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Comment essayer de rayer un peuple de l’histoire: l’exemple palestinien

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Nous écrivions en 2025:

Avec la Seconde Guerre mondiale, la défaite des puissances de l’Axe et des entités étatiques arabes qui les soutenaient, ainsi que l’extermination des Juifs, les démocraties impérialistes victorieuses pour la deuxième fois sur les totalitarismes impérialistes n’ont fait qu’aggraver les conflits entre les populations du Moyen-Orient, en particulier en ce qui concerne la création d’Israël : de “foyer juif” il est devenu en 1948 un véritable État sur un territoire que les puissances impérialistes mondiales réunies au sein de l’ONU depuis 1945 auraient voulu diviser en deux États distincts, l’un palestinien et l’autre juif – ce qui ne s’est jamais produit. Il était évident que l’Angleterre, les États-Unis et la France se soient essentiellement rangés du côté de la population juive et non des populations arabes, au-delà des déclarations répétées sur les conflits israélo-arabes et sur les « deux peuples, deux États », depuis la constitution violente de l’État d’Israël qui a provoqué la première grande catastrophe (en arabe, al-Nakba) pour les Palestiniens, contraints de fuir au Liban et en Jordanie ; ni l’Angleterre, ni la France, ne sont intervenues pour empêcher l’exode forcé de 700 000 Palestiniens de leur terre occupée militairement par les Israéliens.

Un État juif convenait à toutes les puissances impérialistes, car il pouvait jouer pour elles le rôle de leur gendarme dans une région turbulente et difficile à gérer après son démembrement total ; et il apaisait la mauvaise conscience des démocraties impérialistes qui, bien que conscientes du sort réservé à des millions de Juifs dans les camps de concentration nazis, n’ont absolument rien fait pour mettre fin à cette extermination annoncée.

Ainsi, une fois la guerre terminée, les démocraties victorieuses ont favorisé la migration de centaines de milliers de Juifs européens de Pologne, d’Allemagne, de Russie (mettant ainsi en œuvre un gigantesque nettoyage ethnique en Europe centrale et orientale et se révélant, en réalité, les exécutants de la volonté nazie de mettre fin à la « question juive » dans cette partie de l’Europe), et même du Moyen-Orient lui-même, vers Israël, leur nouvelle patrie. Ainsi, l’impérialisme – sous des apparences formellement démocratiques ou non – espérait atténuer, voire pacifier, un Moyen-Orient qui s’annonçait plutôt comme une région où les conflits ethniques, religieux, politiques et économiques des peuples qui l’habitaient depuis toujours allaient se croiser, s’aggraver, avec les intérêts contradictoires des différentes puissances impérialistes. Entre-temps, au cours des décennies qui ont suivi 1948, Israël est devenu un pays capitaliste très avancé et avec des visées expansionnistes importantes, visées qui ne pouvaient se réaliser sans qu’il soumette d’abord l’ensemble de la population palestinienne afin qu’elle ne puisse en aucun cas nuire à l’intérêt de Tel-Aviv de s’approprier l’ensemble du territoire palestinien, même au prix de l’extermination de toute la population palestinienne, comme cela se produit à Gaza depuis plus de 600 jours (1).

Exterminer l’ensemble de la population palestinienne: c’est ce qu’Israël n’a jamais cessé d’essayer et qu’il a continué à faire de manière bien plus planifiée et féroce sous le prétexte de l’incursion du Hamas en octobre 2023 dans les kibboutz israéliens (au cours de laquelle 1 200 personnes ont été tuées et 250 autres prises en otage), en bombardant sans relâche toute la bande de Gaza et en incitant dans le même temps les colons sionistes à s’emparer d’autres terres palestiniennes en Cisjordanie en utilisant toute la force dont ils disposent sous la protection de l’armée israélienne.

Mais avant même ce fatidique 7 octobre 2023, Netanyahu, dans son discours à l’ONU du 22 septembre de la même année, avait déjà clairement défendu l’objectif d’Israël : étendre le territoire israélien du Jourdain à la Méditerranée (dans la perspective du « Nouveau Moyen-Orient »), y compris la Cisjordanie et Gaza, Jérusalem-Est et le plateau du Golan, comme point de départ d’un nouveau projet « de paix » (2).

