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Prises
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Hongrie : champ de bataille électoral des requins impérialistes américain, russe et européen.
Face à la mystification démocratique, le prolétariat doit reprendre le chemin de la lutte
Un allié bien encombrant. C’est ce qu’a dû penser le dirigeant hongrois Viktor Orbán, au pouvoir depuis 2010, à propos du vice-président américain J.D. Vance, qui était venu spectaculairement lui apporter son soutien, lorsqu’il a appris l’ampleur de sa défaite face à son concurrent et ex-partisan, Peter Magyar. Il faut dire qu’avec près de 12 points d’écart, le désaveu exprimé par le peuple hongrois vis-à-vis d’Orbán ne saurait faire l’objet de la moindre contestation. Tous les anti-fascistes d’opérette, de la droite conservatrice européenne à l’extrême gauche (!) bourgeoise n’ont pas manqué de saluer la fin du règne de cette figure de proue de l’illibéralisme, modèle de l’extrême droite européenne, de Le Pen à Meloni, en passant par Salvini, Wilders et l’AfD, et rare personnalité politique à pouvoir prétendre avoir été adoubée par Trump et Poutine. Il n’est pas jusqu’à nos ineffables trotskistes de Lutte ouvrière pour se réjouir de la victoire d’un candidat conservateur, ayant fait toute sa carrière dans les rangs du Fidesz et de l’administration Orbán, aussi notoirement anti-immigrés que son prédécesseur, convaincus que cette « claque électorale » pourrait « encourager un sursaut ouvrier » (!) (1) (2).
Si l’on peut pronostiquer, sans trop d’audace, que rien ne changera pour le prolétariat hongrois, ainsi que pour le prolétariat immigré pour qui la Hongrie est une voie de passage vers cette Europe occidentale qui continue d’être perçue comme un Eldorado pour ces millions de travailleurs qui fuient l’enfer, il est néanmoins certain que ce bouleversement à la tête du gouvernement hongrois va avoir une série de répercussions importantes sur les rapports inter-impérialistes. Tâchons d’y voir d’un peu plus près.
INGERENCES ? VOUS AVEZ DIT INGERENCES ?
Les dirigeants européens, et leurs chambres d’écho que sont les médias, n’ont eu de cesse d’alerter sur les risques d’ingérence étrangère lors de ces élections. Il faut dire que de puissants intérêts impérialistes étaient derrière les principaux candidats : les impérialismes américain et russe derrière Orbán, et l’impérialisme européen derrière Magyar. Afin de faire gagner son poulain, chacun était donc prêt à toutes les manœuvres, des plus grossières comme la visite du vice-président américain, J.D. Vance, venu alerter la Hongrie contre la menace des « bureaucrates européens » et souligner le prétendu bilan positif d’Orbán, aux plus dissimulées, comme les tentatives de manipulation du scrutin par de faux comptes, ayant parfois recours à l’intelligence artificielle pour diffuser de fausses nouvelles. La presse européenne s’est ainsi complaisamment appesantie sur les nombreuses ingérences russes, comme la création d’un faux site Euronews – un média paneuropéen multilingue – la création de faux comptes Twitter ou TikTok diffusant des vidéos créées par intelligence artificielle et attribuant de fausses positions à Peter Magyar, ou encore selon le média VSquare, l’envoi par la Russie d’agents du renseignement militaire et de spécialistes des réseaux sociaux pour conseiller Orbán dans sa campagne. (3)
Mais ce que les médias ont moins mis en avant, c’est la pression inverse de l’Union européenne pour soutenir Magyar. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, les dirigeants français, allemand, autrichien ou encore polonais, notoirement pro-ukrainiens, n’ont pas fait mystère de leur désir de voir Magyar l’emporter, et ont été parmi les premiers à saluer sa victoire. Si leurs formes d’ingérence étaient moins grossières que celles de leurs rivaux, il n’en demeure pas moins que la présidente de la Commission avait clairement fait savoir que si Magyar l’emportait, il serait fortement envisageable de débloquer les plusieurs dizaines de milliards d’euros d’aide gelés par l’Union européenne depuis la dégradation des relations avec la Hongrie. Nul doute que cette manne financière promise, dans un climat économique des plus moroses, a dû convaincre plus d’un électeur de donner sa chance au candidat de l’opposition.
La visite d’Ursula von der Leyen le vendredi 17 avril, moins d’une semaine après la victoire électorale de Magyar, et avant même que le nouveau premier ministre ne soit investi, est une preuve supplémentaire de cette volonté de l’Union européenne de remettre la main sur la Hongrie, deux ans et demi après une victoire similaire des pro-européens en Pologne, au détriment du gouvernement sortant illibéral. (4)
Outre que cette victoire électorale des europhiles permet de fissurer encore davantage le camp pro-russe, qui se limite désormais à la Slovaquie du social-démocrate Robert Fico et à la République tchèque du milliardaire trumpiste Andrej Babiš, elle a surtout des implications très concrètes sur le conflit russo-ukrainien.
