À propos du 54e congrès de la CGT

(«le prolétaire»; N° 562; juillet - Septembre 2026 )

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Le 54e congrès de la CGT s’est tenu du 1er au 5 juin à Tours. Cet évènement ne fait que confirmer ce que nous savons déjà sur la nature grossièrement collaborationniste de la CGT, sur le fait qu’elle constitue, depuis longtemps, un obstacle sur le chemin du retour de la lutte de classe prolétarienne. C’est d’autant plus vrai que ce dernier congrès a pu se dérouler dans une ambiance relativement pacifiée et unanime par rapport au précédent, puisque le 53e avait été caractérisé par le chahutage d’une « opposition » qui proclamait volontiers son caractère « radical » mais dont la surenchère dans le verbiage « révolutionnaire » ne pouvait tromper que les badauds. De toute évidence, la direction sortante avait pris un certain nombre de dispositions pour ne pas réitérer l’expérience et risquer de faire mauvaise impression devant les caméras des médias bourgeois (amendements déposés et sélectionnés à l’avance, contrôle sur les micros, etc.).

Ce dernier 54e congrès, que la direction voulait « apaisé » (c’est-à-dire insipide et aseptisé) a été une nouvelle démonstration en acte de l’enfoncement de l’ancienne centrale syndicale prolétarienne dans des logiques et des manières de faire toujours plus ouvertement réformistes, gestionnaires et institutionnalisées, en deux mots : collaborationnistes et contre-révolutionnaires. Sophie Binet avait donné le ton lors de son discours d’ouverture : « Pas question de reproduire entre nous les logiques de disqualification que nous combattons à l’extérieur. Il n’y a pas de « traître » ou de « gauchiste » dans cette salle, rien que des camarades ! » Comme Binet l’avoue elle-même, il est bien vrai que la CGT a abandonné toute « logique de disqualification » « à l’extérieur », c’est-à-dire toute lutte politique et idéologique contre l’ennemi de classe, contre la bourgeoisie et ses serviteurs. Comme il n’y a « à l’extérieur » du syndicat que des simples interlocuteurs, des « partenaires sociaux », il est logique qu’il n’y ait, dans ses propres rangs, « que des camarades », et aucun agent de la bourgeoisie !

Témoignent de cette dégénérescence, entre autres, la pratique typiquement petite-bourgeoise des « tables rondes » auxquels les délégués étaient invités à assister bien sagement (l’économiste Gabriel Zucman y pontifiait sur une meilleure « répartition des richesses »…), mais également la présence des principaux représentants des partis bourgeois de gauche (Olivier Faure pour le PS, Marine Tondelier pour Les Écologistes, Manuel Bompard pour LFI, Fabien Roussel pour le PCF…) ; les directions des différents syndicats et confédérations de l’intersyndicale, dont Marylise Léon, la secrétaire générale de la Confédération sœur ennemie, la CFDT. L’objectif affiché dans le document d’orientation (adopté à 74,7 % des voix, 81,4 % pour le rapport d’activité) était bien entendu de raviver les souvenirs de l’intersyndicale lors de la réforme des retraites de 2023 ainsi que du Nouveau Front populaire des élections législatives de juin 2024. C’est une des caractéristiques de l’opportunisme que de ne reculer devant aucune infamie lorsqu’il s’agit de camoufler des échecs catastrophiques en triomphes éclatants. Alors que l’intersyndicale, CGT en tête, a tout fait pour freiner le mouvement des quatre fers afin de faire gagner du temps à la bourgeoisie et de canaliser la lutte en direction du parlementarisme et du recours au Conseil constitutionnel, Sophie Binet a pu présenter, sans rire, la CGT comme le triomphateur et le fossoyeur des gouvernements Macron ! En réalité, si la CGT est bien le fossoyeur de quelque chose, c’est bien de l’indépendance de classe et de l’énergie de lutte du prolétariat, qu’elle dilapide allègement et qu’elle mène dans le mur chaque fois qu’elle en a l’occasion – ce pour quoi elle est d’ailleurs payée, elle qui ne parvient à survivre que grâce à l’aide des subsides de l’État bourgeois.

Les sempiternels appels de la direction en faveur de l’« unité » et du « rassemblement » doivent être compris en ce sens : comme des appels, non à l’unité syndicale prolétarienne sur des bases de classe, pour la défense exclusive des intérêts prolétariens dans la perspective du renversement violent du capitalisme, mais au contraire à l’unification du prolétariat derrière ses propres ennemis de classe, qu’ils soient politiques ou syndicaux, ou, ce qui revient au même, à l’unification contre le prolétariat des organisations collaborationnistes et bourgeoises, pourvu que ces dernières soient vaguement contre le « patronat » et l’« extrême droite ». Il était donc parfaitement logique qu’un des principaux « résultats » du 54e congrès soit un banal ralliement de la CGT aux partis de gauche en vue des élections présidentielles à venir, qu’elle se propose d’« interpeller » pour mener la « bataille des idées »… en bref, de faire du lobbying en faveur de la « solidarité », de la « défense des services publics », de la taxation des patrimoines, de la hausse des salaires, etc. Tout cela illustre le fait que la CGT est devenue une des principales voitures-balais du réformisme bourgeois, qu’elle n’est plus un instrument de la classe, mais l’instrument du maintien de l’emprise opportuniste sur la classe, comme en témoignent encore ses récentes prises de position en faveur d’un protectionnisme européen (1) ou de la défense nationale et du réarmement dans le contexte de la marche à la guerre impérialiste (2).

 


 

(1) « Projet de document d’orientation pour le 54e congrès », cgt.fr : « L’élection de Trump oblige à des clarifications. Il faut utiliser ce moment pour exiger des changements en profondeur du système, à commencer par l’organisation du commerce international. Ni libre échange ni guerre commerciale, nous voulons un juste échange qui module les droits de douane en fonction des normes sociales, environnementales et fiscales et met fin à la mise en concurrence internationale du travail. »

(2) « A qui profite la guerre ? », 22/09/2025, cgt.fr : « Sortie d’une logique de marché pour la fabrication des armes afin de planifier la production selon les besoins réels du pays et des populations. Développement des filières industrielles intégrées (énergie, infrastructures, transition écologique, numérique) afin de réduire les dépendances extérieures stratégiques. […] [Pour] un pôle public national de la défense. Structure publique unique, financée par l’impôt, intégrant les activités strictement essentielles aux prérogatives de la défense nationale garantissant la souveraineté de la France. »

 

 

Parti Communiste International

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