C’est Trump lui-même qui a annoncé, lors d’une conférence de presse donnée aux côtés de Netanyahou le 5 février 2025 à la Maison Blanche, que ce plan avait son aval (3). Il prévoit le contrôle de la bande de Gaza par les États-Unis, qui en favoriseront le développement immobilier jusqu’à en faire une nouvelle «Riviera», qualifiée de « Côte d’Azur du Moyen-Orient ». Et les Palestiniens qui y vivent depuis toujours? Ils devront choisir une autre terre où aller car celle-ci ne sera plus la leur ; en attendant, ils sont massacrés par l’armée israélienne qui, en seize mois, d’octobre 2023 à janvier 2025, a détruit et endommagé plus de 60% des bâtiments, dont des hôpitaux et des écoles, et 92 % des habitations, obligeant les habitants à fuir se réfugier vers le bord de mer et vers des zones de la bande de Gaza, encore épargnées par les bombardements, mais qui n’étaient pas du tout sûres puisqu’elles ont été systématiquement bombardées au cours des mois suivants. La population civile a été soumise à un massacre continu, jour et nuit, affamée, dans le froid, sans médicaments. Des dizaines de milliers d’enfants ont été tués par les bombes et le froid, et on ignore quel est le nombre réel de morts palestiniens. Selon le Hamas, qui reste «l’autorité» à Gaza bien que 20 000 miliciens aient été tués, le nombre de morts depuis le 8 octobre 2023 s’élèverait à 71 800, et celui des blessés à plus de 171 000.

Mais sous les tonnes de décombres se trouvent sans aucun doute des dizaines de milliers d’autres morts, auxquels il faut ajouter les Palestiniens morts dans l’attente d’être évacués vers l’Égypte par le poste-frontière de Rafah, ainsi que les malades qui mourront avant d’avoir pu être transportés hors de Gaza. Israël ne s’est pas contenté de bombarder Gaza: il a systématiquement empêché des milliers de camions d’acheminer de la nourriture, de l’eau, des médicaments, des vêtements, des couvertures, du carburant, etc. vers le territoire et de les distribuer  à la population. Il existe, de la part de Tel-Aviv, un plan évident d’extermination de la population palestinienne, pleinement partagé par les États-Unis qui continuent d’approvisionner le gouvernement Netanyahou en armes, en dollars et de le soutenir politiquement  et diplomatiquement. Pendant ce temps, les deux compères planifient la nouvelle «Côte d’Azur du Moyen-Orient» pour les nantis de la planète.

Face à tout cela, quelle est la réaction de ce fameux berceau de la civilisation moderne, l’Europe? Le chancelier allemand Merz a résumé la pensée commune européenne : Israël fait le sale boulot à notre place; les différents Macron, Meloni et cie continuent de blablater sur les «deux peuples, deux États tout en soutenant le «droit» d’Israël – l’un des États les plus terroristes au monde – à «se défendre» contre le «terrorisme antisémite» palestinien, iranien, sunnite, chiite, etc., et tous les autres qualificatifs qui s’ajouteront au fil du temps, et ils continuent à commercer avec Tel-Aviv dans les domaines des technologies, de l’agroalimentaire et des armes. Malgré leurs mains tachées de sang, les dirigeants d’aujourd’hui comme ceux des d’hier ne cessent de répéter les écœurants discours sur la paix, la liberté, l’égalité des nations, le droit international et une centaine d’autres termes vides de tout sens, dans un obscène passage de relais, afin de faire prévaloir Sa Majesté le Capital en fonction de la puissance économique, financière et militaire de chaque participant au festin.

Bien sûr, comme pour tous les pays que les impérialistes ont détruits par la guerre, les gros entrepreneurs, soutenus par des projets issus des universités les plus renommées (y compris italiennes, semble-t-il) au service des puissants, se sont préparés à mettre la main sur un vaste territoire «libéré» à coups de bombes des habitants palestiniens récalcitrants. C’est le beau-frère de Trump, Jared Kushner, qui s’est chargé d’annoncer la nouvelle au monde entier, en présentant au Forum économique mondial de Davos en janvier dernier, véritable rassemblement des plus grands brigands de la Terre, une série de vues sur «l’avenir de Gaza», une entreprise ouvertement dirigée par les États-Unis par l’intermédiaire du milliardaire israélo-chypriote Yakir Gabay.

