousser le tranchant révolutionnaire afin de les accommoder à la poursuite de fins intégralement bourgeoises : ici le renforcement d’un « bloc » impérialiste au détriment d’un autre, l’impérialisme étatsunien. C’est ainsi que les supplétifs de l’impérialisme déguisés en prétendus « marxistes » comme l’URC font usage de Lénine. On lit également cette véritable profession de foi révisionniste :

« À la période de recul consécutive à la destruction de l’URSS succède aujourd’hui une séquence marquée par la contradiction antagoniste entre le système impérialiste mondial sous hégémonie états-unienne et un monde multipolaire s’affirmant de plus en plus nettement. Cette contradiction antagoniste n’est rien d’autre que la forme contemporaine du mot d’ordre formulé par Lénine au début du siècle précédent : « Prolétaire de tous les pays, peuples opprimés unissez-vous ». »

Cette déclaration, absolument monstrueuse, qui oppose le « système impérialiste mondial » incarné par l’impérialisme étatsunien, et un soi-disant « monde multipolaire » représenté par les États bourgeois opposés à la domination occidentale, garants de la « paix », de la « démocratie mondiale », de la coexistence « pacifique » et de la croissance capitaliste « harmonieuse », est un reniement complet de tout l’enseignement et de toute la pratique marxiste concernant l’impérialisme. C’est la même position qui est défendue par le Pôle de Renaissance Communiste en France (PRCF) lorsqu’il oppose le « monde pacifique » à l’« Europe atlantiste » et les USA. Le PRCF présente ainsi la guerre actuelle en Iran comme le « front mondial avancé de la confrontation globale entre, d’une part, les BRICS (et derrière eux l’ensemble des peuples en quête de souveraineté) et d’autre part l’Axe euro-israélo-atlantiste ».

Contrairement à ce que racontent les staliniens, à l’époque de l’impérialisme comme « stade suprême du capitalisme » (Lénine, 1916), le « système impérialiste mondial » n’est en réalité pas autre chose que le système capitaliste lui-même, parvenu à sa phase sénile terminale, prélude immédiat à la révolution prolétarienne, à l’instauration violente du communisme. Partout où le capitalisme s’est développé, partout où les rapports bourgeois de production ont liquidé les rapports féodaux (et, à l’heure actuelle, il n’y a pas un endroit sur le globe où cette tâche n’a pas été réalisée pour les différents États bourgeois), c’est bien la révolution prolétarienne pure qui est à l’ordre du jour, au sens où celle-ci sera nécessairement dirigée par le parti unique du prolétariat, poursuivant ses tâches intégralement prolétariennes, intégralement contraires aux intérêts de la bourgeoisie dans son ensemble (ce qui n’était pas encore le cas dans le cycle des révolutions « doubles », c’est-à-dire anticoloniales ou anti-féodales). L’impérialisme comme stade actuel caractérisé par le partage du monde (qu’il soit direct ou par zones d’influences) entre grandes puissances impérialistes, par la domination des monopoles et du capital financier, qui n’a rien d’autre à offrir à l’humanité que la guerre et le pillage, rend absolument nécessaire la division du monde entre impérialismes « dominants » et impérialismes « dominés » ou de seconde zone. Le destin des impérialismes dominés est toujours de supplanter (ou, du moins, de chercher à le faire, notamment en redoublant toujours plus de brutalité dans l’exploitation de « leur » prolétariat) les impérialismes dominants, afin de les remplacer comme impérialisme dominant, que ce soit au niveau régional ou, à terme, au niveau mondial.

Il en va ainsi, non pas en raison de la personnalité de tels ou tels dirigeants bourgeois (que les idéalistes et les réformistes de toutes eaux présentent comme des « fauteurs de guerre » ou au contraire comme des « partisans de la paix »!), mais des caractéristiques du mode de production capitaliste lui-même. Celui-ci est en effet caractérisé par l’appropriation marchande privée et la concurrence impitoyable que se livrent les États bourgeois aux intérêts nécessairement contradictoires… quand bien même ceux-là se rassembleraient hypocritement dans des « coalition » « multipolaires » opposant à la logique « hégémoniste » de la domination brutale l’idée d’un « développement pacifique » de l’impérialisme (le fameux « heping fazhan » de la Chine de Xi Jinping, remplaçant l’« ascension pacifique » ou « heping jueqi » de Hu Jintao) !

Toutes ces déclarations ronflantes, typiquement utopistes et petites-bourgeoises, par lesquelles les classes dirigeantes cherchent à camoufler la brutalité de leurs ambitions impérialistes (la « nouvelle ère de coopération » russo-africaine, la « coopération mutuellement avantageuse » ou « gagnant-gagnant » chinoise, etc.) sont bien évidemment pris pour argent comptant par les différents débris de la contre-révolution stalinienne. De banalement bourgeois et hypocrites, ces discours deviennent archi-réactionnaires lorsqu’ils sont repris en chœur par les faux communistes mais véritables avilisseurs du marxisme que sont les staliniens : non seulement parce qu’ils prétendent possible de revenir au stade définitivement dépassé du capitalisme pré-impérialisme de « libre concurrence », mais encore parce qu’ils jettent le prolétariat dans les bras d’État bourgeois repeints en États « progressistes », « anti-impérialistes » (voire carrément « rouges » ou « socialistes » : les pays de l’ALBA comme Cuba ou le Venezuela, la Chine, le Vietnam, la Corée du Nord…), au nom de la défense de la « démocratie », « de la souveraineté » et de l’« antifascisme ».

