Note de clarification politique ( ou note rectificative ) sur l'article « Crise et révolution »
(«programme communiste»; N° 62; Mars-Avril-Mai 1974)
Cet éditorial de Programme Communiste n° 62 (mars 1974) traduit ensuite sur Il programma comunista n° 14 (juillet 1974), exprime une déviation trotskyste qui le place en dehors de la ligne marxiste correcte. A ce propos nous ne pouvons que nous référer à la note rectificative au n° 57 de Programme Communiste consacrée au trotskysme, dont voici les premiers paragraphes :
« Ce n°, consacré à une critique du «Trotskysme» a été retiré de la vente peu après sa parution ; les erreurs qu’il contenait l’empêchaient d’être une critique solide du mouvement trotskyste, en en faisant un élément non de clarification, mais de confusion (…).
L’erreur initiale de ce n° est de faire comme s’il existait une théorie, un programme ou au moins une orientation organique et unitaire, le « trotskysme historique », qui aurait existé depuis les premières activités politiques de Trotsky au début du vingtième siècle, et qui caractériserait encore les divers groupes trotskystes actuels.
En réalité le «trotskysme» a été une invention polémique du groupe dirigeant le parti russe et l’Internationale après la mort de Lénine, pour discréditer les critiques de Trotsky contre la politique suivie tant au plan national qu’international. Bordiga écrivait dans «La question Trotsky» (1925), qu’on ne peut mettre un signe égal entre l’activité de Trotsky avant la révolution, qui se situait plutôt à droite, et celle d’alors où elle se situe à gauche, sans compter la période de la révolution et de la guerre civile où Trotsky fit montre de la plus grande cohérence politique marxiste. Si dans la dernière période de son activité politique, dans sa lutte contre les ravages du stalinisme, Trotsky commit de lourdes fautes, celles-ci étaient en fait la forme aggravée par la pression d’une situation terriblement contre-révolutionnaire, des erreurs commises par l’Internationale, et non le résultat d’un «trotskysme» sui generis. La méthode utilisée dans le n° 57 est en contradiction avec la méthode matérialiste et historique suivie dans les divers textes du parti, comme par exemple «Bilan d’une révolution» (Programme Communiste n° 40-41-42, octobre 1967 - juin 1968) ; c’est la raison pour laquelle non seulement elle ne permet pas d’expliquer la trajectoire contradictoire d’un militant «parmi les plus dignes d’être à la tête du parti révolutionnaire» (Bordiga, ibidem) et qui est capable d’écrire des pages marxistes jusque dans ses plus mauvais textes, mais elle ne permet pas non plus de tirer tous les enseignements de cette période de défaite prolétarienne et de réaction bourgeoise déchaînée.
D’autre part, s’il y a évidemment un lien entre les positions fausses prises par ce dernier dans les années trente et l’abandon des orientations de classe par le mouvement trotskyste après la deuxième guerre mondiale, il est politiquement erroné de faire de ce dernier le simple héritier du premier; les trotskystes ont dû rompre avec le Trotsky marxiste et révolutionnaire pour devenir, sous la pression de forces liées à la conservation sociale, ce qu’ils sont irrémédiablement devenus : des flancs-gardes du réformisme contre-révolutionnaire. »
Dans l’article «Crise et révolution», on se réfère à un article de Trotsky du 4 juin 1935 («Rosa Luxemburg et la Quatrième Internationale» www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/06/rosaquatre.htm ) où il est dit, en commémorant la grande révolutionnaire :
« Quelles forces les masses travailleuses de tous les pays civilisés ou semi-civilisés n’ont-elles pas dépensées, quelle abnégation n’ont-elles pas montrée depuis le début de la guerre mondiale ! On ne peut pas en trouver un seul précédent dans toute l’histoire de l’humanité.
Dans cette mesure, Rosa Luxembourg avait parfaitement raison contre les philistins, les caporaux et les imbéciles de la bureaucratie conservatrice qui, « couronnés de victoires », continuaient leur petit bonhomme de chemin. Mais c’est justement le gaspillage de ces immenses énergies qui a créé un terrain favorable à la grande dépression qui s’est produite au sein du prolétariat ( ... ). On peut dire sans aucune exagération que la situation mondiale est déterminée par la crise de direction du prolétariat. Le chemin du mouvement ouvrier est encore encombré par l’amas de ruines des vieilles organisations banqueroutières. Après des sacrifices innombrables, des déceptions incessantes, le prolétariat européen, au moins dans une grande partie, s’est replié sur lui-même.»
En commentaire de cette citation, au lieu d’une critique de la thèse de la crise de direction du prolétariat, on trouve ceci dans l’article :
«Nous devons avoir le courage de reconnaître que, quarante ans plus tard, il en va de même et que, quelles que soient l’ampleur et la profondeur de la crise du monde capitaliste, elle est loin d’égaler celle de la direction politique du mouvement ouvrier qui, aujourd’hui, n’affecte pas seulement « une grande partie », mais l’écrasante majorité du prolétariat, et qui pèse lourdement sur les perspectives de dénouement de la crise économique en crise sociale profonde et en affrontement entre les classes.»