Il Fatto Quotidiano écrivait à ce sujet le 22 février dernier: « Sur le rendu, 180 gratte-ciel vertigineux flambant neufs s’élèvent sur le front de mer actuellement en ruines, avec la promesse d’un tourisme côtier d’élite, et d’opulentes “New Rafah”, “New Gaza” et “New Khan Younis” qui verront le jour d’ici deux ans à la place des camps de tentes actuels» (4). La perspective est donc de débarrasser Gaza de ses tonnes de décombres, et de tous ses habitants, pour faire place à ce nouveau tourisme côtier d’élite. Mais sous ces décombres se trouvent des milliers de cadavres… Pas de problème, les nouveaux propriétaires de Gaza ont prévu de faire table rase des décombres et de leur contenu, y compris les cadavres, en jetant le tout à la mer. C’est manifestement à cela que pensait Kushner lorsqu’il terminait sa présentation par cette phrase: «il y aura du travail et de la prospérité pour tous»

Face à cette immense tragédie, non seulement pour le peuple palestinien, mais pour l’humanité tout entière, car elle annonce que l’avenir que nous réservent les bourgeoisies impérialistes sera fait d’exterminations et de destructions sans fin, les populations qui se sont bercées d’illusions en pensant pouvoir compter sur la pitié de leurs bourreaux sont réduits au silence, anéantis, totalement incapables de toute réaction vitale; ils utilisent leur instinct de survie pour chercher de l’aide auprès d’un dieu, quel que soit son nom, afin qu’il arrête les mains meurtrières des puissants. Au cours des millénaires de son existence, l’humanité s’est forgée l’idée d’une force surnaturelle pour expliquer ce qu’elle ne parvenait pas à comprendre malgré les connaissances acquises peu à peu au fil de son progrès productif et social; et ce dieu, cette divinité, se montre perpétuellement absent et injuste envers les masses souffrantes, mais toujours complaisant envers les élites puissantes qui gouvernent le monde. Progressant matériellement grâce au développement de ses forces productives, l’humanité a adapté en quelque sorte ses croyances religieuses aux nouvelles découvertes, aux progrès de la connaissance dans tous les domaines.

Mais, en dépit des progrès des sciences naturelles pour expliquer ce qui paraissait inexplicable, l’humanité ne parvient pas à briser les chaînes idéologiques qui l’enferment dans le système politique, social et économique qui la divisent en classes antagonistes. Le système de classes, qui soumet la grande majorité de la population, avec une violence et une brutalité toujours plus grandes, aux intérêts d’une minorité qui domine tout, y compris la vie même de la majorité des individus, est historiquement arrivé au point où la solution à toutes les inégalités, oppressions, brutalités, dévastations, massacres et génocides, réside dans la lutte de classe finale et décisive entre les forces productives représentées par le prolétariat, les travailleurs salariés, le travail vivant, et les forces qui l’exploitent représentées par la bourgeoisie, la propriété privée, pour valoriser le travail mort, en substance le capital.

Comme à toutes les époques historiques, à l’époque capitaliste actuelle, les chaînes idéologiques ne seront pas non plus brisées grâce à la force d’idéologies opposées, d’idées différentes et nouvelles, de la «prise de conscience» par la majorité des individus de la planète, mais par un affrontement titanesque, «inconscient», entre les forces productives, les masses prolétariennes et les forces sociales du capitalisme vouées à maintenir le mode de production capitaliste, et donc le pouvoir des classes bourgeoises qui en représentent les intérêts généraux et particuliers. Ce choc, que nous appelons révolution, est dicté par le développement historique lui-même des contradictions que le capitalisme engendre et amplifie sans cesse.

Dans la nature, lorsque le mouvement magmatique dans les entrailles d’un volcan, atteint un certain niveau de température et de force explosive, il arrive à faire sauter le bouchon qui l’empêchait de s’écouler librement. De même, dans la société, le mouvement prolétarien accumule dans les entrailles du capitalisme un niveau toujours plus élevé de tensions et de force explosive, jusqu’à faire sauter le «bouchon» – les formes de la production capitaliste, c’est-à-dire le système salarial et la division de la société en classes défendus par le pouvoir politique bourgeois – qui empêche le développement des forces productives visant à satisfaire exclusivement les besoins vitaux de la société humaine. Il détruira systématiquement, et sur une période historiquement certainement non brève, tous les obstacles politiques, économiques, institutionnels et culturels représentés par la bourgeoisie et par le mode de production capitaliste sur lequel elle fonde son pouvoir.

Alors dans le cadre d’un long processus d’union et de fusion de tous les peuples et de toutes les nations, verra enfin le jour la  société unifiée de l’espèce humaine. Mais tout ce processus historique exigera, comme l’ont déjà démontré la Commune de Paris de 1871 et la révolution d’octobre de 1917, une lutte sans relâche contre tout ce que représente l’ancienne société capitaliste et bourgeoise, en éradiquant politiquement, économiquement, socialement, culturellement et idéologiquement chacune de ses composantes, qui représentent un héritage réactionnaire prêt à faire renaître la mauvaise herbe du capitalisme.