C’est au nom de ce même « anti-impérialisme » et « antifascisme » que le PRCF et l’URC ont défendu l’agression impérialiste russe de l’Ukraine (« nazifiée » pour l’URC, « pronazie » pour le PRCF), que l’URC est allée jusqu’à qualifier de « guerre juste » (« C’est l’encerclement de la Russie par l’OTAN prélude à sa balkanisation qui a conduit celle-ci à déclencher une guerre juste de défense nationale en Ukraine ») !

Il va sans dire que la totalité de ces groupes se sont évidemment retrouvés dans la défense de l’État bourgeois cubain et de la « république bolivarienne » suite à l’agression étatsunienne et à l’enlèvement de Maduro. Même les partis les plus ouvertement opposés au PSUV ont demandé au prolétariat vénézuélien de serrer les rangs derrière l’État bourgeois au nom des intérêts supérieurs de la patrie (ainsi, le Parti Communiste Révolutionnaire de France, le PCRF (2) a appelé le « peuple-travailleur » à la « défense de [la] souveraineté » du Venezuela et à poursuivre la voie de l’« indépendance totale, lui conférant les forces de son propre développement [capitaliste, évidemment!] et de sa défense ». En février, le PCRF a également apporté son soutien au « peuple iranien » suite à l’agression impérialiste israëlienne et étatsunienne, lequel « peuple iranien » était présenté comme le « seul a [avoir] le pouvoir de décider en toute indépendance de l’avenir de ses intérêts et de ses luttes de classes [sic] » ! Peut-être faudrait-il nous dire ce que la défense de l’« indépendance » du « peuple » a à voir avec la lutte des classes, non du « peuple », mais du prolétariat ? En se déclarant « solidaire de toute initiative de résistance populaire prenant forme dans les nouveaux développements de la région », le PCRF a de fait acquiescé à la « défense nationale » de la République islamique, même si cet accord s’est fait de façon plus discrète que chez ses « frères ennemis » de l’URC et du PRCF.

La défense de la « souveraineté bafouée » et de l’« union sacrée » autour du gouvernement « anti-impérialiste » (dirigeant de facto du prétendu « Axe de la Résistance ») s’impose au détriment de toute considération visant à défendre l’orientation indépendante de la lutte des classes du prolétariat iranien, qui venait de subir la répression bestiale des Pasdaran (autour de 30 000 morts et 350 000 blessés selon les estimations actuelles). Avant même l’agression sioniste et étatsunienne, au beau milieu des massacres au terme desquels l’ordre bourgeois a été restauré dans le sang, l’URC ne trouvait rien de mieux à faire en janvier que de faire remarquer le rôle « objectivement » « anti-impérialiste » de la classe dirigeante iranienne.

« Sous la République islamique comme sous les Pahlavi, les militants ouvriers sont traqués, torturés et parfois condamnés à mort. La classe ouvrière iranienne, qui avait été pourtant motrice de la chute de la monarchie en 1979, est privée de ses droits démocratiques les plus fondamentaux, notamment en ce qui concerne les libertés syndicales et les droits des femmes. La République islamique a également poursuivi la politique de répression des minorités ethniques et linguistiques. Pour autant [sic!!], il est impossible d’ignorer que le régime issu de la tentative révolutionnaire de 1979 [re-sic!] est actuellement l’un des obstacles à l’hégémonie de l’impérialisme occidental en Asie occidentale et centrale. L’Iran est ainsi un des principaux soutiens des mouvements de résistance au Yémen, au Liban et bien sûr en Palestine. »

Comme ils le déclarent juste après, pour eux, « l’internationalisme n’est pas une morale abstraite » ! En effet…

Après l’agression de l’Iran, le PRCF a affirmé son plein et entier soutien à l’« Iran souverain », ainsi qu’à l’ensemble des « mouvements ouvriers » … pourvu que ceux-ci soient « patriotiques » (« opposition patriotique [sic !] à la République islamique »), qu’ils participent pleinement à la « défense nationale », qu’ils ne menacent pas le « développement industriel » du capital iranien et sa place au sein des BRICS :

« Encore faut-il que ces justes aspirations démocratiques du peuple ne servent pas de prétexte grossier à l’ingérence états-unienne visant à briser le positionnement indépendant de Téhéran sur la scène internationale, à couper ce pays de son juste soutien à la cause palestinienne, à empêcher l’Iran de se doter du nucléaire civil indispensable à son développement industriel [!!!], à s’écarter du mouvement contre-hégémonique des BRICS et à refaire main basse, au profit d’Exxon et de la Standard Oil, sur les hydrocarbures iraniens comme rêve ouvertement de le faire Trump. »

Autant dire : à la condition que ces mouvements « prolétariens » se vident de tout contenu prolétarien, qu’ils se jettent dans les bras de leurs exploiteurs et qu’ils ne menacent en rien les intérêts du capital !

(Série à suivre)

 


 

(1) Voir « le prolétaire » n° 560; janvier-mars 2026 : « LFI : Réactions pacifistes et social-chauvines au militarisme (1) », https://www.pcint.org/ 03_LP/560/ 560_05_LFI-militarisme.htm.

(2) Voir « le prolétaire » n° 522; novembre-décembre 2016 / janvier 2017 : «  PRC - PRCF – PCRF : Les frères ennemis du national-réformisme », https://www.pcint.org/ 03_LP/522/522_freres-ennemis.htm.

 

 

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