Sur Il programma comunista, cet article accompagné d’un texte de Trotsky sur la crise de direction du prolétariat était chapeauté d’une prémisse bizarrement signée «La rédaction d’Il programma comunista» (comme si la rédaction était devenue un corps distinct du reste du parti) :
« La question de la direction reste pour nous ouverte, en ce sens qu’elle reste à construire, même en la considérant uniquement comme le noyau initial du nouveau Parti communiste mondial. Mais il est certain qu’on ne contribue pas à sa résolution en l’ignorant, ou en confondant le déterminisme avec le fatalisme ».
Et, après avoir exposé une série d’arguments visant à expliquer en quoi consiste la critique déterministe contre le fatalisme, la prémisse concluait :
« Comment œuvrer pour rassembler les éléments essentiels d’un parti révolutionnaire, former les cadres de base, dotés d’un véritable style de travail communiste et d’une orientation stratégique et tactique précise, les plonger au cœur des luttes ouvrières avec des revendications claires, immédiates, intermédiaires et transitoires, en faire un point de référence vers lequel les ouvriers puissent se tourner avec confiance, voilà quelques questions fondamentales qui ne peuvent trouver de réponse qu’après une pleine compréhension de toute la signification, de la portée et des implications de la “crise de direction”.»
Pour Trotsky dans les années trente La période restait objectivement révolutionnaire, les seuls obstacles étant de nature subjective : la démoralisation des masses prolétariennes, à la suite d’une série continue de défaites dues à la politique erronée des partis communistes, et leur confiance persistante, malgré tout, envers les partis ouvriers traditionnels. Trotsky résumait de manière frappante cette analyse qui était au cœur de son action, non seulement au moment de la fondation de sa «IVe Internationale», mais durant les années précédentes avec sa formule «la crise historique de l’humanité se réduit à la crise de la direction révolutionnaire».
Cette conception refusait de voir la puissance des déterminations matérielles qui étaient à la base de la victoire de la contre-révolution; elle refusait de voir la profondeur de cette contre-révolution. Pour elle, au contraire, il suffisait d’une tactique habile, de manœuvres audacieuses, d’un activisme débridé pour renverser le cours de la situation, être reconnu par la classe ouvrière comme la véritable direction révolutionnaire en lieu et place des usurpateurs staliniens, et assurer la victoire révolutionnaire. Et comme le temps pressait et que la classe tardait à ouvrir les yeux, Trotsky ordonnait à ses partisans les virages tactiques les plus abrupts et les plus soudains, les manœuvres les plus critiquables, désarçonnant à chaque fois une partie d’entre eux, tout en éduquant une autre catégorie dans l’idée que la recherche par n’importe quel moyen du succès immédiat prime sur la fidélité aux principes et au programme communistes.
Notre parti, fondé en 1952 sur des bases programmatiques homogènes, réaffirmées par le travail de restauration de la doctrine marxiste et par le bilan de la contre-révolution – travail qu’aucun autre groupe politique, pas même Trotsky, n’avait eu la force, la possibilité ou la capacité d’accomplir –, était balayé d’une phrase brutale articulée autour d’un concept : la « crise de direction » – dont souffrirait le prolétariat mondial à cause… d’un parti qui n’existe pas.
Comment un texte de ce genre a-t-il pu être publié dans le journal du parti, habituellement contrôlé par le Centre ?
Il serait ridicule de répondre qu’il s’agit d’une « erreur ». Les contradictions que la lutte politique fait émerger dans toutes les situations se forment au cours des luttes politiques précédentes et dans l’effort non seulement de clarifier toujours mieux la ligne politique à suivre dans chaque situation, mais aussi de la mettre en œuvre dans des situations qui évoluent en raison de rapports de force changeants. Les expériences mêmes que les militants apportent avec eux lorsqu’ils rejoignent le parti et y adhèrent ne sont pas seulement conceptuelles et idéales, mais aussi pratiques et concrètes ; elles constituent un poids, un « précédent », souvent caché, qu’il n’est pas toujours possible de contrôler ou de surmonter. Ce sont ces contradictions qui ont joué en faveur des orientations erronées adoptées par les camarades qui ont rédigé et imprimé le n° 57 de Programme communiste, et qui, en 1974, ont publié (en profitant notamment de l’absence temporaire des camarades du Centre) ces articles en reprenant les écrits de Trotsky de 1934 et de 1940, qu’ils ont pris comme points de référence pour un « Parti communiste mondial » dont ils entendaient se présenter comme l’une des « composantes » d’un parti encore à constituer !
Bien loin de pouvoir avancer dans cette perspective les partisans de cette conception, après avoir quitté le parti, sont revenus à leurs anciennes positions trotskistes, avant de se perdre fatalement , les uns dans la vie privée, les autres dans l’adaptation au cirque démocratique parlementaire par le biais de Rifondazione Comunista.
28/06/2026
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