LA GUERRE RUSSO-UKRAINIENNE, LE VERITABLE ENJEU DES ELECTIONS HONGROISES
Depuis le retrait spectaculaire des États-Unis de Trump, c’est désormais l’Union européenne qui constitue le principal fournisseur d’armes et d’aides financières à l’Ukraine. En 2026, l’Union européenne avait dépensé un total de 194,9 milliards d’euros en soutien à l’Ukraine, dont 91,3 milliards d’euros d’aide militaire et 92,7 milliards d’euros de soutien financier. Sur la même période, l’aide américaine était respectivement de 64,6 et 47,3 milliards d’euros. (5)
Dernière initiative en date, un prêt européen de 90 milliards d’euros au gouvernement ukrainien, promis en mars 2025 mais jusqu’ici bloqué par la Hongrie d’Orbán. Ce prêt était l’enjeu central du scrutin, Magyar s’étant engagé à lever le veto hongrois s’il était élu. Sa victoire donnera donc une bouffée d’air frais à l’Ukraine dans sa guerre qui s’éternise, sans perspective de victoire ou même de cessation des hostilités à court-terme. Il serait toutefois erroné de surestimer l’évolution du rapport de force russo-ukrainien que cette victoire implique. La Hongrie de Magyar ne sera guère plus pro-ukrainienne que celle d’Orbán. S’il est probable que les blocages spectaculaires d’aide financière ou les fuites d’informations internes à l’UE à destination de Lavrov, dont s’est rendu responsable le ministre des Affaires étrangères hongrois, Péter Szijjártó, prendront fin, Magyar continuera probablement de freiner tout rapprochement entre l’UE et l’Ukraine.
S’il a explicitement évité de se prononcer clairement sur la question pendant sa campagne, ses prises de position antérieures, notamment au Parlement européen, dont il a été député à partir de 2024, et où il a systématiquement voté contre tout envoi d’armes ou de troupes en Ukraine, ainsi que contre l’entrée de l’Ukraine dans l’Union européenne, révèlent ses véritables intentions. Même Le Monde se voit obligé de souligner que sur la question de l’invasion de l’Ukraine, les positions d’Orbán et de Magyar se rejoignent partiellement. À propos de la minorité ukrainienne en Hongrie, qui compte près de 25 000 personnes, Magyar affirmait même que la situation « ne cesse de se dégrader », laissant augurer un possible durcissement de l’État à leur égard. (6)
Ces positions de Magyar ont de quoi surprendre le libéral bon teint, persuadé qu’avec sa victoire, c’est le libéralisme, la démocratie et l’État de droit qui reviennent au pouvoir. En réalité, une fois encore, c’est la puissante méthode d’analyse matérialiste économique du marxisme qui permet de naviguer dans les eaux troubles de la realpolitik, sans heurter les nombreux écueils sur lesquels viennent s’échouer les petits-bourgeois idéalistes de gauche et d’« extrême » gauche.
LA PROXIMITE AVEC LA RUSSIE : COLLABORATION IDEOLOGIQUE PASSAGERE OU PRODUIT DE LA DEPENDANCE ENERGETIQUE HONGROISE ?
Dans la réalité, ce ne sont pas les idéologies politiques qui déterminent les relations diplomatiques et les échanges marchands mais bien la structure économique des États. Or, la Hongrie est l’un des principaux pays européens importateurs de pétrole russe avec la Slovaquie. Le principal pipeline qui permet à ces deux pays de bénéficier du pétrole russe et l’oléoduc Droujba, long de 4000 kilomètres et construit par l’URSS dans les années 1960 pour alimenter ses « partenaires » – en réalité ses semi-colonies – du bloc de l’Est.