Demander aux tortionnaires de ne pas torturer, aux massacreurs de ne pas massacrer, aux oppresseurs de ne pas opprimer, aux violeurs de ne pas violer est une illusion qui se paie cher, car ils continueront à torturer, à massacrer, à opprimer, à violer tant qu’ils n’y seront pas empêchés par la force; seuls le prolétariat révolutionnaire et sa dictature de classe peuvent posséder une force suffisamment puissante pour les arrêter,  les effrayer, les éliminer.

Guerres coloniales, guerres de rapine, guerres locales, guerres mondiales, guerres de faible ou de forte intensité, guerres menées en toutes circonstances pour conquérir un marché, pour s’emparer d’un morceau de territoire économique, pour empêcher les concurrents d’en faire autant: voilà ce que la société bourgeoise a jusqu’à présent réservé à l’humanité. L’extermination de Gaza et la suppression de la carte géographique de ce qui était autrefois la Palestine ne sont que l’un des plus féroces exemples à ce jour de ce dont la bourgeoisie est capable; pas seulement par cupidité (qui entre toujours en ligne de compte), mais parce que c’est sa façon de survivre à une époque où, historiquement, son existence est entrée dans une voie sans issue qui mène tout droit à la troisième guerre mondiale, à un carnage qui n’aura pas d’égal dans les deux guerres mondiales précédentes. La peur de disparaître de la surface de la terre, que la bourgeoisie mûrit en elle, la pousse à réagir avec une violence toujours plus meurtrière face à tout obstacle qui heurte ses intérêts et son pouvoir.

Et quand l’obstacle est constitué par une population, comme celle des Palestiniens, qui ne se laisse pas asservir sans réagir, alors la bourgeoisie  passe à son extermination. Le fait qu’Israël ait dû faire appel au géant américain non seulement comme fournisseur d’armes, de dollars et de protection politique à l’échelle mondiale, mais aussi comme partenaire dans l’appropriation des territoires palestiniens en lui garantissant la copropriété une fois les anciens habitants éliminés, démontre bien que cette opération d’anéantissement systématique de tout un peuple est tout sauf facile, même pour une armée aussi  puissante et à la pointe de la technologie que l’israélienne.

Compter donc sur l’ONU, sur le « droit international », sur les « bonnes relations » avec Washington et Tel-Aviv, pour tenter de… mettre fin à un génocide en cours, compter sur le concept de démocratie, qui a depuis longtemps et complètement perdu toute influence salutaire sur les dirigeants du monde, afin qu’ils n’«exagèrent» pas les massacres et les ravages contre les êtres vivants et l’environnement, c’est leur laisser les mains libres pour défendre et renforcer leurs privilèges, leur pouvoir.

La réponse, que seul le prolétariat pourra donner, réside dans sa lutte de classe, dans sa réorganisation de manière indépendante et exclusivement pour la défense de ses propres intérêts de classe – qui sont les intérêts de la majorité de la population mondiale –, dans la revendication de la nécessité d’utiliser sa force, sociale, politique et, demain, militaire, dans la perspective de la révolution antibourgeoise et anticapitaliste, en transformant la guerre bourgeoise, impérialiste et interétatique en guerre de classe, la seule guerre qui a pour objectif la fin de toutes les oppressions et, par conséquent, de toutes les guerres.                               

Par sa révolution de classe, le prolétariat fera ainsi disparaître, non seulement des cartes géographiques, mais aussi de l’histoire de l’humanité, le pouvoir de la bourgeoisie, ses États, ses infamies, ses massacres. C’est dans cette perspective que les communistes sont aux côtés de la lutte pour la survie des prolétaires palestiniens qui ont le malheur d’avoir été utilisés pendant des décennies par leur bourgeoisie, divisée en factions rivales, comme travailleurs férocement exploités et comme chair à canon chaque fois qu’Israël et n’importe quel autre État arabe ou non arabe de la région a un intérêt à détourner la force des combattants contre tel ou tel État, considéré comme « l’ennemi », alors que leur ennemi principal a toujours été et est toujours avant tout chez eux.

 


 

(1) Cf. « Quel futur pour les Palestiniens de Gaza ? », prise de position du 5 juin 2025, publiée également sur Le Prolétaire n°557, avril-juin 2025.

(2) Cf. «Moyen-Orient : En entrant en guerre contre tous ceux qui s’opposent aux intérêts de puissance mondiale de Washington, Israël, bras armé de l’impérialisme américain, défend aussi ses propres intérêts de puissance régionale», Le Prolétaire n°555, novembre 2024-janvier 2025

(3) Cf. https://www.tpi.it/esteri/piano-trump-riviera-gaza-cisgiordania-202502051161299/

(4) Cf. « Reconstruire Gaza ou en faire une colonie », Il Fatto Quotidiano, 22 février 2026. 

 

15 mars 2026

 

 

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