Alors que l’Union européenne a interdit en 2022 l’importation de pétrole et de gaz russe, elle a fait une exception pour ces deux pays, ainsi que pour la Tchéquie, le temps qu’ils diversifient leurs fournisseurs. Si, sur le papier, il existe des alternatives, notamment la possibilité d’acheter du pétrole via la Croatie à partir du pipeline Adria, dans la pratique, elles se révèlent bien trop coûteuses pour être envisagées par les bourgeoisies hongroise et slovaque. En outre, Droujba rapporte gros à l’État hongrois, en sa qualité de principal actionnaire de la compagnie Mol, gestionnaire de l’oléoduc. Que pèsent les valeurs européennes et l’alignement derrière l’UE face aux « eaux glacées du calcul égoïste » (Marx) ? Il n’est donc guère étonnant que, depuis 2021, malgré la guerre et le découplage croissant entre les pays européens et l’énergie russe, la part du pétrole russe dans les importations totales de pétrole en Hongrie soit passée de 68 % à 86 %. (7)
La frilosité – pour dire le moins – de la classe politique hongroise, toutes tendances politiques confondues, vis-à-vis de l’Ukraine s’explique donc avant tout par la menace que fait peser ce pays sur les livraisons de pétrole. En effet, depuis l’été 2025, dans sa volonté de mettre l’économie russe à genoux, l’Ukraine a multiplié les frappes contre les infrastructures de l’oléoduc Droujba, provoquant des coupures d’approvisionnement et suscitant l’ire de la Hongrie et de son allié slovaque. Orbán avait d’ailleurs conditionné la fin de son veto au prêt de 90 milliards de dollars à l’Ukraine à la reprise des livraisons de pétrole russe. (8) S’il est probable que Magyar renonce au veto hongrois, comme preuve de sa bonne volonté dans la reprise de relations apaisées avec l’UE, gageons que cette dépendance énergétique continuera d’être une épine dans le pied des relations entre la Hongrie, l’UE et l’Ukraine.
LA VICTOIRE DE MAGYAR REPRESENTE-T-ELLE UN « MOINDRE MAL » POUR LE PROLETARIAT ?
Tous nos petits-bourgeois démocrates et humanistes – surtout s’ils appartiennent à ces groupes trotskistes qui se font forts de mobiliser une tactique « souple » pour prétendument améliorer la situation immédiate du prolétariat – pourraient rétorquer que si bien peu de changements auront lieu en termes de politique extérieure, la victoire de Magyar représente au moins un léger mieux en termes de politique intérieure. Qu’en est-il vraiment ?
Il ne fait aucun doute que le prolétariat de Hongrie vivait un véritable calvaire sous le long règne d’Orbán, dont le gouvernement a sorti l’artillerie lourde en matière de législation anti-prolétarienne. Son principal fait d’arme reste probablement sa loi de flexibilisation du marché du travail, adoptée en 2018 et qui donne le droit aux employeurs d’exiger de leurs salariés jusqu’à 400 heures de travail supplémentaires par an, soit l’équivalent de deux mois de travail, tout en payant ces heures supplémentaires obligatoires trois ans plus tard. (9) Quant au versement des prestations sociales, il a été sévèrement durci durant ces 16 années de gestion Orbán, avec l’obligation de réaliser des travaux d’intérêt général en contrepartie du versement des aides. (10
Comme si cette politique anti-prolétarienne ne suffisait pas, la Hongrie est confrontée depuis le début de la décennie à une situation économique dégradée. Le niveau de l’emploi et la croissance sont en berne tandis que l’inflation dépasse les 50 % en cumulé depuis 2020, avec un pic à 17 % en 2023. Cette situation a considérablement aggravé le niveau de vie de la population, ce qui explique sans nul doute, bien plus que les préoccupations géopolitiques ou même le rejet de la corruption, la victoire écrasante de Magyar. Ce sont notamment les personnes âgées, électorat traditionnel du Fidesz, qui ont été confrontées à la hausse de la pauvreté, avec des difficultés pour se nourrir, s’approvisionner en médicaments ou se chauffer. (11)
La situation est plus terrible encore pour les prolétaires immigrés, qui sont soumis à une répression policière permanente, encouragée par l’impunité dont la flicaille bénéficie, à l’internement dans des conditions indignes, et à la possibilité d’être déporté de force du territoire à tout moment. Ne nous y trompons pas, derrière la rhétorique anti-migrants d’Orbán se cache non pas la volonté de faire de la Hongrie un pays absolument dépourvu de migrants – au contraire, depuis 2019, la Hongrie a accru l'immigration de travailleurs étrangers, notamment d’origine asiatique, afin de pallier une pénurie de main-d'œuvre (12) – mais bien la possibilité pour la bourgeoisie hongroise de disposer d’une main d’œuvre corvéable à merci, soumise aux conditions de travail les plus difficiles, dépourvue des protections les plus minimales concernant les accidents du travail ou les interruptions d’emploi pour cause de maladies, et sous la menace constante des patrons de les licencier s’ils se révèlent insuffisamment productifs.
La situation du prolétariat hongrois s’améliorera-t-elle sous le gouvernement Magyar ? Tout porte à croire le contraire. Si le probable déblocage des aides gelées par l’UE apportera une bouffée d’air frais à l’économie hongroise, Magyar se révélera tout aussi anti-ouvrier que son prédécesseur. Si le flou assumé de son programme a pu agglomérer autour de lui toutes les classes de la population, nul doute que son orientation libérale et conservatrice finira par poindre avec l’exercice du pouvoir, dans un contexte d’aggravation de la crise économique à l’échelle mondiale. Quant aux migrants, ils savent déjà ce qui les attend, Magyar leur étant tout aussi hostile que son prédécesseur. Il a d’ailleurs promis de stopper les arrivées de travailleurs étrangers qu’Orbán avait été contraint d’accepter afin de compenser le manque de main d’œuvre. (13)
FACE A LA MYSTIFICATION ANTI-FASCISTE, FACE AUX ATTAQUES ANTI-OUVRIERES, UNE SEULE VOIE : LA REPRISE DE LA LUTTE DE CLASSE
Le prolétariat hongrois, comme le reste du prolétariat mondial, est toujours victime de la contre-révolution, en témoigne le succès avec lequel la mystification anti-fasciste continue de mobiliser une partie de la classe sur des intérêts qui ne sont pas les siens. Qu’ils soient illibéraux ou démocrates, les politiciens bourgeois sont tous les ennemis du prolétariat que celui-ci doit combattre. Loin de devoir s’allier avec une faction de la bourgeoisie contre une autre, il devra faire disparaître cette engeance avec le « balai de fer » (Trotsky) de sa dictature totalitaire, plurinationale, monoclassiste et monopartitique.
Mais avant d’atteindre ce glorieux sommet, il devra au préalable, retrouver les méthodes classistes de lutte, constituer un parti communiste authentique tirant toutes les leçons de sa riche histoire révolutionnaire au cours de laquelle sa combativité fut gaspillée dans une fatale union avec les sociaux-démocrates, comme lors de la révolution de 1919. Ce ne sera pas facile tant les ravages de la contre-révolution stalinienne et les illusions démocratiques qu'elle a suscitées ont pesé et pèsent sur le prolétariat, mais il n'y a pas d'autre voie.
(1) Le Fidesz est un parti originellement démocrate chrétien de centre droit, rassemblant l’opposition conservatrice modérée au régime stalinien. À partir des années 2010, le parti a progressivement durci sa ligne politique conservatrice, anti-minorités, anti-migrants, anti-prolétarienne et nationaliste jusqu’à devenir un parti d’extrême droite, adulé par tout ce que l’Europe et l’Amérique du Nord compte de nationalistes et de post-fascistes.
(2) https://www.lutte-ouvriere.org/portail/editoriaux/hongrie-claque-electorale-doit-encourager-sursaut-ouvrier-193476.html
(3) Voir notamment https://www.bfmtv.com/international/europe/elections-en-hongrie-une-ong-denonce-le-redeploiement-d-un-reseau-de-faux-comptes-sur-x-pour-influencer-le-vote_AD-202604110187.html ; https://www.france24.com/fr/europe/20260408-elections-hongrie-des-campagnes-influence-pro-orban-sur-tiktok ; https://fr.euronews.com/my-europe/2026/03/25/fake-euronews-le-reseau-de-desinformation-pro-kremlin-vise-les-elections-en-hongrie ; https://vsquare.org/putins-gru-linked-election-fixers-are-already-in-budapest-to-help-orban/ ; https://www.courrierinternational.com/article/politique-a-l-approche-des-legislatives-les-soupcons-d-ingerence-russe-crispent-la-hongrie_241470
(4) https://fr.euronews.com/my-europe/2026/04/13/hongrie-von-der-leyen-souhaite-des-progres-rapides-avec-peter-magyar
(5) https://www.touteleurope.eu/economie-et-social/etats-unis-ou-europe-qui-aide-le-plus-l-ukraine/
(6) https://www.lemonde.fr/international/article/2024/05/06/en-hongrie-peter-magyar-nouveau-venu-dans-le-paysage-politique-mobilise-les-anti-orban_6231863_3210.html
(7) https://www.rtbf.be/article/un-jour-une-carte-droujba-l-oleoduc-qui-maintient-l-europe-sous-dependance-russe-et-qui-fache-washington-11606014
(8) https://www.courrierinternational.com/article/geopolitique-les-attaques-ukrainiennes-contre-l-oleoduc-droujba-revoltent-la-hongrie_234382
(9) https://www.lemonde.fr/international/article/2019/01/05/nouvelle-manifestation-en-hongrie-contre-la-reforme-du-droit-du-travail_5405481_3210.html
(10) https://www.mediapart.fr/journal/international/130711/la-hongrie-veut-mettre-en-place-des-camps-de-travail-obligatoire
(11) https://www.humanite.fr/monde/hongrie/hongrie-apres-16-ans-de-regne-lere-orban-plus-proche-que-jamais-de-la-fin
(12) https://www.wsj.com/articles/hungary-loudly-opposed-to-immigration-opens-doors-to-more-foreign-workers-11567944008
(13) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/04/11/peter-magyar-l-homme-qui-veut-detroner-viktor-orban-a-la-tete-de-la-hongrie_6679280_3210.html
22 avril 2026
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